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02 juillet 2008

JMJ 2008 à Sydney : Benoît XVI et le catholicisme down under (entretien)

panorama sydney.jpgLes prochaines journées mondiales de la jeunesse (JMJ), rassemblement catholique organisé tous les deux ou trois ans, auront lieu du 15 au 20 juillet 2008 à Sydney, en Australie. L’église catholique attend 125,000 visiteurs internationaux et le pape lui-même effectuera à cette occasion sa première visite en Australie.
J'ai demandé à Marion Maddox, universitaire australienne spécialiste des relations églises-État et directrice du Centre for Social Inclusion à l’Université Macquarie de Sydney dans quel contexte interviennent ces journées et quel impact elles peuvent avoir sur une jeunesse australienne qui paraît a priori peu en phase avec le discours conservateur de Benoît XVI.


jmj2008.jpgL’église catholique a choisi Sydney comme lieu des prochaines Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). A-t-elle la moindre chance de séduire les jeunes Australiens ?
J’ai du mal à comprendre ce que les JMJ essaient de faire. Elles se présentent comme un événement destiné aux jeunes, avec un accent sur la jeunesse et la modernité ; mais en même temps, c’est une célébration d’un certain traditionalisme catholique. Par exemple, le Cardinal Pell [cardinal archevêque de Sydney] a demandé que la cathédrale St Mary de Sydney soit désignée comme st mary sydney.jpgun site officiel de pèlerinage, ce qui permettra à ceux qui viendront y prier pendant les JMJ d’obtenir une indulgence plénière ; des confessionnaux sont en train d’être installés dans la ville (en dépit du fait que, jusqu’aux pressions récentes de Rome pour la remise en place du confessionnal traditionnel, les Catholiques australiens ne l’utilisaient quasiment pas, préférant le « troisième rite » de la confession collective pendant la messe). Je pense que l’événement attirera des jeunes Catholiques, en particulier ceux de tendance traditionaliste, mais il semble avoir été conçu davantage pour renforcer l’identité catholique que comme une tentative pour attirer de nouveaux convertis.

L’organisation des JMJ à Sydney mobilise-t-elle l’attention des Australiens, au-delà du seul cercle des fidèles catholiques ?
Le principal impact de ces JMJ sur les Australiens non-catholiques est jusqu’ici négatif. Les journaux s’interrogent sur le montant des dépenses the rocks sydney.jpgengagées par le gouvernement pour l’occasion ; des routes sont bloquées et les transports publics de Sydney, déjà surchargés, seront encore plus sollicités ; on a demandé aux employés de bureau de prendre si possible une semaine de congé pour réduire les encombrements ; des lois spéciales instaurent une amende de 5000 dollars australiens pour ceux qui chercheraient à « importuner » les participants aux JMJ ; la police a dit que quiconque prendrait part à une manifestation (par exemple des groupes représentant les victimes d’abus sexuels par des prêtres) devrait au préalable soumettre pancartes et slogans pour approbation. Tout ceci nourrit les sarcasmes et l’irritation du public.
Bien sûr, il est possible que cela change dès que le pape arrivera et que les informations négatives cèderont la place à des évènements positifs.

Quelle est aujourd’hui l’état de l’église catholique en Australie ? Le pape lui-même semble davantage se situer dans la perspective d’une reconquête du terrain perdu (la « nouvelle évangélisation ») que dans celle d’une visite en terre conquise.
sicdgif_logo.gifLes Catholiques australiens sont essentiellement constitués de trois vagues d’immigrants. D’abord, des bagnards et des travailleurs pauvres irlandais, suivis par le clergé et les religieux venus s’occuper d’eux ; ensuite, après la seconde guerre mondiale, des travailleurs d’Europe du Sud (des Italiens en particulier) ; et plus récemment des Catholiques du Vietnam et d’autres pays asiatiques.
Le catholicisme est la plus importante confession d’Australie, avec environ 26% de la population, mais l’Australie est culturellement très sécularisée et seule une minorité de ces 26% assiste régulièrement à la messe. Alors que les chiffres de fréquentation des églises ont chuté depuis les années 1950 (dans toutes les confessions), cette période a été plus religieuse qu’habituellement ; depuis la colonisation européenne, la religion n’a joué qu’un rôle mineur dans la culture publique australienne et très peu ou pas du tout dans l’identité nationale. Donc, si le pape cherche à regagner le « terrain perdu », il devrait se demander si l’église a en réalité jamais eu un tel enracinement. Historiquement, les Catholiques ont souffert beaucoup de discriminations en Australie (par exemple à l’embauche) et étaient méprisés, considérés comme pauvres et sous-éduqués. Il y a eu un renversement au cours de la seconde partie du siècle dernier, avec un soutien généreux du gouvernement aux écoles catholiques, par exemple. Les Catholiques étaient aussi traditionnellement très proches de la gauche (le parti travailliste australien). En termes de votes, cela reste vrai, mais ce n’est plus aussi fort qu’au cours des dernières décennies. Mais même s’ils restent peu nombreux à pencher vers les conservateurs, les Catholiques sont maintenant fortement représentés au sein des partis parlementaires de droite.

L’église catholique australienne est-elle de tendance plutôt conservatrice ou libérale ?
Les deux. Ces dernières années, la tendance libérale a été prééminente, en particulier sur les questions de justice, de paix et d’environnement, les organisations catholiques ont été des voix importantes pour attirer l’attention du public sur le traitement très dur des demandeurs d’asile par le précédent gouvernement, par exemple, et ont souvent pris la défense des pauvres, des droits des travailleurs et des peuples autochtones.pell.jpg
Néanmoins, le plus haut responsable catholique australien, l’archevêque Geogres Pell, est généralement considéré comme conservateur, surtout sur les questions théologiques mais aussi les questions sociales. Mais les différents secteurs de l’église catholique ont des orientations politiques différentes. Les voix libérales les plus éminentes viennent des ordres religieux plutôt que de la hiérarchie d’église, par exemple.
Il faut dire aussi que même les secteurs les plus libéraux de l’église ne se distinguent pas toujours dans la défense des victimes lorsque le problème concerne l’église elle-même. On en a eu un exemple récent avec la lettre des évêques catholiques australiens condamnant unanimement un évêque retraité, Geoffrey Robinson, qui a écrit écrit un livre sur les abus sexuels dans l’église catholique.

Peut-on dire aujourd’hui que l’Australie est une société profondément sécularisée ?
Oui, près de 70% des Australiens déclarent une foi ou une affiliation religieuses, mais seulement une très petite proportion en fait une part centrale de sa vie. Environ 9% des Australiens disent aller à l’église chaque semaine.

rudd.jpgDans God under Howard(1), vous décriviez les relations entre politique et religion sous le gouvernement conservateur australien dirigé jusque fin 2007 par John Howard. Le nouveau Premier ministre travailliste, Kevin Rudd, se présente quant à lui comme un fervent Chrétien, d’origine catholique, mais ne semble pas en faire un argument politique. Est-il représentatif du catholicisme australien ?
En fait, Kevin Rudd est anglican ; il a été élevé dans la religion catholique mais il est devenu anglican à l’âge adulte (quand je l’ai interviewé en 1999, il me disait quand même que « la possibilité de se re-convertir au catholicisme reste toujours là »). Il a beaucoup parlé de sa foi, surtout avant de devenir Premier ministre. Un de ses premiers gestes pour se construire une stature de leader a  été d’écrire quelques articles de revues sur le théologien allemand luthérien Dietrich Bonhoeffer. (Je crois bien que ce doit être le premier Premier ministre australien depuis très longtemps qui puisse ne serait-ce que nommer un théologien du 20ème siècle, sans parler d’écrire un essai informé sur lui !)
Depuis son élection, sa foi transparaît dans ses déclarations, moins explicitement qu’à travers des symboles ; par exemple en février 2008, son discours d’excuse aux « générations volées » (les Aborigènes australiens enlevés à leurs familles dès l’enfance) avait très clairement un air liturgique. Les fidèles des églises mainline ont tendance à considérer la religion comme quelque chose qui peut inspirer les décisions politiques mais dont les politiciens de doivent pas faire un usage explicite. Dans l’ensemble de l’histoire politique australienne, les politiciens ont été du même avis. L’intérêt récent pour la foi personnel de nos élus reflète une américanisation de la politique australienne et une attention croissante sur les affaires personnelles des politiciens de manière générale (mariage, vie de famille, personnalité, etc…). Sachant que seule une petite proportion des électeurs va régulièrement à l’église, il faut s’intéresser aux effets plus larges de la religiosité des responsables politiques. Dans God Under Howard, je montrais que les Australiens sécularisés apprécient un certain degré de religiosité chez leurs responsables politiques. Les politiques ont la réputation d’être cyniques et intéressés ; mais quand ils insistent sur leur identité religieuse, cela nous rassure en suggérant qu’ils sont mus par des valeurs plus élevées (même si ce sont des valeurs que très peu d’électeurs partagent dans les faits).

L’Australie est un pays d’immigration. Les flux migratoires des trente dernières années ont-ils modifié le visage du christianisme australien et en particulier celui du catholicisme ? Plus largement, quelle place occupe la question religieuse dans les débats sur le multiculturalisme ?
Chaque vague de migration a apporté au catholicisme australien une nouvelle dimension ethnique. Chaque vague de migration a aussi créé un groupe facilement identifiable de nouveaux arrivants qui sont devenus la cible de peurs de types raciste ou autre. En ce moment, le grand débat sur le multiculturalisme et la religion porte sur l’islam. Il y a dix ou quinze ans, il s’agissait plutôt de savoir comment les traditions religieuses des peuples aborigènes devaient être protégées par des lois contre les activités minières ou les projets économiques sur des sites sacrés. Il y a quinze ans, le point de tension était l’antagonisme entre les Catholiques et les Protestants (même si on utilisait pas alors le mot « multiculturalisme »). La religion elle-même n’est généralement pas très importante dans ces débats ; critiquer la religion est souvent une manière de stigmatiser les autres sans faire appel à la notion de race.


1. Marion Maddox, 2005, God Under Howard. The Rise of the Religious Right in Australian Politics, Sydney, Allen & Unwin, 386 p.

 

Photos de Sydney : Sydney Webcam.

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WYD 2008 in Sydney : Benedict XVI & Catholicism Down Under (interview)

panorama sydney.jpgThe next World Youth Days (WYD), a Catholic event organised every two or three years, will be held from July 15th to July 20th in Sydney, Australia. The Catholic Church isi expecting 125,000 international visitors and it will be the opportunity for the pope himself to visit Australia for the first time.
I’ve asked Marion Maddox, an Australian scholar specialist in Churches-State relationships and director of the Centre for Social Inclusion at the Macquarie University in Sydney to tell us in what context these Days occur and what kind of impact they may have on an Australian youth who seems not likely to be interested in the conservative discourse of Benedict XVI.

jmj2008.jpgThe Roman Catholic Church has chosen Sydney to hold its 2008 World Youth Days (WYD). Is there any chance this could attract young Australians?
I find it quite hard to understand what WYD is trying to achieve. It is presenting itself as aimed at youth, with a focus on freshness and modernity; but at the same time, it's a celebration of a certain kind of Catholic traditionalism. For example, Cardinal Pell has asked to have St Mary's Cathedral in Sydney designated as an official pilgrimage site which will entitle those who visit it for prayer st mary sydney.jpgduring the WYD celebrations to a plenary indulgence; confessional booths are being set up around the city (despite the fact that, until recently pressured by Rome to restore the traditional confessional, Australian Catholics had scarcely used it, preferring the collective 'third rite' confession during Mass). I expect that the event will attract young Catholics, particularly those of a traditionalist mind-set, but it seems to have been designed more as an event for reinforcing Catholic identity than as an attempt to attract the unconverted.

Does the organization of these WYD in Sydney interest Australians, beyond the Catholic circles?
The main impact WYD is having on non-Catholic Australians so far is negative. Newspapers are asking questions about the amount the rocks sydney.jpgof government money supporting it; roads will be blocked and Sydney's already overstretched public transport system will be even more strained; city office workers have been asked to take the week off work if possible so as to minimise overcrowding; special laws impose a A$5000 fine for "causing annoyance" to WYD pariticipants; police have said that anyone participating in a protest (eg groups representing survivors of clergy sexual abuse) will have to have their placards and messages approved beforehand. All this has contributed to public cynicism and irritation.
Of course, this may change once the Pope arrives and the negative news stories are overtaken by positive events.

What is the current situation of the Australian Catholic Church? The pope himself seems to consider an attempt to reconquest part of the lost ground (the “new evangelisation”) rather than a visit to a conquered land.
sicdgif_logo.gifAustralian Catholics are predominantly made up of three waves of migrants: first, poor Irish workers and convicts, and the clergy and religious who came to look after them; then, after World War II, southern European (especially Italian) workers; and, most recently, Catholics from Vietnam and other Asian countries.
Catholicism is Australia's largest denomination, with around 26% of the population, but Australia is culturally very secular and only a minority of that 26% would attend Mass regularly. While church attendance figures (for all denominations) have fallen since the 1950s, that was an unusually religious period; since European settlement, religion has played only a minor part in Australia's public culture and little or no part in national identity. So, if the Pope is attempting to regain 'lost ground', he might need to ask himself whether the church really ever had that much ground. Historically, Catholics suffered a lot of discrimination in Australia (for example, in employment) and were looked down on as poor and under-educated. The last half of the last century saw that turn around, with generous government support for Catholic schools, for example. Catholics used also to be strongly associated with the political Left (the Australian Labor Party). In terms of voting patterns that is still true, though not as strongly as in decades gone by. But Catholics, once extremely rare on the conservative side of politics, are now strongly represented in the parliamentary parties of the Right.

Is the Australian Catholic Church conservative or liberal?
Both; in recent years, the liberal voice has been more prominent, especially on issues of justice, peace and the environment. Catholic organisations were very important voices in drawing public attention to the previous government's harsh treatment of asylum seekers, for example, and have often been strong advocates for the poor, for workers'rights, and for Indigenous peoples.
pell.jpgHowever, Australia's most senior Catholic, Cardinal George Pell, is generally regarded as conservative, particularly on theological issues but also on social issues. Also, different parts of the Catholic church have different political flavours. Some of the most prominent liberal voices represent religious orders rather than the church hierarchy, for example.
It has to be said, too, that even the more liberal parts of the church are not always good at standing for the oppressed when the question concerns the church itself. A recent example is the letter from the Australian Catholic bishops unanimously criticising a retired bishop, Geoffrey Robinson, who wrote a book about sexual abuse in the Catholic church.

Is it right to say that Australia is a deeply secularised society?
Yes. Around 70% of Australians claim some religious belief or affiliation, but only a very small proportion make it a central part of their lives. Around 9% of Australians say they go to church weekly.

rudd.jpgIn your book God under Howard(1), you explored the relations between politics and religion under the conservative government of John Howard. The new Labor Prime Minister Kevin Rudd presents himself as a strong Christian from Catholic origin but doesn’t seem to be willing to use it in politics. Does he exemplify the position of many Australian Catholics?
Actually, Kevin Rudd is an Anglican; he was raised a Catholic but became an Anglican in adulthood (though when I interviewed him in 1999, he told me that 'the possibility of doing a Cardinal Newman [ie converting to Catholicism] always remains'. He has talked a lot about his faith, particularly before he became Prime Minister. One of his early moves to establish a profile as a potential leader was to write a pair of magazine articles about the German Lutheran theologian Dietrich Bonhoeffer. (I suspect he might be the first Australian Prime Minister in a very long time who could even name a 20th Century theologian, let alone write a learned essay about one!) Since the election, his faith comes through less in explicit statements than in more symbolic ways; for example, his February 2008 apology to the 'Stolen Generations' (of Indigenous Australians taken from their families in childhood) had a decidedly liturgical feel. Mainline churchgoers tend to see religion as something that might well inform one's politics but about which politicians shouldn't be too explicit. For most of Australian political history, politicians thought so too. The recent interest in our representatives' personal faith partly reflects the Americanisation of Australian politics and an increased focus on politicians' personal features generally (marriage, family life, personality etc).  Given that only a small proportion of voters actually do go to church regularly, we have to look for the wider effects of politicians' religiosity. God Under Howard argues that secular Australians quite like a certain amount of religiosity in our politicians. Politicians have a reputation for being cynical and self-serving; but, when they emphasise a religious identity, it reassures us that they stand for some higher set of values (even if they are values that few voters actually share).

Australia is a country of immigration. How the immigrations of the last three decades have influenced the profile of Australian Christianity, in particular Catholicism? More widely, what is the place of religious issues in the debates on multiculturalism?
Each wave of migration has brought a new ethnic dimension to Australian Catholicism. Also, each wave of migration has created a new group of easily-identified newcomers who can become the target of racist or other kinds of fears. At the moment, the big multicultural discussion about religion is to do with Islam. Ten or fifteen years ago, it was whether and how Indigenous peoples' religious traditions should be protected eg by laws preventing mining or development on sacred sites. Fifty years ago, the point of tension was antagonism between Catholics and Protestants (though the word 'multiculturalism' was not used back then). Religion itself is usually not important in such debates; often criticising religion is a way of distancing others without mentioning race. 
 
1. Marion Maddox, 2005, God Under Howard. The Rise of the Religious Right in Australian Politics, Sydney, Allen & Unwin, 386 p.

Pictures of Sydney : Sydney Webcam.

 

10 mars 2008

Pacific Party: Un parti chrétien chez les Pacific Peoples de Nouvelle-Zélande

899297544.jpg Le 20 février dernier, le député indépendant Taito Philip Field a officiellement déposé auprès de la commission électorale néo-zélandaise les statuts d’un nouveau parti baptisé Pacific Party et se réclamant des «valeurs chrétiennes». Né en 1952 à Apia (la capitale de Samoa), T. Ph. Field est une figure historique de l’engagement en politique des Pacific Peoples, ces communautés originaires des îles de Polynésie – principalement Samoa (50%), les îles Cook et Tonga – installées en Nouvelle-Zélande à partir des années 1950 et qui représentent aujourd’hui 6,9% de la population (266,000 personnes). Il a en effet été le premier d’entre eux élu au Parlement en 1993, sous l’étiquette du parti travailliste (Labour Party) et dans la circonscription d’Otara, un des quartiers du Sud-Auckland où se concentrent les Pacific Peoples. Ancien ministre associé des Pacific Islands Affairs, il a régulièrement été réélu depuis, dans la circonscription voisine de Mangere. Il siège aujourd’hui en indépendant après avoir été exclu du Labour Party en février 2007 à la suite de sa mise en examen pour corruption.
Les Pacific Peoples ont été à l’origine recrutés en Nouvelle-Zélande sur des contrats de travail temporaires, comme main d’œuvre non qualifiée de l’industrie. Leur situation sociale reste dans l’ensemble modeste, même si on observe une certaine mobilité sociale des jeunes générations vers des emplois de «cols blancs». Dans les années 1970 et à la fin des années 1980, ils ont durement subi les retournements de la conjoncture économique et une politique de libéralisation de l’économie qui a réduit les droits sociaux. Souvent dépendants des aides sociales, ayant aussi gardé en mémoire les positions anti-immigrés de la droite néo-zélandaise à la fin des années 1970, les Pacific Peoples votent massivement pour le Labour Party.
1570236787.jpg Ils ont pourtant été heurtés par certaines initiatives législatives récentes du gouvernement d’Helen Clark et de ses alliés, lorsque ceux-ci n’ont pas hésité à prendre à rebrousse-poil les valeurs chrétiennes tradi- tionnelles: légalisation de la prostitution en 2003, union civile (ouverte aux couples homosexuels) en 2004 et en 2007 la loi de pénalisation des châtiments corporels sur les enfants initiée par le Green Party, qualifiée de loi « anti-famille » par plusieurs leaders protestants.
Les Pacific Peoples se distinguent en effet de l’ensemble de la population néo-zélandaise, parmi laquelle une personne sur quatre se déclare aujourd’hui «sans religion» et où la pratique religieuse a sévèrement décliné depuis les années 1970. Le protestantisme pakeha (les Néo-zélandais d’origine européenne) se partage aujourd’hui entre d’un côté des paroisses mainline (anglicanes, presbytériennes et méthodistes) généralement clairsemées et âgées ; et de l’autre la progression des courants évangéliques – au sein même de ces églises ou en dehors, avec notamment le développement de mega-churches urbaines. Les Pacific Peoples au contraire, issus de pays qui ont fait du christianisme (implanté dans ces îles par les missions du 19ème siècle) un élément central de leur identité culturelle, sont massivement présents dans les églises protestantes, au point que celles-ci ont mis en place des structures particulières pour les accueillir (paroisses polynésiennes, instances de représentation nationales). Des églises polynésiennes historiques (Free Wesleyan Church of Tonga, Congregational Christian Church of Samoa, Cook Islands Christian Church) se sont en outre implantées en Nouvelle-Zélande pour accompagner la migration. Les Pacific Peoples constituent donc la grande majorité des pratiquants réguliers et se montrent plus attachés que leurs coreligionnaires pakeha à une définition classique des valeurs chrétiennes.

Sont-ils prêts pour autant à rallier la bannière du Pacific Party? Jusqu’ici, aucun des partis néo-zélandais se réclamant des valeurs chrétiennes n’a réussi à les détourner du vote travailliste. Il faut dire qu’en dépit de nombreuses recompositions et de quelques tentatives d’alliance avec le centre-droit, ces partis restent1764551035.jpg généralement dominés par une droite chrétienne conservatrice dont le programme en matières sociale et économique peut difficilement séduire les Pacific Peoples. À la fin des années 1990, la création de Future New Zealand a marqué les débuts d’une stratégie de déconfession- nalisation visant à convaincre des électeurs au-delà du seul cercle des chrétiens pratiquants, en mettant fin à la Christian Coalition qui associait jusque-là un parti strictement chrétien – le Christian Heritage Party – et un parti plus modéré, le Christian Democrat Party.
En 2002, un second pas a été franchi avec la fusion entre Future New Zealand et le parti centriste United Future pour former United Future New Zealand, qui a obtenu 6,69% des voix et huit sièges au Parlement – dont quatre pour des militants chrétiens (majoritairement évangéliques). Mais le parti a éclaté en 2007, pour cause de désaccord sur la loi de pénalisation des châtiments corporels ! Retour à la case départ, avec la reformation de Future New Zealand (officiellement rebaptisé Kiwi Party depuis le 15 février 2008) dont un des leaders, Larry Baldock, a lancé une pétition afin d’obtenir un référendum pour la révision de la loi. Tout en refusant d’être réduit à l’étiquette «parti chrétien», le Kiwi Party entend défendre les «valeurs judéo-chrétiennes». Il a été quitté par sa frange la plus conservatrice, qui s’est rapprochée du parti Destiny New Zealand lancé en 2003 par la megachurch pentecôtiste Destiny Church (voir ma note du 11 octobre dernier), pour former le Family Party. Des discussions avancées ont alors eu lieu entre Taito Philip Field et les leaders de ce parti,
1525765426.jpg qui ont longtemps cru avoir trouvé en lui le chaînon manquant pour faire se rejoindre le vote pakeha chrétien conservateur et les convictions chrétiennes des Pacific Peoples. C’est peut-être parce qu’il ne croyait pas à cette possibilité que Taito Philip Field a finalement choisi de créer son propre parti, le seul parti chrétien qui soit issu de la gauche de l’échiquier politique.
Les prochaines élections, qui auront lieu fin 2008, permettront donc de savoir dans quelle mesure les convictions chrétiennes des Pacific Peoples peuvent être converties en mobilisation politique ou, pour le dire autrement, si leur opposition latente à la sécularisation de la société néo-zélandaise peut prendre un tour plus militant. Elles préciseront également le poids respectif des différents courants du christianisme politique, puisqu’ils n’auront sans doute jamais été aussi nombreux en lice: un courant très conservateur (Family Party), un courant polynésien (Pacific Party) et entre les deux, le Kiwi Party qui considère les «valeurs judéo-chrétiennes» comme le socle à la fois historique et nécessaire de l’identité néo-zélandaise.
Si aucun d’eux ne peut espérer égaler les deux puissants partis qui structurent la vie politique néo-zélandaise – le parti travailliste et le National Party –, tous rêvent d’être le prochain «kingmaker» : celui qui, dans le système électoral semi-proportionnel de la Nouvelle-Zélande (MMP, Mixed Members Proportional, inspiré du système allemand) a en mains les quelques sièges décisifs dont dépend la formation d’une coalition gouvernementale.

 
 Photos: Taito Philip Field ; culte samoan à la Wesley Church (méthodiste) de Wellington (G. Malogne-Fer) ; parlement néo-zélandais (Y. Fer).
 

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