22 septembre 2008
Richard Tuheiava : la jeune génération indépendantiste au Sénat

Richard Tuheiava, 34 ans, a été élu hier sénateur de Polynésie française, au côté de Gaston Flosse, ancien président du gouvernement polynésien, sur la liste commune de l'UPLD (Union pour la démocratie, indépendantiste) et du tahoeraa huiraatira de Gaston Flosse (à qui l'UMP avait refusé son investiture). Cette alliance, qui paraissait aussi incroyable que contre-nature lorsqu'elle s'est mise en place en février dernier, poursuit donc son chemin et a apparemment convaincu les élus locaux polynésiens, pourtant traditionnellement fidèles - par nécessité plus que par conviction - au pouvoir en place, dont ils dépendent financièrement. Cette victoire aux élections sénatoriales souligne la fragilité du gouvernement Tong Sang, soutenu par l'UMP et le gouvernement français, mais appuyé sur une majorité très hétéroclite. Elle annonce sans doute le renversement prochain de cette majorité, minée depuis plusieurs mois par la surenchère d'alliés peu sûrs, exigeant toujours plus de postes, des avantages divers, etc... pour prix de leur soutien à Gaston Tong Sang.
Avocat à la cour d'appel de Papeete,secrétaire général de la ligue polynésienne des droits humains et (entre autres) membre de la Jeune chambre économique de Tahiti, Richard Tuheiava incarne une nouvelle génération indépendantiste, plus engagée dans la société que dans les manoeuvres d'appareil, associant un héritage culturel et religieux fort avec des compétences indéniables. Les gouvernements Temaru avaient déçu par ce qui semblait être un manque de professionnalisme, une certaine désorganisation. Avec de jeunes cadres comme le nouveau sénateur polynésien, on peut être plus optimiste. Il dispose en tout cas de nombreux atouts pour devenir une personnalité importante de la scène politique locale.
Issu d'une famille originaire de Maupiti (île Sous-le-Vent), Richard Tuheiava a grandi à Moorea, l'île qui fait face à Tahiti. Deux éléments de son parcours personnel et de son arrière-plan familial sont intéressants à noter.
- D'abord, l'école. Fils d'un directeur d'école primaire, il est aussi le neveu de Sylvia Tuheiava Richaud, maîtresse de conférences en langues et civilisations polynésiennes à l'université de la Polynésie française (auteure d'une thèse de doctorat sur les codes missionnaires polynésiens). Pour devenir avocat, il a fait ses études de droit à Aix-Marseille. Cette réussite scolaire souligne, pour reprendre les termes classiques de l'analyse développée par P. Bourdieu, l'accumulation et la transmission familiale d'un double capital culturel, qui associe système éducatif français et culture polynésienne. Dans un article publié en 2001 dans la Revue juridique polynésienne, intitulée "L'éducation en Polynésie française, socialisation à la dépendance ou à l'indépendance?", Gwendoline Malogne-Fer soulignait les difficultés et les limites de l'adaptation du modèle scolaire français aux réalités polynésiennes. Pour beaucoup d'enfants polynésiens, l'école reste une expérience difficile et un parcours comme celui de R. Tuheiava est encore exceptionnel. Malgré tout, il fait partie de ces jeunes polynésiens de plus en plus nombreux qui atteignent un haut niveau de formation universitaire et constituent peu à peu une relève.
- Le second élément, c'est le protestantisme. Car la famille Tuheiava, c'est aussi une grande famille protestante, où l'on compte des diacres et des pasteurs. Ses parents ont longtemps été très impliqués dans la vie paroissiale à Moorea et Richard Tuheiava est rapidement devenu l'un des avocats de l'église protestante ma'ohi, l'église historique héritière des premiers missionnaires de la London Missionary Society arrivés à Tahiti en 1797. Une église qui rassemble près de 40% des Polynésiens et dont les dirigeants, tout en refusant de devenir un soutien inconditionnel du parti indépendantiste, s'inscrivent clairement dans la perspective d'une indépendance de la Polynésie française en militant fortement pour la défense de la culture et la langue polynésiennes. Alors qu'elle était connue jusqu'en 2004 sous le nom d'église évangélique en Polynésie française, son nouveau nom traduit une volonté d'afficher plus nettement cet engagement.
Illustrations : R. Tuheiava ; vue aérienne de Maupiti ; temple protestante de Maharepa (Moorea)
14:59 Publié dans Actualités polynésiennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tuheiava, upld, sénat, politique, religion, christianisme, polynésie
09 septembre 2008
La Polynésie en Quizz
Je vous propose de vous exercer les neurones avec un Quizz polynésien !


22:19 Publié dans QUIZZ | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : polynésie, quizz, océanie, politique, religion, christianisme, samoa
17 mai 2008
Christianisme en Océanie: journées d'études en mai 2008
Journées d'études internationales (Réseau Asie-Imasie, GSRL, IRIS), 29-30 mai 2008 à Paris
La présence et l'influence des églises chrétiennes en Océanie sont aujourd'hui devenues des données incontournables de l'analyse de ces sociétés insulaires et des dynamiques régionales. Les églises dites «historiques» ou «traditionnelles» avaient accompagné les indépendances politiques en élaborant un discours chrétien sur les identités culturelles locales face à l'occidentalisation. À partir des années 1980, ce discours sur la tradition a donné lieu à d'importants débats au sein de l'anthropologie, autour du concept d' "invention de la tradition". Il s'agissait au départ de souligner le rôle des mobilisations politiques contemporaines dans la reformulation de l'identité culturelle et de la tradition. Autrement dit, la tradition ou la culture n'étaient pas quelque chose d'immuable, intemporel, mais un contenu malléable en fonction d'intérêts, de contextes, d'enjeux politiques. De là, on a parfois glissé vers des tentatives de disqualification des discours océaniens sur la tradition, avec des anthropologues se posant en gardiens de l'authenticité culturelle contre les élites océaniennes.
Depuis plusieurs années, l'essor des églises mormones et adventistes, puis de la «troisième vague» du christianisme océanien - les mouvements évangéliques et pentecôtistes - semble contester, fragiliser cette "tradition culturelle chrétienne" élaborée par les églises historiques et faire entrer l'Océanie dans une nouvelle phase de globalisation religieuse. De nombreux anthropologues considèrent notamment que ces églises sapent les fondements de la vie communautaire et détruisent la mémoire culturelle. Une des questions que l'on peut se poser est de savoir si à leur tour, ces églises sont susceptibles de faire émerger de nouvelles "traditions", de nouvelles articulations entre christianisme et cultures, traditions locales.
L'anthropologie a parfois du mal à appréhender ces changements religieux et les renversements de perspective qu'ils produisent. En Océanie comme ailleurs, le fait que les pays occidentaux (surtout européens) soient désormais perçus par beaucoup de Chrétiens du "Sud" comme des sociétés en voie de déchristianisation, voire comme des terres de mission, incite à ne plus appréhender uniquement le christianisme comme un facteur d'occidentalisation.
Les journées d'études qui auront lieu les 29 et 30 mai visent à la fois à dresser un état des lieux du christianisme océanien contemporain et à réfléchir aux approches anthropologiques disponibles pour rendre compte des rapports complexes entre christianisme et cultures locales. Elles rassembleront plusieurs des meilleurs spécialistes de ces questions, pour deux jours de discussion organisées en trois ateliers et une table ronde. Pour lire le programme détaillé, cliquez ici.
Illustrations: 1ère page du programme (photo G. Malogne-Fer, vitraux de la cathédrale de Papeete) ; temple mormon à Moorea (G. Malogne-Fer) ; petite église à Manus Island, Papouasie Nouvelle-Guinée (original sur le site Britannica).
15:44 Publié dans Actualités scientifiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, christianisme, océanie, polynésie, mélanésie, pacifique, religion
31 décembre 2007
Mes principales publications
LIVRES
- 2005, Pentecôtisme en Polynésie française. L’Évangile relationnel, Labor et Fides, Genève. 499 p.
- 2000, avec Gwendoline MALOGNE-FER : Tuaro’i, réflexions bibliques à Rapa, conversion et identité, éditions Haere po, Papeete. 306 p.
ARTICLES
15:40 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sociologie, polynésie, océanie, religion, christianisme, pentecôtisme, hakka
26 novembre 2006
Organisations missionnaires évangéliques en Océanie
Depuis les années 1960, la progression du protestantisme évangélique a emprunté, en Océanie comme ailleurs, trois voies différentes :
- L’apparition et le développement de nouvelles églises. Celles-ci se rattachent à des dénominations d’envergure internationale, d’origine américaine ou régionale (Nouvelle-Zélande, Australie) ou sont des créations locales indépendantes. Parmi les églises pentecôtistes des îles Salomon, par exemple, le Christian Outreach Centre, la Christian Revival Crusade, les Assemblées de Dieu ont des connections avec les organisations similaires en Australie ou aux Etats-Unis, qui leur envoient des prédicateurs, évangélistes, aident à la formation pastorale et apportent un soutien financier. Les doctrines prêchées dans ces églises suivent donc celles des organisations parentes. La plupart de ces églises sont regroupées au sein de la Solomon Islands Full Gospel Association. Et puis il y a les églises dites "indigènes", qui sont d’inspiration pentecôtiste, ont des caractéristiques charismatiques (parler en langues et guérison notamment) et sont d'origine locale, sans rattachement à des dénominations internationales ou étrangères : la Christian Fellowship Association, par exemple.
- Mais le protestantisme évangélique n’a pas toujours besoin de nouvelles églises pour progresser. Beaucoup d’églises protestantes océaniennes, qui sont d’ailleurs dans leur grande majorité issues de missions liées à des réveils évangéliques du 18ème siècle (London Missionary Society, Wesleyan Methodist Mission Society) ont connu au cours des dernières décennies une progression en leur sein de tendances évangéliques, voire pentecôtistes. Ainsi, les paroisses protestantes des îles Cook (Cook Island Christian Church) comptent aujourd’hui une proportion considérable de "born again Christians" - parmi les paroissiens comme parmi les pasteurs, au point que le synode de l’église a dû inscrire à son ordre du jour la question du baptême par immersion.
- Enfin, la troisième voie par laquelle le protestantisme évangélique se diffuse en Océanie, ce sont les organisations que l’on appelle "non-dénominationnelles" ou encore "trans-dénominationnelles", parce qu’elles sont indépendantes des églises. En voici une liste non exhaustive, établie à partir de mes recherches, des données recueillies par Manfred Ernst en 1994 (Winds of Change) et dans le cadre du livre collectif qu’il a dirigé plus récemment (Globalization and the Re-shaping of Christianity in Oceania, 2006).
Les Gédéons sont sans doute la plus ancienne des organisations évangéliques aujourd’hui actives dans le Pacifique. Fondée en 1899, The Gideons International est une association d’hommes d’affaires et de cadres d’origine américaine. Elle compte actuellement, selon ses propres estimations, plus de 250 000 membres et est présente dans plus de 180 pays. Sa principale activité consiste à distribuer gratuitement des bibles et le Nouveau Testament, notamment dans les hôtels. 63 millions de livres distribués chaque année : si vous avez trouvé un jour une bible dans le tiroir de la table de nuit de votre chambre d’hôtel, c’est sans doute aux Gédéons que vous le devez ! En Polynésie française, l’association des Gédéons a été créée en 1987 par plusieurs membres des assemblées de Dieu.
Youth for Christ (YFC) a été fondée en 1944 aux Etats-Unis, à l'origine pour coordonner les efforts de jeunes organisateurs de rallies évangéliques au Canada, aux États-Unis et au Royaume Uni. Elle compte aujourd’hui 4500 équipiers et 26000 bénévoles, engagés dans des actions missionnaires dans plus de 100 pays. La création de cette organisation qui souhaitait impliquer les jeunes Américains dans un combat spirituel marqué à l’origine par la Guerre Froide a ouvert la voie à beaucoup d’autres: Billy Graham a été un des premiers équipiers de Youth for Christ, avant qu’il ne fonde en 1957 sa propre organisation (la Billy Graham Evangelistic Association). YFC a également soutenu la création de World Vision. En Océanie, YFC a des bureaux permanents en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Fidji et aux Samoa.
World Vision a été fondée en 1950 par Bob Pierce, alors missionnaire américain en Asie. Il s’agit d’une ONG évangélique de lutte contre la pauvreté et d’aide à l’enfance déshéritée. En Papouasie Nouvelle-Guinée, World Vision se consacre principalement aux soins élémentaires, l’eau, l’hygiène, le développement de micro-entreprises et de l’agriculture, l’alphabétisation. Elle intervient dans toute la région en apportant une aide humanitaire en cas de catastrophes naturelles. Elle est aussi active à Tonga, à Fidji et aux îles Salomon.
Jeunesse en Mission (Youth With a Mission, YWAM), fondée en 1960 par un pasteur de jeunesse des assemblées de Dieu californiennes, Loren Cunningham, compte 16000 équipiers à plein temps dans 173 pays. En 1967, une première campagne d’évangélisation en Nouvelle-Zélande lui a permis de s’implanter en Océanie, en recrutant des missionnaires parmi les Pakeha (Néo-zélandais d’origine européenne) des églises protestantes et parmi les communautés polynésiennes, notamment dans le quartier de Ponsonby à Auckland. Ces derniers ont contribué au cours des décennies suivantes au développement de YWAM dans l’ensemble des îles du Pacifique. Deux éléments ont en outre favorisé ce développement :
- L’ouverture en 1978 d’une université (Pacific and Asia Christian University, rebaptisée en 1988 Université des nations après qu’elle ait ouvert d’autres campus dans le monde) sur l’île de Kona (Big Island, Hawaii).
- Le ministère Island Breeze, fondé en 1979 par le Samoan Sosene Le’au, qui vise à réhabiliter des traits culturels polynésiens tels que les danses comme expression légitime de la foi chrétienne et moyen d’évangélisation.
Outre ses programmes d’activités tournées vers la jeunesse, YWAM est aussi présente dans le Pacifique par le biais de l’action humanitaire, avec des bateaux d’assistance (Mercy Ships et Marine Reach).
Campus Crusade for Christ est née en 1951 sur le campus de l’University of California à Los Angeles (UCLA), sous l’impulsion de Bill et Vonette Bright. C’est aujourd’hui l’une des quatre plus grandes associations missionnaires américaines, présente dans près de deux cents pays. Elle a notamment produit et diffusé le film Jesus, traduit dans plus de 130 langues et diffusé dans plusieurs îles du Pacifique. Outre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, elle a des bureaux permanents en Papouasie Nouvelle-Guinée, au Vanuatu, à Fidji, à Tonga et aux îles Salomon.
Wycliffe Bible Translators International. Sachant que l’Océanie compte pour un tiers des 6000 à 6500 langues parlées dans le monde, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’association Wycliffe y ait déployé son activité, qui porte essentiellement sur la traduction de la Bible en langues locales. Cette organisation a été fondée en 1930 et a pris le nom de John Wycliffe, premier traducteur de la Bible en anglais. En 1992, M. Ernst notait des activités en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, au Vanuatu, aux îles Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Micronésie.
Émergence de réseaux régionaux : l’assemblée de prière du Pacifique
Nées en 1991, avec une première réunion aux îles Salomon, les assemblées de prière sont un mouvement régional qui regroupe chaque année des délégations du Pacifique et des églises chrétiennes du pays d’accueil afin de prier « pour les nations », dans un combat spirituel en faveur de la paix, de la réconciliation et pour une gouvernance inspirée par les principes chrétiens. Ses animateurs sont issus aussi bien des courants évangéliques des églises protestantes historiques que des églises évangéliques et pentecôtistes, des îles du Pacifique et des communautés polynésiennes de Nouvelle-Zélande. En 1998, la 8ème assemblée s’est déroulée à Tonga, en présence du roi et des représentants des églises pentecôtistes, mais aussi catholiques, anglicanes et adventistes. En 2003, les participants à la 13ème assemblée ont été accueillis au Parlement du Vanuatu. En 2004, la 14ème assemblée a eu lieu à Tahiti et a été précédée d’une marche pour Jésus (le mouvement Global March for Jesus, qui a été lancé en 1987 à Londres par plusieurs leaders évangéliques, dont le représentant local de YWAM, est aujourd’hui un mouvement mondial).
Photo : mission au Vanuatu (www.bvbid.org/Vanuatu.htm).
21:30 Publié dans Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : religion, église, évangélique, pentecôtiste, océanie, sociologie, anthropologie
03 novembre 2006
Sea, church and sun : tourisme et religion en Polynésie
Du touriste au pèlerin ? Les églises entre hostilité et espoir
En 1969, le conseil œcuménique des églises organisait une conférence mondiale sur le tourisme, qui a constitué un premier repère, avant que ne se mette en place, en 1982, la coalition œcuménique sur le tourisme, l'ECOT ou ECTWT (Ecumenical Coalition on Third World Tourism). La Pacific Conference of Churches, qui rassemble les églises chrétiennes historiques du Pacifique (protestantes et catholique) en fait bien sûr partie et ses prises de position, comme celles des églises membres, suivent généralement les mêmes orientations que celles de l’ECOT. Celle-ci, à l’occasion de la journée mondiale du tourisme, le 27 septembre 2006, a une nouvelle fois affirmé un point de vue extrêmement critique sur l’industrie touristique : un « big business », une entreprise de domination et d’exploitation des communautés locales et de leur environnement. « Ce sont les pays riches qui dictent les paramètres du secteur », écrit-elle, « la libéralisation du secteur du tourisme est potentiellement désastreuse et n’est pas la bonne voie pour faire du tourisme une activité économique soutenable ». Pourtant, un autre tourisme est possible, « fondé sur ce qui bénéficie aux populations, qui protège leur intégrité ». Dans un texte de décembre 2004, le directeur exécutif de l’ECOT, Ranjan Solomon, rêvait d’un touriste qui se convertirait…en pèlerin :
« Quand des relations justes s’établissent dans le tourisme entre réalisation et responsabilité sociale, alors le tourisme agit comme un acte de pèlerinage au service de la population et de la nature. Car un pèlerin n’est pas un simple touriste. Trois points de distinction me paraissent pertinents :
- Le pèlerin s’avance avec sensibilité sur la Terre Sacrée et les espaces où il entre – le touriste a tendance à piétiner cet espace sacré.
- Le pèlerin respecte ses hôtes et acceptent leurs coutumes, essaie d’apprendre d’eux tout en offrant de partager ses propres coutumes. Le touriste voit souvent les coutumes de son hôte comme un bon produit qu’il vaut mieux réserver au spectacle du « evening show » !
- Le pèlerin est humble et a la patience d’attendre, pour faire les choses, que son hôte soit prêt également. Le touriste peut être pressé, hâtif et même arrogant. »
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06:25 Publié dans Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, église, voyage, tourisme, polynésie, rarotonga, hawaii
22 août 2006
Presentation
Those who know contemporary Polynesia and more widely Oceania, know how essential is the place of Christianity in these societies. This is obviously not what the tourism industry chooses to sell destinations like Tahiti, even if one can see every Sunday morning some tourists – on the advice of their guides – attending the services of the Protestant Churches in French Polynesia, Cook Islands or elsewhere to hear the traditional hymns. Until recently, the Oceanists haven’t seen Christianity either as a valuable object of study, considering it as a fatal danger for local cultures or preferring to ignore it in order to focus on what seemed to have “resisted” or what was going to be shortly erased from memories.
The subject of this blog is Polynesia of today, that has been Christian for more than 100 years, and more specifically the last wave of Christianity in Polynesia: Evangelical and Pentecostal Protestants, who are experiencing since the 80’s a rapid growth, mainly at the expense of the Historical Protestant Churches.
Speaking about Polynesia of today means to take into account the 232000 Pacific people living in New Zealand, Samoans, Tongans, Cook Islanders (more numerous in New Zealand than in their country of origin), Tuvaluans, Niueans… Auckland is the Capital of this Polynesian Diaspora, concentrated in the South suburbs of Otara and Mangere. Polynesia is nowadays also urban: 53% of the inhabitants of French Polynesia are living in town, 48% in the American Samoa, 32% in Tonga.
The choice of Polynesia as a field of research is not a way to escape from the strong currents of the contemporary word to take refuge in the quiet lagoons of exotic paradises. It is a way to understand evolutions of Christianity whose scale and consequences are still largely unknown: the worldwide expansion of Evangelicals and Pentecostals, the rise of new missions from Africa, Asia and Oceania that aim to re-evangelize the Western countries… among other things.
21:49 Publié dans ENGLISH VERSION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : océanie, polynésie, religion, christianisme, sociologie, anthropologie
16 août 2006
Histoire et mésaventures des "frères larges" et "étroits" en terres polynésiennes
C’est en effet en 1852 que les premiers « frères » (« larges ») arrivent en Nouvelle-Zélande, une histoire à laquelle l’historien Peter Lineham, spécialiste du christianisme néo-zélandais, s’est particulièrement intéressé. C’est donc vers lui que se sont tournés les médias néo-zélandais quand, au cours de la campagne pour les élections législatives de septembre 2005, il est apparu que des « frères étroits » avaient écrit et massivement distribué, en concertation avec le parti conservateur, des tracts anonymes violemment hostiles aux partis vert et travailliste ! Comment comprendre qu’un groupe se proclamant en retrait du « monde » et refusant de voter intervienne de cette manière dans le jeu politique ? L’affaire a donné lieu à plusieurs semaines d’interrogations, de rebondissements et de polémiques (que l’on peut retrouver sur le site internet du NZ Herald), jusqu’à ce que les sept « frères étroits » impliqués, hommes d’affaires du nord de la Nouvelle-Zélande, acceptent de donner une conférence de presse au cours de laquelle ils ont expliqué leur intervention par leurs convictions « fondamentalistes » (« We are Fundamentalists ») et leur volonté d’épargner au pays un déclin moral irréversible. Ces péripéties et le nombre des « frères » concernés ont bien sûr inspiré aux dessinateurs de presse des caricatures sur le thème de Blanche Neige (rôle tenu par Don Brash, le leader du National Party) et les sept nains. D’autres « frères étroits » ont depuis conduit une campagne similaire sur l’île australienne de Tasmanie.
- à Samoa.
La Apia Christian Fellowship est née en 1954 de la rencontre entre un missionnaire précédemment implanté chez les Maori (alors en escale à Fidji entre les îles Cook et la Nouvelle-Zélande), un missionnaire samoan de la London Missionary Society’s Samoan Congregation à Fidji et un couple d’enseignants samoans méthodistes. Elle compte environ 500 membres, qui se réunissent au Gospel Hall de la capitale samoane.
Les frères y sont présents depuis 2001, à l’initiative de deux Tuvaluans convertis à Fidji, avec une communauté embryonnaire d’une quarantaine de personnes.
08:05 Publié dans Actualités polynésiennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : darbystes, religion, sociologie, polynésie, nouvelle-zélande
23 mai 2006
Da Vinci Code interdit à Samoa
Les « droits fondamentaux de la personne humaine » face à l’autoritarisme des églises chrétiennes traditionnelles
Le comité de censure des Samoa occidentales, nous apprend Tahiti Presse, a décidé ce week-end d’interdire que le film « Da Vinci Code » soit projeté dans l’unique salle de cinéma de l’archipel (le Magik Cinema d’Apia, la capitale) et loué en DVD. Selon la dépêche, cette décision fait suite à l’avis rendu par le « Conseil des églises chrétiennes », sollicité par le comité de censure. À ma connaissance, il n’existe pas aux Samoa de conseil rassemblant toutes les églises chrétiennes et il s’agit très probablement du National Council of Churches, qui rassemble les trois églises « traditionnelles » :- La Congregational Christian Church in Samoa (CCCS), appelée aussi lotu tahiti ("église Tahiti"), qui rassemble 35% de la population.
- L’église catholique, soit 20% de la population.
- L’église méthodiste (lotu tonga), soit 15% de la population.
Les églises évangéliques et pentecôtistes, qui connaissent depuis les années 1980 une progression continue et importante, ont quant à elles créé une seconde structure fédérative, l’Evangelical Fellowship of Churches.
Aux îles Samoa comme dans beaucoup d’îles polynésiennes aujourd’hui, les revendications de liberté individuelle s’opposent à des rappels à l’ordre communautaires (autorités villageoises) ou institutionnels (responsables d’église). Si en milieu urbain et a fortiori en situation de migration (plus de 100 000 Samoans vivent en Nouvelle-Zélande), il est plus facile d’affirmer la légitimité de choix personnels, dans les villages les changements d’affiliation religieuse en particulier suscitent encore de fortes résistances. En 2002, l’association Human Rights Without Frontiers évoquait notamment les tensions liées à la croissance des Assemblées de Dieu (7% de la population en 2001) et des cas d’expulsions de convertis.
Le fait que des églises aient ainsi décidé d’interdire le film Da Vinci Code s’inscrit dans cette confrontation entre d’un côté des droits de l’individu à vocation universelle, une société de plus en plus plurielle, et de l’autre des églises porte-parole de la tradition chrétienne samoane qui considèrent qu’à Samoa, l’individu n’existe pas en dehors de son appartenance obligée à sa communauté d’origine et d’une soumission à ceux qui y exercent l’autorité. Cette confrontation est aussi générationnelle, l’archevêque de Samoa a d’ailleurs justifié l’interdiction du film en évoquant les jeunes, dont la foi, « moins ancrée que celle des classes les plus âgées, pourrait s’en trouver affectée ».
Aux arguments des églises, le propriétaire du cinéma oppose le « droit fondamental de la personne humaine » de se faire une opinion, exprimant bien le fossé qui se creuse entre les jeunes générations et des églises dont le déclin relatif (au profit des Mormons – 13% de la population, des Adventistes – 4%, des évangéliques et des pentecôtistes) risque de s’accentuer dans les années à venir.
11:35 Publié dans Actualités polynésiennes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, sociologie, christianisme, religion, da vinci code, samoa, océanie
24 avril 2006
Présentations (2) : Polynésie, terres chrétiennes
Ceux qui connaissent la Polynésie contemporaine, et plus largement l’Océanie, savent quelle place occupe le christianisme dans ces sociétés : une place incontournable. Bien sûr, ce n’est pas ce que retient l’industrie touristique lorsqu’elle vend des destinations comme Tahiti, même si tous les dimanches matins, des touristes – sur le conseil des guides touristiques - se rendent aux cultes des églises protestantes de Polynésie française, des îles Cook ou d’ailleurs pour écouter les chants traditionnels. Ce n’est pas non plus ce qui a attiré le regard des anthropologues qui pendant longtemps ont considéré la christianisation comme un danger mortel pour les cultures locales ou ont préféré l’ignorer pour étudier tout ce qui semblait avoir « survécu » ou risquait tout simplement de disparaître des mémoires.
Dans ce blog, il sera donc question de la Polynésie d’aujourd’hui, chrétienne depuis plus de cent ans, et surtout de la dernière vague du christianisme en Océanie, le protestantisme évangélique et pentecôtiste (le pentecôtisme étant l’une des tendances du protestantisme évangélique), qui connaît depuis les années 1980 une progression rapide, aux dépens notamment des églises protestantes historiques.
La Polynésie d’aujourd’hui, ce sont les 232000 Pacific Islanders qui vivent en Nouvelle-Zélande, Samoans, Tongiens et Cook Islanders (plus nombreux en Nouvelle-Zélande que dans leur pays d’origine), Tuvaluans, Niueans, … Auckland est la capitale de cette diaspora polynésienne, qui se concentre dans les quartiers sud d’Otara et Mangere. Car la Polynésie ce sont aussi des populations urbaines : 53% des habitants de Polynésie française vivent en ville, 48% aux Samoa américaines, 32% à Tonga.
Étudier la Polynésie, ce n’est pas choisir une destination exotique à l'écart des courants qui animent le monde contemporain. C’est une manière d’aborder des phénomènes dont on mesure encore mal l’ampleur et les conséquences sur la physionomie du christianisme : migrations, "globalisation", expansion du protestantisme évangélique et pentecôtiste, montée de mouvements missionnaires africains, asiatiques ou océaniens qui ambitionnent de re-christianiser l’Occident… entre autres.
21:30 Publié dans Présentation du site | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : polynésie, christianisme, religion, sociologie, anthropologie, mission


