22 septembre 2008

Richard Tuheiava : la jeune génération indépendantiste au Sénat

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Richard Tuheiava, 34 ans, a été élu hier sénateur de Polynésie française, au côté de Gaston Flosse, ancien président du gouvernement polynésien, sur la liste commune de l'UPLD (Union pour la démocratie, indépendantiste) et du tahoeraa huiraatira de Gaston Flosse (à qui l'UMP avait refusé son investiture). Cette alliance, qui paraissait aussi incroyable que contre-nature lorsqu'elle s'est mise en place en février dernier, poursuit donc son chemin et a apparemment convaincu les élus locaux polynésiens, pourtant traditionnellement fidèles - par nécessité plus que par conviction - au pouvoir en place, dont ils dépendent financièrement. Cette victoire aux élections sénatoriales souligne la fragilité du gouvernement Tong Sang, soutenu par l'UMP et le gouvernement français, mais appuyé sur une majorité très hétéroclite. Elle annonce sans doute le renversement prochain de cette majorité, minée depuis plusieurs mois par la surenchère d'alliés peu sûrs, exigeant toujours plus de postes, des avantages divers, etc... pour prix de leur soutien à Gaston Tong Sang.

Avocat à la cour d'appel de Papeete,secrétaire général de la ligue polynésienne des droits humains et (entre autres) membre de la Jeune chambre économique de Tahiti, Richard Tuheiava incarne une nouvelle génération indépendantiste, plus engagée dans la société que dans les manoeuvres d'appareil, associant un héritage culturel et religieux fort avec des compétences indéniables. Les gouvernements Temaru avaient déçu par ce qui semblait être un manque de professionnalisme, une certaine désorganisation. Avec de jeunes cadres comme le nouveau sénateur polynésien, on peut être plus optimiste. Il dispose en tout cas de nombreux atouts pour devenir une personnalité importante de la scène politique locale.

maupiti.jpgIssu d'une famille originaire de Maupiti (île Sous-le-Vent), Richard Tuheiava a grandi à Moorea, l'île qui fait face à Tahiti. Deux éléments de son parcours personnel et de son arrière-plan familial sont intéressants à noter.

- D'abord, l'école. Fils d'un directeur d'école primaire, il est aussi le neveu de Sylvia Tuheiava Richaud, maîtresse de conférences en langues et civilisations polynésiennes à l'université de la Polynésie française (auteure d'une thèse de doctorat sur les codes missionnaires polynésiens). Pour devenir avocat, il a fait ses études de droit à Aix-Marseille. Cette réussite scolaire souligne, pour reprendre les termes classiques de l'analyse développée par P. Bourdieu, l'accumulation et la transmission familiale d'un double capital culturel, qui associe système éducatif français et culture polynésienne. Dans un article publié en 2001 dans la Revue juridique polynésienne, intitulée "L'éducation en Polynésie française, socialisation à la dépendance ou à l'indépendance?", Gwendoline Malogne-Fer soulignait les difficultés et les limites de l'adaptation du modèle scolaire français aux réalités polynésiennes. Pour beaucoup d'enfants polynésiens, l'école reste une expérience difficile et un parcours comme celui de R. Tuheiava est encore exceptionnel. Malgré tout, il fait partie de ces jeunes polynésiens de plus en plus nombreux qui atteignent un haut niveau de formation universitaire et constituent peu à peu une relève.

EPM Maharepa porte.jpg- Le second élément, c'est le protestantisme. Car la famille Tuheiava, c'est aussi une grande famille protestante, où l'on compte des diacres et des pasteurs. Ses parents ont longtemps été très impliqués dans la vie paroissiale à Moorea et Richard Tuheiava est rapidement devenu l'un des avocats de l'église protestante ma'ohi, l'église historique héritière des premiers missionnaires de la London Missionary Society arrivés à Tahiti en 1797. Une église qui rassemble près de 40% des Polynésiens et dont les dirigeants, tout en refusant de devenir un soutien inconditionnel du parti indépendantiste, s'inscrivent clairement dans la perspective d'une indépendance de la Polynésie française en militant fortement pour la défense de la culture et la langue polynésiennes. Alors qu'elle était connue jusqu'en 2004 sous le nom d'église évangélique en Polynésie française, son nouveau nom traduit une volonté d'afficher plus nettement cet engagement.

 

Illustrations : R. Tuheiava ; vue aérienne de Maupiti ; temple protestante de Maharepa (Moorea)

 

 

09 septembre 2008

La Polynésie en Quizz

Je vous propose de vous exercer les neurones avec un Quizz polynésien !

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17 mai 2008

Christianisme en Océanie: journées d'études en mai 2008

"Innovations religieuses et dynamiques du changement culturel en Océanie contemporaine"

581841126.jpgJournées d'études internationales (Réseau Asie-Imasie, GSRL, IRIS), 29-30 mai 2008 à Paris

La présence et l'influence des églises chrétiennes en Océanie sont aujourd'hui devenues des données incontournables de l'analyse de ces sociétés insulaires et des dynamiques régionales. Les églises dites «historiques» ou «traditionnelles» avaient accompagné les indépendances politiques en élaborant un discours chrétien sur les identités culturelles locales face à l'occidentalisation. À partir des années 1980, ce discours sur la tradition a donné lieu  à d'importants débats au sein de l'anthropologie, autour du concept d' "invention de la tradition". Il s'agissait au départ de souligner le rôle des mobilisations politiques contemporaines dans la reformulation de l'identité culturelle et de la tradition. Autrement dit, la tradition ou la culture n'étaient pas quelque chose d'immuable, intemporel, mais un contenu malléable en fonction d'intérêts, de contextes, d'enjeux politiques. De là, on a parfois glissé vers des tentatives de disqualification des discours océaniens sur la tradition, avec des anthropologues se posant en gardiens de l'authenticité culturelle contre les élites océaniennes.  

1814299025.jpgDepuis plusieurs années, l'essor des églises mormones et adventistes, puis de la «troisième vague» du christianisme océanien - les mouvements évangéliques et pentecôtistes - semble contester, fragiliser cette "tradition culturelle chrétienne" élaborée par les églises historiques et faire entrer l'Océanie dans une nouvelle phase de globalisation religieuse. De nombreux anthropologues considèrent notamment  que ces églises sapent les fondements de la vie communautaire et détruisent la mémoire culturelle. Une des questions que l'on peut se poser est de savoir si à leur tour, ces églises sont susceptibles de faire émerger de nouvelles "traditions", de nouvelles articulations entre christianisme et cultures, traditions locales.

L'anthropologie a parfois du mal à appréhender ces changements religieux et les renversements de perspective qu'ils produisent. En Océanie comme ailleurs, le fait que les pays occidentaux (surtout européens) soient désormais perçus par beaucoup de Chrétiens du "Sud" comme des sociétés en voie de déchristianisation, voire comme des terres de mission, incite à ne plus appréhender uniquement le christianisme comme un facteur d'occidentalisation.

957632340.jpgLes journées d'études qui auront lieu les 29 et 30 mai visent à la fois à dresser un état des lieux du christianisme océanien contemporain et à réfléchir aux approches anthropologiques disponibles pour rendre compte des rapports complexes entre christianisme et cultures locales. Elles rassembleront plusieurs des meilleurs spécialistes de ces questions, pour deux jours de discussion organisées en trois ateliers et une table ronde. Pour lire le programme détaillé, cliquez ici.

 

 

Illustrations:  1ère page du programme (photo G. Malogne-Fer, vitraux de la cathédrale de Papeete) ; temple mormon à Moorea (G. Malogne-Fer) ; petite église à Manus Island, Papouasie Nouvelle-Guinée (original sur le site Britannica).

 

31 décembre 2007

Mes principales publications

LIVRES


- 2005, Pentecôtisme en Polynésie française. L’Évangile relationnel, Labor et Fides, Genève. 499 p.
- 2000, avec Gwendoline MALOGNE-FER : Tuaro’i, réflexions bibliques à Rapa, conversion et identité, éditions Haere po, Papeete. 306 p.



ARTICLES

-2008, avec Gwendoline MALOGNE-FER : “ Entre pays et paysages : dynamique des lieux et développement touristique à Rurutu (Polynésie française) ” [version longue de l’article publié en 2005 dans Géographie et Cultures], Bulletin de la société des études océaniennes n° 312, p. 4-36.
- 2007, "Pentecôtisme et politique en Polynésie française", in BAUBEROT J. et REGNAULT J. M. (dir.), Relations Églises et autorités outre-mer de 1945 à nos jours, Les Indes Savantes, Paris, p. 141-151.
- 2007, "Salut personnel et socialisation religieuse dans les assemblées de Dieu de Polynésie française", Anthropologie et Sociétés vol. 31, n°1, p. 183-199.
- 2007, « Pentecôtisme et modernité urbaine : entre déterritorialisation des identités et réinvestissement symbolique de l’espace urbain », Social Compass 54(2). Pages 201 à 210.
- 2006, « Le pentecôtisme en Polynésie française : une religion efficace pour des temps d’incertitude ? », Pacific Theological Journal series II n°35, p. 18-47.
- 2006, avec Gwendoline MALOGNE-FER : chapitre « French Polynesia » in ERNST M. (ed.), Globalization and the Re-shaping of Christianity in the Pacific Islands, Pacific Theological College, Suva (Fidji). Pages 649-683.
- 2006, “ L’évangélisation, “ une manière de vivre ” : mobilisation militante et devoir de témoignage au sein des assemblées de Dieu de Polynésie française ”, in CARLUER J.-Y. (dir.), L’évangélisation. Des protestants évangéliques en quête de conversion, Excelsis (Cléon d’Andran, collection d'études sur le protestantisme évangélique). Pages 51 à 62.
- 2005, “ Genèse des émotions au sein des assemblées de Dieu polynésiennes ”, Archives des sciences sociales des religions n° 131-132. Pages 143 à 163.
- 2005, Avec Gwendoline MALOGNE-FER : “ Entre pays et paysages : dynamique des lieux et développement touristique à Rurutu (Polynésie française) ”, Géographie et Cultures n° 52. Pages 73 à 90.
- 2005. « The Growth of Pentecostalism in French Polynesia : a Hakka History. Migration, Cultural Identity and Christianity », China Perspectives n° 57. Pages 50 à 57. (trad. anglaise de l’article suivant)
- 2004. « L’essor du pentecôtisme en Polynésie française : une histoire hakka. Migration, identité culturelle et christianisme », Perspectives chinoises n° 86. Pages 54 à 61.
- 2004, “ Le pentecôtisme en Polynésie française : innovations religieuses et dynamiques du changement socioculturel ”, Journal de la société des Océanistes n°119. Pages 163 à 170.
- 2003, “ Les années 80 en Polynésie française : les premiers signes d’une modernité religieuse ” in Regnault J.-M. (dir.) : François Mitterrand et les territoires français du Pacifique 1981-1988, éd. Les Indes savantes (Paris). Pages 417 à 425.
- 2002, avec Gwendoline MALOGNE-FER : “ christianisme, identités culturelles et communautés en Polynésie française ”, revue Hermès n°32-33, avril. Pages 355 à 365.

26 novembre 2006

Organisations missionnaires évangéliques en Océanie

Depuis les années 1960, la progression du protestantisme évangélique a emprunté, en Océanie comme ailleurs, trois voies différentes :


 medium_eton_congregation-436x322.2.jpg - L’apparition et le développement de nouvelles églises. Celles-ci se rattachent à des dénominations d’envergure internationale, d’origine américaine ou régionale (Nouvelle-Zélande, Australie) ou sont des créations locales indépendantes. Parmi les églises pentecôtistes des îles Salomon, par exemple, le Christian Outreach Centre, la Christian Revival Crusade, les Assemblées de Dieu ont des connections avec les organisations similaires en Australie ou aux Etats-Unis, qui leur envoient des prédicateurs, évangélistes, aident à la formation pastorale et apportent un soutien financier. Les doctrines prêchées dans ces églises suivent donc celles des organisations parentes. La plupart de ces églises sont regroupées au sein de la Solomon Islands Full Gospel Association. Et puis il y a les églises dites "indigènes", qui sont d’inspiration pentecôtiste, ont des caractéristiques charismatiques (parler en langues et guérison notamment) et sont d'origine locale, sans rattachement à des dénominations internationales ou étrangères : la Christian Fellowship Association, par exemple.


- Mais le protestantisme évangélique n’a pas toujours besoin de nouvelles églises pour progresser. Beaucoup d’églises protestantes océaniennes, qui sont d’ailleurs dans leur grande majorité issues de missions liées à des réveils évangéliques du 18ème siècle (London Missionary Society, Wesleyan Methodist Mission Society) ont connu au cours des dernières décennies une progression en leur sein de tendances évangéliques, voire pentecôtistes. Ainsi, les paroisses protestantes des îles Cook (Cook Island Christian Church) comptent aujourd’hui une proportion considérable de "born again Christians" - parmi les paroissiens comme parmi les pasteurs, au point que le synode de l’église a dû inscrire à son ordre du jour la question du baptême par immersion.


- Enfin, la troisième voie par laquelle le protestantisme évangélique se diffuse en Océanie, ce sont les organisations que l’on appelle "non-dénominationnelles" ou encore "trans-dénominationnelles", parce qu’elles sont indépendantes des églises. En voici une liste non exhaustive, établie à partir de mes recherches, des données recueillies par Manfred Ernst en 1994 (Winds of Change) et dans le cadre du livre collectif qu’il a dirigé plus récemment (Globalization and the Re-shaping of Christianity in Oceania, 2006).

 

medium_gideons.jpegLes Gédéons sont sans doute la plus ancienne des organisations évangéliques aujourd’hui actives dans le Pacifique. Fondée en 1899, The Gideons International est une association d’hommes d’affaires et de cadres d’origine américaine. Elle compte actuellement, selon ses propres estimations, plus de 250 000 membres et est présente dans plus de 180 pays. Sa principale activité consiste à distribuer gratuitement des bibles et le Nouveau Testament, notamment dans les hôtels. 63 millions de livres distribués chaque année : si vous avez trouvé un jour une bible dans le tiroir de la table de nuit de votre chambre d’hôtel, c’est sans doute aux Gédéons que vous le devez ! En Polynésie française, l’association des Gédéons a été créée en 1987 par plusieurs membres des assemblées de Dieu.


medium_youth.jpegYouth for Christ (YFC) a été fondée en 1944 aux Etats-Unis, à l'origine pour coordonner les efforts de jeunes organisateurs de rallies évangéliques au Canada, aux États-Unis et au Royaume Uni. Elle compte aujourd’hui 4500 équipiers et 26000 bénévoles, engagés dans des actions missionnaires dans plus de 100 pays. La création de cette organisation qui souhaitait impliquer les jeunes Américains dans un combat spirituel marqué à l’origine par la Guerre Froide a ouvert la voie à beaucoup d’autres: Billy Graham a été un des premiers équipiers de Youth for Christ, avant qu’il ne fonde en 1957 sa propre organisation (la Billy Graham Evangelistic Association). YFC a également soutenu la création de World Vision. En Océanie, YFC a des bureaux permanents en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Fidji et aux Samoa.

 

medium_worldvision.jpegWorld Vision a été fondée en 1950 par Bob Pierce, alors missionnaire américain en Asie. Il s’agit d’une ONG évangélique de lutte contre la pauvreté et d’aide à l’enfance déshéritée. En Papouasie Nouvelle-Guinée, World Vision se consacre principalement aux soins élémentaires, l’eau, l’hygiène, le développement de micro-entreprises et de l’agriculture, l’alphabétisation. Elle intervient dans toute la région en apportant une aide humanitaire en cas de catastrophes naturelles. Elle est aussi active à Tonga, à Fidji et aux îles Salomon. 

 

medium_ywam.jpegJeunesse en Mission (Youth With a Mission, YWAM), fondée en 1960 par un pasteur de jeunesse des assemblées de Dieu californiennes, Loren Cunningham, compte 16000 équipiers à plein temps dans 173 pays. En 1967, une première campagne d’évangélisation en Nouvelle-Zélande lui a permis de s’implanter en Océanie, en recrutant des missionnaires parmi les Pakeha (Néo-zélandais d’origine européenne) des églises protestantes et parmi les communautés polynésiennes, notamment dans le quartier de Ponsonby à Auckland. Ces derniers ont contribué au cours des décennies suivantes au développement de YWAM dans l’ensemble des îles du Pacifique. Deux éléments ont en outre favorisé ce développement :
- L’ouverture en 1978 d’une université (Pacific and Asia Christian University, rebaptisée en 1988 Université des nations après qu’elle ait ouvert d’autres campus dans le monde) sur l’île de Kona (Big Island, Hawaii).
- Le ministère Island Breeze, fondé en 1979 par le Samoan Sosene Le’au, qui vise à réhabiliter des traits culturels polynésiens tels que les danses comme expression légitime de la foi chrétienne et moyen d’évangélisation.
Outre ses programmes d’activités tournées vers la jeunesse, YWAM est aussi présente dans le Pacifique par le biais de l’action humanitaire, avec des bateaux d’assistance (Mercy Ships et Marine Reach).

 

medium_campus.jpegCampus Crusade for Christ est née en 1951 sur le campus de l’University of California à Los Angeles (UCLA), sous l’impulsion de Bill et Vonette Bright. C’est aujourd’hui l’une des quatre plus grandes associations missionnaires américaines, présente dans près de deux cents pays. Elle a notamment produit et diffusé le film Jesus, traduit dans plus de 130 langues et diffusé dans plusieurs îles du Pacifique. Outre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, elle a des bureaux permanents en Papouasie Nouvelle-Guinée, au Vanuatu, à Fidji, à Tonga et aux îles Salomon.

 

medium_logoa.gifWycliffe Bible Translators International. Sachant que l’Océanie compte pour un tiers des 6000 à 6500 langues parlées dans le monde, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’association Wycliffe y ait déployé son activité, qui porte essentiellement sur la traduction de la Bible en langues locales. Cette organisation a été fondée en 1930 et a pris le nom de John Wycliffe, premier traducteur de la Bible en anglais. En 1992, M. Ernst notait des activités en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, au Vanuatu, aux îles Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Micronésie.

 

Émergence de réseaux régionaux : l’assemblée de prière du Pacifique
Nées en 1991, avec une première réunion aux îles Salomon, les assemblées de prière sont un mouvement régional qui regroupe chaque année des délégations du Pacifique et des églises chrétiennes du pays d’accueil afin de prier « pour les nations », dans un combat spirituel en faveur de la paix, de la réconciliation et pour une gouvernance inspirée par les principes chrétiens. Ses animateurs sont issus aussi bien des courants évangéliques des églises protestantes historiques que des églises évangéliques et pentecôtistes, des îles du Pacifique et des communautés polynésiennes de Nouvelle-Zélande. En 1998, la 8ème assemblée s’est déroulée à Tonga, en présence du roi et des représentants des églises pentecôtistes, mais aussi catholiques, anglicanes et adventistes. En 2003, les participants à la 13ème assemblée ont été accueillis au Parlement du Vanuatu. En 2004, la 14ème assemblée a eu lieu à Tahiti et a été précédée d’une marche pour Jésus (le mouvement Global March for Jesus, qui  a été lancé en 1987 à Londres par plusieurs leaders évangéliques, dont le représentant local de YWAM, est aujourd’hui un mouvement mondial).

 

Photo : mission au Vanuatu (www.bvbid.org/Vanuatu.htm). 

03 novembre 2006

Sea, church and sun : tourisme et religion en Polynésie

medium_touriste-eglise.2.jpgLe développement du tourisme de masse, à partir des décennies 1950-1960, a suscité chez les responsables d’églises ou d’organisations missionnaires des réactions souvent inquiètes, voire hostiles, mais aussi des influences croisées et des espoirs plus ou moins réalistes. Petit tour d’horizon des relations compliquées entre touristes et églises dans les îles polynésiennes.
 

Du touriste au pèlerin ? Les églises entre hostilité et espoir

En 1969, le conseil œcuménique des églises organisait une conférence mondiale sur le tourisme, qui a constitué un premier repère, avant que ne se mette en place, en 1982, la coalition œcuménique sur le tourisme, l'ECOT ou ECTWT (Ecumenical Coalition on Third World Tourism). La Pacific Conference of Churches, qui rassemble les églises chrétiennes historiques du Pacifique (protestantes et catholique) en fait bien sûr partie et ses prises de position, comme celles des églises membres, suivent généralement les mêmes orientations que celles de l’ECOT. Celle-ci, à l’occasion de la journée mondiale du tourisme, le 27 septembre 2006, a une nouvelle fois affirmé un point de vue extrêmement critique sur l’industrie touristique : un « big business », une entreprise de domination et d’exploitation des communautés locales et de leur environnement. « Ce sont les pays riches qui dictent les paramètres du secteur », écrit-elle, « la libéralisation du secteur du tourisme est potentiellement désastreuse et n’est pas la bonne voie pour faire du tourisme une activité économique soutenable ». Pourtant, un autre tourisme est possible, « fondé sur ce qui bénéficie aux populations, qui protège leur intégrité ». Dans un texte de décembre 2004, le directeur exécutif de l’ECOT, Ranjan Solomon, rêvait d’un touriste qui se convertirait…en pèlerin :

« Quand des relations justes s’établissent dans le tourisme entre réalisation et responsabilité sociale, alors le tourisme agit comme un acte de pèlerinage au service de la population et de la nature. Car un pèlerin n’est pas un simple touriste. Trois points de distinction me paraissent pertinents :
- Le pèlerin s’avance avec sensibilité sur la Terre Sacrée et les espaces où il entre – le touriste a tendance à piétiner cet espace sacré.
- Le pèlerin respecte ses hôtes et acceptent leurs coutumes, essaie d’apprendre d’eux tout en offrant de partager ses propres coutumes. Le touriste voit souvent les coutumes de son hôte comme un bon produit qu’il vaut mieux réserver au spectacle du « evening show » !
- Le pèlerin est humble et a la patience d’attendre, pour faire les choses, que son hôte soit prêt également. Le touriste peut être pressé, hâtif et même arrogant. »
 
En Polynésie française, l'église protestante historique (église évangélique de Polynésie française, devenue en 2004 église protestante ma'ohi) s'est élevée à plusieurs reprises contre ce qu'elle considère comme les effets néfastes du tourisme : mauvaise influence sur les moeurs locales (alcoolisme, sexualité débridée et prostitution, jeux d'argent), vente des terres et dégradation de l'environnement. Pour autant, si les paroisses comme Tiroama à Papeete (mentionnée par tous les guides touristiques), apprécient modérément que des touristes en short s'installent le dimanche matin dans le temple, appareil photo en bandoulière, pour "visiter" les mamas en robe et chapeau et écouter les chants polynésiens traditionnels, dans d'autres paroisses, il n'est pas rare que le pasteur prévoit quelques mots de bienvenue, en français ou en anglais, pour des visiteurs qui sont aussi parfois des protestants (notamment américains).
 
Tourisme et théologie de la culture à Moorea
Gwendoline Malogne-Fer a consacré la dernière partie de sa thèse de doctorat aux évolutions théologiques récentes de l’église protestante polynésienne historique. Elle s’y intéresse notamment aux circonstances qui ont fait de l’île de Moorea, troisième destination touristique de Polynésie française après Tahiti et Bora Bora, un haut lieu d’une théologie culturelle axée sur la terre et la langue ma’ohi. Ainsi, c’est à Moorea que l’on a le plus de chance d’assister à une célébration de la cène recourant non au pain et au vin mais à la chair et à l’eau du coco ou au ‘uru (fruit de l’arbre à pain). La diffusion de cette « cène ma’ohi » dans la plupart des paroisses de cette île, note-t-elle, est en partie due à « la présence de touristes anglophones dans les paroisses de Moorea (et tout particulièrement dans le temple de Papetoai, souvent cité dans les guides touristiques) [qui] a incité l’église à envoyer sur l’île des pasteurs maîtrisant l’anglais, c’est-à-dire dans les faits, des pasteurs ayant poursuivi leurs études théologiques au Pacific Theological College à Fidji, où ils ont pu se familiariser avec les enseignements de la théologie du coco".
On peut aussi penser que la forte demande de mise en spectacle de la culture locale exprimée par l'industrie touristique a contribué à ce renouveau culturel, en suscitant par exemple la formation d'associations de danse et en valorisant - même sous une forme stéréotypée - l'identité culturelle polynésienne. Toutefois, on n'observe pas une dynamique comparable dans l'île de Bora Bora, où le tourisme domine beaucoup nettement l'économie et la vie de l'île (Moorea est aussi une île agricole, qui produit notamment des ananas et compte une usine de jus de fruits).
  
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Island Breeze, "rédemption des cultures" et lu'au à Hawaii
 
Les relations croisées entre tourisme et christianisme sont encore plus nettes dans le cas de Island Breeze, un ministère de l'organisation internationale Youth With a Mission (YWAM, d'orientation évangélique et charismatique) fondé en 1979 par le Samoan Sosene Le'au avec d'autres étudiants de l'université hawaiienne de YWAM (Kona, Big Island). Il s'agissait de revendiquer la "rédemption" d'expressions culturelles polynésiennes tenues, depuis l'époque missionnaire, à l'écart du temple par les églises protestantes historiques - la danse en particulier - pour en faire une forme légitime de louange chrétienne et un instrument d'évangélisation. A travers l'organisation de spectacles et de formations, Island Breeze a repris très largement les modes de mise en spectacle des cultures polynésiennes développées par l'industrie touristique, tout comme elle a fait sienne l'idée que le tourisme est un formidable vecteur de rencontres et d'échanges interculturels. Ses spectacles célèbrent la diversité des cultures polynésiennes en mettant en scène des danses et des chorégraphies facilement identifiables : hula hawaienne, danse du feu samoane, aka des Maori de Nouvelle-Zélande, tamure tahitien.
Island Breeze présente deux versants que l'on aurait pu penser inconciliables : d'un côté une contribution indéniable à des mobilisations culturelles en Polynésie et une revalorisation de la culture en milieu protestant évangélique ; de l'autre une entreprise hawaiienne d' "entertainement". Car si dans d'autres pays, comme en Nouvelle-Zélande, Island Breeze se concentre  sur la formation et l'évangélisation, chaque semaine à Kona les touristes se pressent au King Kamehameha’s Kona Beach Hotel pour assister à la lu'au de Island Breeze Productions, une soirée dîner-spectacle animée depuis plus de vingt ans par des danseurs qui sont aussi des missionnaires de YWAM.
 
 
medium_CICC_Matavera.2.JPGA Rarotonga (îles Cook) : le touriste, futur converti ?
 
La Cook Island Christian Church n'organise pas de dîner-spectacle pour les nombreux touristes qui visitent chaque année Rarotonga, l'île principale des îles Cook (petit État polynésien associé à la Nouvelle-Zélande), mais plusieurs de ses pasteurs nourrissent l'espoir que leur intérêt pour la culture locale conduise finalement quelques touristes à la conversion. A Rarotonga, assister au culte dominical de cette église protestante historique (et largement majoritaire) est une activité touristique à part entière et cette présence étrangère - parfois importante, notamment au temple d'Avarua, la capitale - ne rebute pas les pasteurs. Au contraire ! Ils n'oublient jamais de traduire une partie au moins de leur prédication en anglais, ce qui permet aux plus jeunes de suivre (la pratique de la langue polynésienne étant en fort recul) mais aussi de s'adresser à ces touristes occidentaux venus de pays où, vu de Polynésie, le christianisme n'est plus ce qu'il était à l'époque de la London Missionnary Society (la LMS qui contribua à la christianisation des îles polynésiennes au 19ème siècle). Convertir les touristes, c'est donc engager, comme le revendiquent aujourd'hui plusieurs organisations évangéliques en Océanie, un "reversing process" qui verra un jour les "extrémités de la terre" re-christianiser l'Occident, aux côtés des missions africaines et asiatiques déjà à l'oeuvre. C'est aussi perpétuer un esprit missionnaire qui du 19ème jusqu'aux années 1980 a poussé plusieurs Cook Islanders à partir évangéliser les îles mélanésiennes (Papouasie Nouvelle-Guinée et salomon en particulier).
 
A Rurutu (îles Australes), voyage organisé au pays de la tradition protestante
Dans un article publié par la revue Géographie et Cultures en 2004, G. Malogne-Fer et moi nous étions intéressés aux enjeux du développement touristique sur l'île de Rurutu, dans l'archipel des Australes (Polynésie française) et à cette «mise en fiction du monde» développée par l’industrie moderne du tourisme, qui voit « la conversion des uns en spectateurs et des autres en spectacle», selon les  termes de Marc Augé (L’impossible voyage, le tourisme et ses images, Rivages, Paris, 1997). Suscité par la présence régulière de baleines à bosses, ce développement touristique fondé essentiellement sur des pensions de famille, en dépit de ses proportions encore modestes, n'est pas sans effet sur la représentation de l'île et de sa culture que donnent à voir ses habitants, y compris dans le domaine religieux. Rurutu est en effet connue, comme les îles Australes dans leur ensemble, pour être une terre de tradition protestante, les voyagistes n'hésitant parfois pas à prétendre, comme le faisait il y a quelques années une campagne d'Airmedium_rurutu_landsby.2.jpg Tahiti, que le temps s'y est "arrêté", permettant ainsi aux touristes de visiter, sans avoir à inventer une machine à remonter le temps, "la Polynésie d'autrefois". Dans cette fiction polynésienne et touristique, le protestantisme occupe donc une place centrale et plusieurs événements religieux sont aussi présentés comme des attractions touristiques : le me, collecte annuelle de l'église et la visite des maisons, rituel instauré au 19ème siècle par les missionnaires pour s'assurer de la bonne marche de la "civilisation" (entretien de la maison, objets tressés et décoration, toilettes extérieures, etc.) qui attire aujourd'hui autant de paroissiens que de touristes, trop heureux de pouvoir à cette occasion pénétrer l'intimité de la culture rurutu - où plutôt celle des quelques maisons dont les propriétaires acceptent encore d'ouvrir les portes.
 
 
(Photos, de haut en bas : cathédrale de Papeete, www.ville-papeete.pf ; Island Breeze Productions ; G. Malogne-Fer ;  www.sydhav.no)

22 août 2006

Presentation

With this first text of presentation, I am beginning to build the English side of this blog. It may be not perfect, as you can guess English is not my mother tongue, but I hope it can be useful to those interested in these matters.


medium_CICC_Matavera.JPGThe islands of Polynesia are located in a triangle whose three corners are New Zealand (South), Rapa Nui also called Easter Island (East) and Hawaii (North). French Polynesia is roughly at the centre of this triangle and is made of five archipelagos: The Windward Islands (Tahiti and Moorea), the Leeward Islands (the most famous being Bora Bora), the Austral Islands, the Tuamotu-Gambier and the Marquesas.
Those who know contemporary Polynesia and more widely Oceania, know how essential is the place of Christianity in these societies. This is obviously not what the tourism industry chooses to sell destinations like Tahiti, even if one can see every Sunday morning some tourists – on the advice of their guides – attending the services of the Protestant Churches in French Polynesia, Cook Islands or elsewhere to hear the traditional hymns. Until recently, the Oceanists haven’t seen Christianity either as a valuable object of study, considering it as a fatal danger for local cultures or preferring to ignore it in order to focus on what seemed to have “resisted” or what was going to be shortly erased from memories.
The subject of this blog is Polynesia of today, that has been Christian for more than 100 years, and more specifically the last wave of Christianity in Polynesia: Evangelical and Pentecostal Protestants, who are experiencing since the 80’s a rapid growth, mainly at the expense of the Historical Protestant Churches.
Speaking about Polynesia of today means to take into account the 232000 Pacific people living in New Zealand, Samoans, Tongans, Cook Islanders (more numerous in New Zealand than in their country of origin), Tuvaluans, Niueans… Auckland is the Capital of this Polynesian Diaspora, concentrated in the South suburbs of Otara and Mangere. Polynesia is nowadays also urban: 53% of the inhabitants of French Polynesia are living in town, 48% in the American Samoa, 32% in Tonga.
The choice of Polynesia as a field of research is not a way to escape from the strong currents of the contemporary word to take refuge in the quiet lagoons of exotic paradises. It is a way to understand evolutions of Christianity whose scale and consequences are still largely unknown: the worldwide expansion of Evangelicals and Pentecostals, the rise of new missions from Africa, Asia and Oceania that aim to re-evangelize the Western countries… among other things.
 
(Photo : the Protestant Temple of Matavera, Cook Islands Christian Church, Rarotonga. Copyrights G. Malogne-Fer)

16 août 2006

Histoire et mésaventures des "frères larges" et "étroits" en terres polynésiennes

medium_darby-polynesie2.jpg Décrits par Stendhal comme des « Jansénistes du protestantisme », les darbystes sont apparus au milieu du 19ème siècle sous l’influence de John Nelson Darby, ancien prêtre anglican. « Ils considèrent », explique S. Fath dans Du Ghetto au Réseau, les protestants évangéliques en France, 1800-2005 (Labor et Fides, 2005), « que toutes les églises ont failli, et qu’il convient de supprimer toute forme de clergé et de liturgie, au profit d’une piété ascétique et collégiale ou chacun peut prêcher » (p. 112). En 1845, une scission au sein du mouvement des frères de Plymouth aboutit à la constitution d’un courant darbyste proprement dit, ou « frères étroits » (en anglais « Exclusive Brethren »), qui se distingue d’un courant moins rigoriste appelé « frères larges » (« Open Brethren »). On imagine aisément une communauté de « frères » dans une des petites vallées du Jura suisse, mais sait-on qu’ils sont aussi présents depuis 1852 en Océanie ?
C’est en effet en 1852 que les premiers « frères » (« larges ») arrivent en Nouvelle-Zélande, une histoire à laquelle l’historien Peter Lineham, spécialiste du christianisme néo-zélandais, s’est particulièrement intéressé. C’est donc vers lui que se sont tournés les médias néo-zélandais quand, au cours de la campagne pour les élections législatives de septembre 2005, il est apparu que des « frères étroits » avaient écrit et massivement distribué, en concertation avec le parti conservateur, des tracts anonymes violemment hostiles aux partis vert et travailliste ! Comment comprendre qu’un groupe se proclamant en retrait du « monde » et refusant de voter intervienne de cette manière dans le jeu politique ? L’affaire a donné lieu à plusieurs semaines d’interrogations, de rebondissements et de polémiques (que l’on peut retrouver sur le site internet du NZ Herald), jusqu’à ce que les sept « frères étroits » impliqués, hommes d’affaires du nord de la Nouvelle-Zélande, acceptent de donner une conférence de presse au cours de laquelle ils ont expliqué leur intervention par leurs convictions « fondamentalistes » (« We are Fundamentalists ») et leur volonté d’épargner au pays un déclin moral irréversible. Ces péripéties et le nombre des « frères » concernés ont bien sûr inspiré aux dessinateurs de presse des caricatures sur le thème de Blanche Neige (rôle tenu par Don Brash, le leader du National Party) et les sept nains. D’autres « frères étroits » ont depuis conduit une campagne similaire sur l’île australienne de Tasmanie.
Au recensement de 2001, la Nouvelle-Zélande (environ 4 millions d’habitants) comptait 1950 « frères étroits », 10149 « frères larges », à quoi s’ajoutent des « frères » recensés comme « frères de Plymouth » (435, peut-être les FP4 évoqués par S. Fath dans une note de mai dernier ?) ou simplement comme « Brethren » sans autre précision (7503). Les « frères larges » néo-zélandais ont mené des missions parmi les Maori et ont en outre contribué à la diffusion du mouvement dans les îles polynésiennes. Les études de cas publiées dans le livre récent Globalization and the Re-Shaping of Christianity in Oceania (voir note antérieure) permettent d’en retrouver la trace :
- à Samoa.
La Apia Christian Fellowship est née en 1954 de la rencontre entre un missionnaire précédemment implanté chez les Maori (alors en escale à Fidji entre les îles Cook et la Nouvelle-Zélande), un missionnaire samoan de la London Missionary Society’s Samoan Congregation à Fidji et un couple d’enseignants samoans méthodistes. Elle compte environ 500 membres, qui se réunissent au Gospel Hall de la capitale samoane.
- à Tuvalu.
Les frères y sont présents depuis 2001, à l’initiative de deux Tuvaluans convertis à Fidji, avec une communauté embryonnaire d’une quarantaine de personnes.
Ce qui suggère, même si le chapitre consacré à Fidji ne le dit pas, que des groupes de « frères larges » existent également à Fidji.
 
 
(illustration : John N. Darby en Polynésie, collage Y. Fer) 

23 mai 2006

Da Vinci Code interdit à Samoa

Les « droits fondamentaux de la personne humaine » face à l’autoritarisme des églises chrétiennes traditionnelles

Le comité de censure des Samoa occidentales, nous apprend Tahiti Presse, a décidé ce week-end d’interdire que le film « Da Vinci Code » soit projeté dans l’unique salle de cinéma de l’archipel (le Magik Cinema d’Apia, la capitale) et loué en DVD. Selon la dépêche, cette décision fait suite à l’avis rendu par le « Conseil des églises chrétiennes », sollicité par le comité de censure. À ma connaissance, il n’existe pas aux Samoa de conseil rassemblant toutes les églises chrétiennes et il s’agit très probablement du National Council of Churches, qui rassemble les trois églises « traditionnelles » :
- La Congregational Christian Church in Samoa (CCCS), appelée aussi lotu tahiti ("église Tahiti"), qui rassemble 35% de la population.
- L’église catholique, soit 20% de la population.
- L’église méthodiste (lotu tonga), soit 15% de la population.
Les églises évangéliques et pentecôtistes, qui connaissent depuis les années 1980 une progression continue et importante, ont quant à elles créé une seconde structure fédérative, l’Evangelical Fellowship of Churches.
Aux îles Samoa comme dans beaucoup d’îles polynésiennes aujourd’hui, les revendications de liberté individuelle s’opposent à des rappels à l’ordre communautaires (autorités villageoises) ou institutionnels (responsables d’église). Si en milieu urbain et a fortiori en situation de migration (plus de 100 000 Samoans vivent en Nouvelle-Zélande), il est plus facile d’affirmer la légitimité de choix personnels, dans les villages les changements d’affiliation religieuse en particulier suscitent encore de fortes résistances. En 2002, l’association Human Rights Without Frontiers évoquait notamment les tensions liées à la croissance des Assemblées de Dieu (7% de la population en 2001) et des cas d’expulsions de convertis.
Le fait que des églises aient ainsi décidé d’interdire le film Da Vinci Code s’inscrit dans cette confrontation entre d’un côté des droits de l’individu à vocation universelle, une société de plus en plus plurielle, et de l’autre des églises porte-parole de la tradition chrétienne samoane qui considèrent qu’à Samoa, l’individu n’existe pas en dehors de son appartenance obligée à sa communauté d’origine et d’une soumission à ceux qui y exercent l’autorité. Cette confrontation est aussi générationnelle, l’archevêque de Samoa a d’ailleurs justifié l’interdiction du film en évoquant les jeunes, dont la foi, « moins ancrée que celle des classes les plus âgées, pourrait s’en trouver affectée ».
Aux arguments des églises, le propriétaire du cinéma oppose le « droit fondamental de la personne humaine » de se faire une opinion, exprimant bien le fossé qui se creuse entre les jeunes générations et des églises dont le déclin relatif (au profit des Mormons – 13% de la population, des Adventistes – 4%, des évangéliques et des pentecôtistes) risque de s’accentuer dans les années à venir.

 

24 avril 2006

Présentations (2) : Polynésie, terres chrétiennes

Ce qu’on appelle la Polynésie comprend un ensemble d’îles de l’Océan Pacifique comprises dans un triangle dont les trois points sont, au Sud la Nouvelle-Zélande, à l’Est l’île de Pâques (Rapa Nui) et au Nord les îles Hawaii. La Polynésie française, située grosso modo au centre de ce triangle, est elle-même constituée de cinq archipels : les îles du Vent (Tahiti et Moorea), les îles Sous-le-Vent (dont la plus célèbre est Bora-Bora), les îles Australes, les Tuamotu-Gambier et les îles Marquises.
Ceux qui connaissent la Polynésie contemporaine, et plus largement l’Océanie, savent quelle place occupe le christianisme dans ces sociétés : une place incontournable. Bien sûr, ce n’est pas ce que retient l’industrie touristique lorsqu’elle vend des destinations comme Tahiti, même si tous les dimanches matins, des touristes – sur le conseil des guides touristiques - se rendent aux cultes des églises protestantes de Polynésie française, des îles Cook ou d’ailleurs pour écouter les chants traditionnels. Ce n’est pas non plus ce qui a attiré le regard des anthropologues qui pendant longtemps ont considéré la christianisation comme un danger mortel pour les cultures locales ou ont préféré l’ignorer pour étudier tout ce qui semblait avoir « survécu » ou risquait tout simplement de disparaître des mémoires.
Dans ce blog, il sera donc question de la Polynésie d’aujourd’hui, chrétienne depuis plus de cent ans, et surtout de la dernière vague du christianisme en Océanie, le protestantisme évangélique et pentecôtiste (le pentecôtisme étant l’une des tendances du protestantisme évangélique), qui connaît depuis les années 1980 une progression rapide, aux dépens notamment des églises protestantes historiques.
La Polynésie d’aujourd’hui, ce sont les 232000 Pacific Islanders qui vivent en Nouvelle-Zélande, Samoans, Tongiens et Cook Islanders (plus nombreux en Nouvelle-Zélande que dans leur pays d’origine), Tuvaluans, Niueans, … Auckland est la capitale de cette diaspora polynésienne, qui se concentre dans les quartiers sud d’Otara et Mangere. Car la Polynésie ce sont aussi des populations urbaines : 53% des habitants de Polynésie française vivent en ville, 48% aux Samoa américaines, 32% à Tonga.
Étudier la Polynésie, ce n’est pas choisir une destination exotique à l'écart des courants qui animent le monde contemporain. C’est une manière d’aborder des phénomènes dont on mesure encore mal l’ampleur et les conséquences sur la physionomie du christianisme : migrations, "globalisation", expansion du protestantisme évangélique et pentecôtiste, montée de mouvements missionnaires africains, asiatiques ou océaniens qui ambitionnent de re-christianiser l’Occident… entre autres.