11 octobre 2009
Tour de l'île de Rarotonga : 31 km, 31 églises (nouvel album)
A l'ouest de la Polynésie française, les îles Cook sont un petit État polynésien associé à la Nouvelle-Zélande, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici à propos des nuku, les spectacles commémorant chaque année l'arrivée du christianisme dans ces îles. Lors du dernier recensement, en 2006, les îles Cook comptaient officiellement 19569 habitants, soit trois fois moins que la communauté Cook Islanders en Nouvelle-Zélande (58011). Cette migration massive, qui a débuté dans les années 1950 pour répondre aux
besoins de main d'œuvre de l'industrie néo-zélandaise, se conjugue avec un second mouvement migratoire, tout aussi important, des îles éloignées vers la capitale des îles Cook, Rarotonga: 72,3% de la population des îles Cook vit désormais à Rarotonga, tandis que plusieurs îles se dépeuplent : au sud, l'île de Mangaia a perdu 12,1% de ses habitants entre 2001 et 2006, la population de l'archipel du nord (Northern Group) a diminué d'un quart durant la même période.
Gwendoline Malogne-Fer et moi étions à Rarotonga le mois dernier et nous en avons profité pour réaliser un tour de l'île en images - nouvel album «Rarotonga (îles Cook)» -, un panorama de la diversité religieuse, selon le même principe que celui de Moorea en 2007 .
Ici aussi, l'église protestante historique (la Cook Islands Christian Church) domine le paysage religieux. Les chiffres du recensement de 2006 ne sont pas encore connus, mais en 2001 elle représentait 54% de la population de Rarotonga et l'architecture de ses temples, pour la plupart
construits au début du 19ème siècle, rappelle qu'elle est bien la première église, à la fois en nombre et en ancienneté. A Arorangi, sur la côte ouest, on peut d'ailleurs encore voir, devant le temple protestant, la tombe de Papehia, un Polynésien originaire de Bora Bora qui fut l'un des tout premiers missionnaires de la London Missionary Society arrivés en 1821 et épousa la fille du ariki (chef) de ce district.
Mais la Cook Islands Christian Church est loin d'être la seule église de l'île, qui compte 31 lieux de culte et 15 dénominations ou organisations religieuses différentes ! A l'exception des Baha'i, installés sur la côte est de Muri, toutes sont chrétiennes et plus de la moitié (8 sur 15) sont de tendance pentecôtiste. La plupart de ces églises pentecôtistes sont concentrées sur la côte est, entre Ngatangiia et Avarua.
Les assemblées de Dieu (AoG) sont la plus ancienne, implantée à la fin des années 1970 et organisée depuis les années 1990 en quatre lieux de culte dans les principaux villages tout autour de l'île: la capitale Avarua, Ngatangiia, Titikaveka et Arorangi. Elles rassemblaient officiellement 266 membres en 2001, soit 2,8% de la population de Rarotonga - sans doute un peu plus aujourd'hui. L'église apostolique, fondée en 1988 par le pasteur Tere, dissident de la CICC, est la seconde dénomination pentecôtiste avec 173 membres en 2001 (entre 300 et 400 aujourd'hui).
Elle a choisi de n'avoir qu'un lieu de culte, à l'ouest d'Avarua : après tout, il faut moins d'une heure pour faire le tour de l'île par la route côtière, longue de 31 kilomètres. Un autre pasteur protestant dissident a ouvert au début des années 1990 une église pentecôtiste/charismatique à Matavera : la Holy Spirit Revival Church, qui n'apparaît pas dans le recensement de 2001 et compte une quarantaine de membres. C'est une des caractéristiques du pentecôtisme de Rarotonga : beaucou
p d'églises, mais finalement moins de fidèles que l'on pourrait le croire au premier abord - sans doute autour de 7% de la population. La plupart des églises apparues ces dernières années, signalées par des pancartes flambant neuf en bord de route, rassemblent entre 30 et 60 personnes. New Life à Arorangi, New Hope à Avarua, Community Church à Matavera et la dernière arrivée, Celebration on the Rock: une branche de la megachurch Celebration Centre de Christchurch (Nouvelle-Zélande)
installée depuis seulement deux ans en face de l'aéroport. «Two many churches for a small island», disent les responsables de la CICC et des AoG. Mais la dynamique de dispersion paraît irréversible, alimentée à la fois par des scissions (au sein des AoG et de la Holy Spirit Revival Church) et l'influence des réseaux charismatiques transnationaux.
Comme à Moorea, les bâtiments de l'église mormone (Jésus-Christ des saints des derniers jours, LDS en abréviation anglaise) ne passent pas inaperçus mais leur poids est ici moins important : 4,3% en 2001. L'église catholique, implantée dans les quatre principaux villages de l'île, est en fait la seconde église de Rarotonga (16,8%), suivie par les Adventistes (6,6%). Ces derniers ont établi leur quartier général au sud de l'île, à Titikaveka, où plusieurs familles vivent sur un «compound»: des terres adventistes qui accueillent également une école, la Papaaroa Adventist School. A quelques kilomètres de là, du côté d'Arorangi, les témoins de Jéhovah (2,2%) ont construit une imposante salle du royaume, séparée de la route côtière par un grand parking.
Illustrations: Une plage d'Aitutaki, principale destination touristique des îles Cook avec Rarotonga ; portrait de Papehia ; temple de la CICC à Avarua, signalisation pentecôtiste et église catholique St Paul à Titikaveka (photos de G. Malogne-Fer)
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31 janvier 2009
Nuku: Les Cook Islanders rejouent l'histoire
Dans la plupart des îles polynésiennes, l'arrivée des premiers missionnaires (généralement protestants) est commémorée chaque année par des rassemblements où l'on chante, danse et rejoue la scène inaugurale, celle de la rencontre entre d'un côté les missionnaires européens ou les "teachers" - notamment ceux des îles de la Société ,qui les ont secondés dès le début du 19ème siècle - et de l'autre, les populations locales. Ainsi, en Polynésie française, le 5 mars - férié - est officiellement jour de "l'arrivée de l'Évangile", en souvenir de l'arrivée à Tahiti en 1797 du voilier le Duff afrêté par la London Missionary Society. À cette date tahitienne, plusieurs îles ont ajouté des cérémonies rappelant le jour où le christianisme est parvenu jusqu'à elles. La mise en scène de cet événement historique emprunte souvent au registre comique, lorsque les acteurs s'habillent de costumes occidentaux d'époque et se coiffent d'un haut-de-forme pour imiter des missionnaires britanniques un peu égarés face à des populations dont ils ne maîtrisaient pas encore la langue et les usages.
Mais c'est sans doute aux îles Cook, un micro-État polynésien (en libre association avec la Nouvelle-Zélande) situé à l'ouest de la Polynésie française, que le spectacle est le plus haut en couleurs. Ici aussi, chaque île a longtemps célébré son propre jour anniversaire, par exemple le 25 juillet sur l'île principale, Rarotonga. Mais sur cette île, la plus grande célébration a désormais lieu le 26 octobre, en souvenir de l'arrivée des missionnaires menés par le Rev. John Williams
sur l'île d'Aitutaki, le 26 octobre 1821. C'est un jour de fête nationale: le "National Gospel Day". C'est l'occasion pour les six paroisses de la Cook Islands Christian Church (l'église protestante issue de cette histoire missionnaire) de Rarotonga de préparer des représentations - nuku en langue locale - qui non seulement reconstituent la scène du 26 octobre 1821 mais mettent aussi en scène des événements marquants de l'histoire récente: en 2007, les spectateurs ont par exemple pu voir une reconstitution du détournement d'avion sur le World Trade Center ! Jusque dans les années 1990, il s'agissait d'un concours. Aujourd'hui, même si cette logique de compétition a été abandonné, ces nuku donnent encore lieu à un véritable concours d'imagination. Le site Rarolens,
qui met régulièrement en ligne des chroniques vidéo de la vie à Rarotonga, a eu la bonne idée de publier des extraits vidéo des commémorations 2007 et 2008. Voici donc, ci-dessous, le cru 2007, avec en prime un bref rappel historique. Pour regarder la version 2008, cliquez ici.
* Note révisée et complétée le 15 février 2009 grâce aux précisions transmises par Wendy Evans.
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14 janvier 2009
Petite histoire d'une brève rencontre entre nationalisme polynésien et protestantisme évangélique (1963)

Du 5 au 9 juin 1955, 8000 personnes en moyenne ont assisté chaque soir aux prédications du baptiste américain Billy Graham au "Vel’ d’Hiv" à Paris. On sait que Roland Barthes y était: dans un des articles de Mythologies, il interprète le succès de B. Graham comme un signe de la "fragilité mentale de la petite-bourgeoisie, classe où s’est surtout recruté, semble-t-il, le public de ces séances". Surtout, il y accuse l’évangéliste d’être avant tout au service de la croisade américaine contre le communisme, qui culmine entre 1950 et 1956 avec le maccarthysme et la "chasse aux sorcières" menée aux Etats-Unis: "l’athéisme de la France n’intéresse l’Amérique que parce qu’il est pour elle le visage préalable du communisme. 'Réveiller' la France, c’est la réveiller de la fascination communiste. La campagne de Billy Graham n’a été qu’un épisode maccarthyste."
En mai 1963, lorsque B. Graham revient à Paris, une autre personnalité intéressante est dans l'assistance, un homme qui n’était ni petit-bourgeois français ni sympathisant du maccarthysme et que l’on a même accusé – à tort – de communisme: Pouvanaa a Oopa, le "Metua", grande figure de la vie politique polynésienne de l’après-guerre et père spirituel du nationalisme polynésien. L’information figure dans le bulletin d’information de la fédération des églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) de décembre 2008. Elle rappelle à la fois un épisode peu glorieux de l’histoire coloniale française et l’influence du christianisme dans l’élaboration d’un discours nationaliste polynésien après la seconde guerre mondiale.
Pouvanaa, député polynésien
Pouvanaa est né à Huahine (îles Sous-le-Vent) en 1895. Il a appris le métier de menuisier et combattu en France de 1917 à 1918, participant notamment à la bataille de la Marne. Dès 1941, il s’oppose à l’administration coloniale française, en réclamant une meilleure gestion du territoire, la radiation des fonctionnaires pro-Vichy et la reconnaissance de "l’Océanie française libre (...) comme réelle patrie en guerre aux côtés de l’Angleterre, l’Amérique, la Russie et la Chine et de toutes les nations combattant pour la liberté du monde" (Regnault, 1996: p. 32). Son combat lui vaut d’être emprisonné à plusieurs reprises. Après la guerre, les établissements français d'Océanie (on ne parle pas encore de Polynésie française) sont dotés d'une assemblée représentative et d’un représentant à l’assemblée nationale. En novembre 1946. Déclaré inéligible, Pouvanaa est remplacé par son épouse Louise Tumahai, qui obtient un score important: 37% des voix. En 1949, le décès du député Georges Ahne donne lieu à une élection législative partielle: Pouvanaa est facilement élu (62%) et fonde alors son parti, le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT). Son programme: "Tahiti pour les Tahitiens", avec davantage de pouvoir pour l’assemblée représentative, une justice indépendante, un soutien financier aux écoles religieuses et la reconnaissance du tahitien comme langue officielle. Il conclut sa lettre aux électeurs par ces mots: "Votez pour celui qui n’adore pas le Veau d’or. Votez pour celui qui a toujours confiance en Dieu". Plaidant pour un meilleur partage des richesses (il veut "prendre l’argent là où il est"), il est accusé par ses adversaires de communisme. "Je jure devant Dieu », réplique-t-il dans une mise au point publiée par les journaux locaux, "de ne jamais adhérer, de ne jamais professer, de ne jamais soutenir, la doctrine communiste".
Les communistes sont pourtant à cette époque l’un des meilleurs soutiens des mouvements anti-coloniaux, mais Pouvanaa se veut avant tout un chrétien. Son histoire familiale, dont G. Malogne-Fer et moi avions eu l’occasion de discuter en 2000 avec une de ses petites-filles, l’incitait à dépasser les frontières confessionnelles pour faire du christianisme une sorte de socle commun de l’identité polynésienne: né de parents protestants, il a été baptisé catholique et a été plus tard enfant de chœur au nom de l’amitié qui unissait son père à un père catholique. Sa plus jeune sœur est baptisée adventiste, pour des raisons similaires. Marié à une protestante et lui-même protestant, il rend donc régulièrement visite aux différentes églises locales et défend avant tout une stricte morale chrétienne. En 1942, il avait déjà demandé la fermeture des
débits de boisson. En 1950, il critique cette fois les fêtes de juillet, qui sont l’occasion de concours de danses traditionnelles: il leur reproche de durer trop longtemps et d’entraîner les habitants dans des "exhibitions sauvages": ces danses sont à ses yeux un mauvais folklore, où les Tahitiens paraissent déguisés en sauvages – un point de vue pas très populaire parmi la population locale.
Pouvanaa exilé: le nationalisme polynésien victime de la raison d'État
En 1957, les EFO deviennent la Polynésie française et Pouvanaa est élu vice-président du nouveau Conseil de gouvernement local. Mais l'année
suivante, il échoue à convaincre les électeurs polynésiens de voter non au référendum sur la Constitution. Etroitement surveillé par les services de renseignement français, il est plus que jamais considéré comme une menace par un gouvernement français qui réfléchit déjà à une possible implantation d'un centre d'expérimentation nucléaire en Polynésie française, comme l'a montré J.-M. Regnault dans un livre publié en 2003, intitulé "Pouvanaa a Oopa, victime de la raison d'État. Les documents parlent". En octobre de cette même année, Pouvanaa est en effet accusé d'avoir donner l'ordre à ses partisans d'incendier la ville de Papeete. Arrêté, Pouvanaa est condamné en 1959 par une justice à l'évidence partiale, dont le but est avant tout de faire disparaître le leader nationaliste de la scène politique tahitienne: il est emmené en France, incarcéré environ 15 mois à la prison des Baumettes à Marseille et à Fresnes, puis assigné à résidence à partir de juillet 1962. En 1966, un décret lui octroiera une remise de peine et en 1969 il bénéficiera d'une amnistie, ce qui lui permettra d'être élu sénateur en septembre 1971.
Une histoire baptiste
C'est au cours des années d'assignation à résidence, entre 1962 et 1966, que l'histoire de Pouvanaa croise celle du baptisme français. Il séjourne en effet dans des maisons de retraite protestantes, en particulier la Roseraie, une maison dirigée par un pasteur baptiste à Pierrefonds, en Picardie.
C'est là que le sénateur Richard Tuheiava est allé rendre hommage à son prédécesseur après son élection en septembre 2008 (photo: La dépêche de Tahiti). Et c'est sans doute cette visite qui a réveillé les souvenirs des baptistes locaux, les incitant à les publier en décembre 2008 dans la lettre d'information de leur fédération nationale. Il reste à Pierrefonds des meubles, des portes et des boiseries que Pouvanaa a contribué à monter. Il reste aussi cette anecdote, livrée par l'épouse du pasteur qui hébergeait le leader tahitien, Mme Bonnaud: "elle avait obtenu des 'Autorités' un accord pour que le résident surveillé puisse se rendre avec le car de l'Eglise baptiste de St Sauveur à Paris, pour écouter l'évangéliste Billy Graham". On ne sait pas ce qu'il en pensa, mais cette brève rencontre entre le nationalisme polynésien et le baptisme est en tout cas une bonne occasion de revenir sur l'itinéraire aussi exceptionnel que dramatique du premier grand homme politique polynésien de l'histoire contemporaine.
Sources bibliographiques:
Alex du Prel, "Innocence de Pouvanaa a Oopa, les documents parlent" (compilations de textes de J.-M. Regnault), Tahiti Pacifique, juin 2003.
Jean-Marc Regnault, L'échec d'un nationalisme tahitien, Te Metua (1940-1964), Papeete, éd. Polymages, 1996.
Jean-Marc Regnault, "Pouvanaa, l'alcool et les fêtes de juillet", Tahiti Pacifique, juillet 1994.
Bruno Saura, Politique et religion à Tahiti, Papeete, éd. Polymages-Scoop, 1993 (chap. 3, "Pouvanaa a Oopa. Histoire d'un messianisme").
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12 janvier 2009
Pentecôtisme en Polynésie française sur Google Books
Des extraits du livre que j'ai publié en 2005 sur le pentecôtisme en Polynésie française sont désormais disponibles sur Google Books. Un bon nombre de pages passent ainsi en libre accès, pour tous ceux qui souhaitent y jeter un oeil, y faire des recherches par mots-clés ou avoir un aperçu assez complet du livre avant de le commander. Il suffit de cliquer ici. Bonne lecture !
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26 octobre 2008
Bloggeurs et témoins de Jéhovah aux îles Australes
Pour rester en contact avec leur famille, envoyer des nouvelles à leur église d’origine ou aux donateurs qui les soutiennent financièrement ou simplement tenir un journal de leurs activités, les missionnaires se mettent eux aussi au blogging. Sur son site Internet, le réseau missionnaire (évangélique charismatique) Youth With a Mission, présent dans plus de 170 pays, a même mis en place une plateforme de blogs, baptisée YWAM Connect, qui permet d’accéder aux pages personnelles de ses "équipiers". Généralement destinés à un cercle relativement restreint, ces blogs n’en sont pas moins accessibles à tous les internautes et naviguent du même coup à la frontière incertaine entre vie privée et information publique. Ce qui en fait une source d’informations particulièrement intéressante pour les chercheurs, en leur donnant parfois accès à ce que les anthropologues appellent "les secrets de la tribu".
Un exemple : en 2006 et 2007, plusieurs notes publiées sur le blog d’un couple missionnaire des assemblées de Dieu américaines en poste à Tahiti exposaient les vives dissensions qui agitaient alors les dirigeants des assemblées de Dieu polynésiennes, divisés notamment sur le rôle respectif des missionnaires étrangers et des pasteurs locaux. Des enjeux d’autorité et de légitimité, pour reprendre les termes du sociologue Max Weber, qui restent souvent confinés aux réunions internes. En août 2007, le couple a quitté Tahiti pour le Vanuatu, en ayant pris soin auparavant d’effacer les notes en question...
Toujours en Polynésie, d’autres blogs permettent de suivre depuis quelques mois les tentatives missionnaires des témoins de Jéhovah dans l’archipel des Australes, au Sud de Tahiti. Les premiers témoins de Jéhovah, deux couples américains venus de Los Angeles, sont arrivés à Tahiti en 1958 et une congrégation s’est constituée en 1959 à Papeete. Le renfort de "pionniers spéciaux" venus de France a contribué à partir des années 1960 à l’expansion progressive de ce mouvement : au recensement de 1962, 132 personnes se déclaraient témoins de Jéhovah à Tahiti, 20 personnes à Raiatea (îles Sous-le-Vent). Ils étaient 464 en 1971. Au cours des années 1980, l’église a connu une progression rapide et spectaculaire. Elle représente aujourd’hui autour de 2% de la population polynésienne, soit environ 5200 membres. On la trouve surtout à Tahiti, dans plusieurs îles de la Société ainsi qu’aux îles Australes, en particulier à Rurutu, dans le village d’Avera.
C’est dans cette île de 2300 habitants que vivent les bloggeurs : une famille alsacienne arrivée en décembre 2007 pour prêter main forte à l’église locale et une femme polynésienne, Mauivaitu. Pourquoi ont-ils créé des blogs? Pour les missionnaires alsaciens, il s’agit essentiellement d’envoyer photos, vidéos et nouvelles à leur église. Dans sa note de lancement, Mauivaitu explique quant à elle que son but est de "pouvoir communiquer d'avantage avec [sa] petite soeur qui vit maintenant à 18000 km et qui [lui] manque terriblement. Et, dans un deuxième temps, avoir des contacts avec [ses] frères et soeurs spirituels du monde entier".
Entre des photos des enfants et des vidéos de balade autour de l’île, on visite la nouvelle "salle du royaume" construite sur les hauteurs du village, qui comprend aussi un studio abritant la famille alsacienne. Le voisin, qui prête sa machine à laver, est un témoin de Jéhovah, ce qui laisse supposer qu’il est celui qui a fait don du terrain. Les membres de l’église se réunissaient jusque-là dans une petite maison, dans une des rues du village. On peut également se faire une idée de leur nombre. Faute de statistiques officielles, il est souvent difficile d’évaluer précisément le nombre de membres réguliers de ces églises minoritaires. Une photo, prise en septembre 2008, montre environ 60 adultes, majoritairement des femmes, soit 2,6% de la population totale de l’île, un peu plus – entre 4 et 5% - si on y ajoute les enfants. Rurutu est un des bastions du protestantisme historique (l’église protestante ma’ohi), très nettement majoritaire, mais compte aussi de petites communautés adventiste, catholique et mormone.
Mais le document le plus intéressant est incontestablement une note très détaillée publiée en janvier 2008 par Mauivaitu et intitulée "Prédication à Rimatara".
Rimatara est une petite île (8,6 km2) du même archipel, où vivent un millier de personnes. Là aussi, c’est le protestantisme qui domine, mais le compte rendu que fait Mauivaitu de ses cinq jours de campagne missionnaire sur l’île, du 31 décembre au 4 janvier, mentionne aussi plusieurs Adventistes. Accessible uniquement par bateau jusqu’en 2007, l’île est désormais reliée à Rurutu et Tahiti par les avions d’Air Tahiti, grâce à l’ouverture récente d’un aéroport. Des élèves de Rimatara sont en outre internes au collège de Rurutu. Les témoins de Jéhovah en croisent donc quelques-uns qu’ils ont déjà eu l’occasion d’approcher à Rurutu, de retour sur leur île pour les vacances de fin d’année. Leur méthode consiste essentiellement à faire du porte-à-porte en distribuant des brochures. Mais d’autres éléments d’information permettent de compléter cet aspect le plus connu de leurs activités missionnaires et de mieux cerner l’étape préalable à une implantation officielle celle où l’église progresse à bas bruit, de maison en maison, d’une famille à l’autre. De cette note, on peut ainsi retenir quatre principaux enseignements:
- Une organisation hiérarchisée. Les témoins de Jéhovah de Rurutu sont rejoints dans l’avion par le "surveillant de circonscription", venu de Tahiti.
- Le jeu des relations personnelles. Les témoins de Jéhovah ne plantent pas un chapiteau sur la place du village mais empruntent plutôt, de façon plus discrète, des réseaux de relations, en retrouvant des personnes avec lesquelles elles ont établi un contact et en élargissant leur cercle d’influence à la famille et aux amis. Les migrations inter-îles jouent ici un rôle essentiel, en particulier ceux qui se sont convertis lors d’un séjour hors de l’île et y introduisent ensuite leurs nouvelles croyances.
- Des "visites téléphoniques". Un week-end passé sur l’île en septembre et des contacts pris à Rurutu ont abouti à la mise en place de "visites téléphoniques", des conversations et des séances d’étude par téléphone. C’est ainsi que Mauivaitu rencontre à plusieurs reprises des personnes qu’elles n’a encore jamais vues, mais avec qui elle s’entretient régulièrement par téléphone, comme cette commerçante: "Nous passons dans la boutique pour faire des achats et je réalise que la mamie qui la tient est aussi une de mes visites téléphoniques".
- "Etudier la Bible". Classés parmi les mouvements sectaires par un rapport parlementaire français de 1996, les témoins de Jéhovah
sont plutôt considérés en Polynésie française comme une des expressions du christianisme. Si beaucoup de Polynésiens dénoncent leur prosélytisme intensif et le dogmatisme dont ils font preuve lors des discussions de porte-à-porte, ils sont aussi nombreux, tout en appartenant à d’autres églises, à accepter d’"étudier la Bible" dans le cadre des leçons à domicile proposées par les témoins de Jéhovah. L’envie d’en savoir plus, d’approfondir ses connaissances sur la Bible leur ouvre ainsi la porte des maisons polynésiennes, même si ces leçons particulières débouchent assez rarement sur des conversions.
Le lundi, l’équipe de Rurutu rencontre par exemple une femme adventiste mariée à un protestant. La forte progression des couples mixtes (du point de vue religieux) en Polynésie française produit de plus en plus souvent des interrogations sur la "vraie religion". Ça tombe bien, les témoins de Jéhovah ont apporté dans leur cartable la leçon 13, "Comment reconnaître la vraie religion" et prennent rendez-vous le jeudi suivant pour une séance d’étude ! Des séances apparemment intensives, qui peuvent durer jusqu’à deux heures, si l’on en croit le compte rendu. La mise en place de ces rendez-vous est d’ailleurs le principal objectif des tournées de porte-à-porte.
Voilà, il ne reste plus qu’à éplucher les milliers d’autres blogs du même style qui, partout dans le monde, remplacent progressivement les lettres missionnaires. Que les historiens se méfient: les informations publiées sur ces blogs sont bien plus volatiles que les recueils de lettres sur lesquels ils ont l’habitude de s’appuyer et peuvent à tout moment disparaître sans laisser de traces.
Photos : salle du royaume à Moorea (Malogne-Fer) et vue aérienne de Rimatara (Tahiti Pacifique).
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07 septembre 2007
Le pentecôtisme en Polynésie française: quels enjeux pour l'église protestante ma'ohi ? (entretien)
Yannick Fer. Le pentecôtisme, ou «mouvement de Pentecôte», est apparu au tout début du XXe siècle dans les États du Sud des
Etats-Unis et la première grande église a ouvert en 1906 rue Azusa à Los Angeles, sous l’impulsion du pasteur noir William J. Seymour. Son histoire est liée à celle du méthodisme, un Réveil protestant qui a eu lieu en Angleterre au cours des années 1730 et a nourri une grande partie de l’enthousiasme missionnaire du XVIIIe siècle – notamment dans le Pacifique : l’église wesleyenne de Tonga, par exemple, porte le nom du fondateur du méthodisme, John Wesley.Après la guerre de Sécession qui a déchiré les Etats-Unis de 1861 à 1865, de nombreux méthodistes et quelques baptistes cherchaient une force spirituelle nouvelle et pensaient qu’un retour aux sources du protestantisme leur donnerait les moyens de surmonter les
bouleversements de l’époque. Certains d’entre eux ont alors fait une expérience qu’ils ont interprétée comme une Pentecôte moderne : au cours de jeûnes et prières intenses, ils se sont mis à «parler en langues», dans un langage incompréhensible. C’est ce que les pentecôtistes appellent le «baptême du Saint-Esprit», parce qu’ils considèrent que c’est le Saint-Esprit qui, en descendant sur le croyant, lui inspire ces paroles et lui accorde un «revêtement de puissance», qui lui permettra de renouveler sa vie personnelle et de participer à la «grande mission» d’évangélisation.Le pentecôtisme est donc, historiquement, un mouvement de Réveil protestant, qui se distingue par l’accent qu’il met sur l’action du Saint-Esprit ici et maintenant (parlers en langues, mais aussi guérisons, prophéties). C’est un mouvement protestant évangélique, dans le sens où on utilise aujourd’hui le terme «évangélique» pour parler des protestants qui insistent particulièrement sur la nécessité d’une conversion personnelle (la «nouvelle naissance»), une interprétation étroite de la Bible, le devoir d’évangélisation (y compris vis-à-vis des protestants qui ne sont pas «nés de nouveau») et le salut offert par Jésus-Christ à la croix.
Depuis maintenant un siècle, le pentecôtisme s’est beaucoup diversifié en même temps qu’il se développait sur tous les continents. Il y a aujourd’hui des centaines de dénominations pentecôtistes différentes, la plus importante étant les Assemblées de Dieu, qui comptent un peu plus de 32 millions de membres dans le monde (environ 200000 en Océanie).
DM. Comment s’est implanté le pentecôtisme en Polynésie, quelles sont les principales étapes de cette implantation?
Yannick Fer. En Polynésie française, le pentecôtisme a d’abord été chinois, ou plus précisément hakka. C’est un missionnaire chinois-américain, le pasteur Hong Sit, qui a organisé à Tahiti en juillet 1962 les premières réunions d’évangélisation d’inspiration pentecôtiste, fréquentées par la petite communauté hakka de Béthel (essentiellement des élèves de l’école Viénot et leurs familles), puis par de nombreux Hakkas restés jusque-là à l’écart du christianisme, souvent attirés par l’espoir d’une guérison miraculeuse. Dès la première semaine, 72 personnes se sont fait baptiser par Hong Sit dans une rivière de
Papara, 288 entre juillet 1962 et décembre 1963. Ce groupe est à l’origine de la paroisse de Jourdain (dont le nom a été choisi en référence aux baptêmes par immersion de 1962 et 1963), puis de l’église Alléluia, première église pentecôtiste polynésienne, née en 1967 d’une scission avec l’EEPF.La seconde période débute en 1975 avec le recrutement par les dirigeants d’Alléluia d’un pasteur des assemblées de Dieu françaises, Roger Albert, secondé à partir de 1979 par un pasteur de Nouvelle-Calédonie d’origine vietnamienne, Louis Levant. En organisant des réunions d’évangélisation à Papeete et à Taravao, ils ont amené à l’église Alléluia des Polynésiens de toutes origines, jusqu’à provoquer en 1982 une rupture avec les dirigeants de l’église, qui n’étaient pas prêts à renoncer à l’identité hakka d’Alléluia. Les assemblées de Dieu, église pentecôtiste pluriculturelle, sont issues de cette scission. Elles se sont rapidement développées au cours des années 1980, ont ouvert des églises dans les îles Sous-le-Vent, formé des pasteurs locaux et créé en 1997 radio te vevo o te tiaturira’a (RTV), première radio chrétienne de Polynésie française, dont l’audience dépasse largement le seul cercle des membres des assemblées. Les assemblées de Dieu américaines ont elles aussi ouvert une église à Faa’a, le centre chrétien de la Bonne Nouvelle inauguré en 1984. Elle a finalement été intégrée aux assemblées de Dieu de Polynésie française en 2000.
Enfin, au cours de la troisième période, depuis 2000, on observe l’arrivée (ou le passage) de nombreux missionnaires venus du Pacifique ou des Etats-Unis et l’éclosion de nouvelles églises pentecôtistes : église du Plein Évangile, liée à la First Assembly of God de Maui (Hawaii) ou Calvary Chapel. Les îles françaises du Pacifique sont restées longtemps hors d’atteinte des nombreuses églises pentecôtistes nord-américaines présentes dans les îles anglophones, mais il y aura sans doute à l’avenir, en Polynésie française comme ailleurs, plusieurs pentecôtismes.
DM. La présence et le développement du pentecôtisme en Polynésie interpellent-ils l’Eglise protestante maohi?
YF. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’église protestante maohi peut légitimement se sentir interpellée par le développement du pentecôtisme. La plus évidente, c’est que la grande majorité des convertis au pentecôtisme viennent de ses rangs : depuis maintenant 25 ans, plusieurs centaines de familles pour qui, jusque-là, l’appartenance à l’EEPF ou l’EPM allait de soi l’ont quittée pour rejoindre les assemblées de Dieu. Un choix qui implique des conflits familiaux, des ruptures douloureuses, surtout dans les petites îles où une bonne part de la vie sociale tourne encore autour des paroisses protestantes, un choix qu’on ne peut pas expliquer seulement par des circonstances particulières, comme la maladie, la dépression, des désaccords ponctuels entre paroissiens et diacres, etc... Ces départs témoignent aussi des évolutions durables de la société polynésienne, de ce que chacun attend aujourd’hui d’une église et de convictions théologiques divergentes.
La question de l’efficacité, en particulier, a tendance à devenir essentielle et elle se mesure de plus en plus au niveau individuel : que fait l’église pour moi, en quoi peut-elle m’aider à m’en sortir dans cette société du chacun pour soi ? De nombreux domaines qui sont considérés par beaucoup de pasteurs de l’EPM comme «intimes» ou «psychologiques» – donc hors de leur champ de compétences –, comme les problèmes de couple, les relations avec les enfants, la dépression et le mal-être, la timidité, les difficultés professionnelles, etc. sont au contraire revendiquées par les églises pentecôtistes comme des problèmes pour lesquels Dieu, la Bible sont la solution: pas seulement des conseils d’ordre général, mais une réponse personnalisée, un «message de la part de Dieu pour toi, ici et maintenant». Beaucoup de convertis au pentecôtisme ont ainsi l’impression que l’EPM parle beaucoup de la société polynésienne en général, mais n’agit pas assez, concrètement, pour améliorer la situation de chacun.
Ensuite, quelle vie communautaire offre l’église: un lieu au cœur de la société (au risque d’y retrouver toutes les tensions liées aux relations sociales ordinaires) ou une contre-société (qui en déliant l’individu de ses obligations envers la famille, les ancêtres, le village, remet en cause des solidarités anciennes) ? Il y a, chez les convertis au pentecôtisme, mais aussi de plus en plus chez les croyants de toutes églises, la recherche d’une église dans laquelle on puisse se sentir «libre», afin d’accéder à une expérience qui soit moins «religieuse» et plus «spirituelle». Que ce soit lié à la progression pentecôtiste ou non, l’EPM pourra difficilement faire l’économie d’une réflexion sur les formes d’autorité qui sont aujourd’hui acceptables, car comme l’a souligné le sociologue Max Weber, il n’y a pas d’autorité durable si elle n’est pas, d’une façon ou d’une autre, acceptée par ceux qui la subissent. Or, ce que montre le pentecôtisme, c’est que l’autorité qui est désormais la mieux acceptée, dans la société polynésienne comme dans beaucoup d’autres, est celle qui paraît fondée non sur un statut institutionnel («je suis le chef, donc j’ai raison») mais sur une exemplarité, ce que les pentecôtistes appellent le témoignage («ce que je dis est juste, parce que j’ai un comportement qui en témoigne»).
Quatrième raison d’être interpellée: la question du sacerdoce universel et de la formation. Avec l’élévation du niveau de scolarisation et de connaissance, beaucoup de Protestants polynésiens voudraient mieux connaître la Bible, en apprendre davantage sur la vie de Jésus, mais sans se retrouver dans un rapport trop hiérarchique de l’élève qui récite devant le maître. Faute de réponses satisfaisantes, ils se tournent vers les librairies (de Paofai, mais aussi les librairies pentecôtistes, adventistes ou catholiques), l’Internet, les cours par correspondance, les cassettes vidéo ou les stations de radio (combien de fidèles de l’EPM écoutent chaque matin Louis Levant sur RTV?). Les églises pentecôtistes répondent sans doute mieux à cette envie d’apprendre, ainsi qu’au désir de participer à la vie d’église, de prendre des responsabilités sans se trouver aussitôt accablé par le poids de la charge et la peur des critiques.Cinquième raison (et il y en a sûrement bien d’autres) : la progression du pentecôtisme s’inscrit plus largement dans un contexte de pluralisme. L’historien américain Charles Forman a écrit que le pluralisme est sans doute l’un des plus grands défis auxquels doivent aujourd’hui faire face les sociétés et les églises polynésiennes. Car quand il y a de plus en plus d’églises, la religion n’est plus un facteur d’unité, elle peut devenir au contraire un facteur de division, de conflits, si les églises sont incapables de faire avec cette nouvelle diversité. C’est d’autant plus net avec le pentecôtisme, qu’il s’agit – qu’on le veuille ou non – d’un autre protestantisme. Est-ce que l’EPM est prête à accepter l’idée qu’elle puisse être à l’avenir une des églises protestantes de Polynésie et non la seule «vraie» église protestante, et quelles relations peut-elle nouer avec ces autres protestantismes, évangéliques, pentecôtistes, demain peut-être baptistes, méthodistes?
Le pluralisme, c’est aussi l’existence en Polynésie de plusieurs langues et de plusieurs cultures. En changeant de nom, l’EPM a-t-elle voulu signifier qu’elle ne serait désormais que l’église des Ma’ohi, tandis que les assemblées de Dieu accueillent indifféremment Ma’ohi, Tinito ou Popa’a, en mettant en avant une identité «en Christ» plutôt qu’une identité ethnique?
Enfin, le pluralisme ce sont des pratiques religieuses variables, modulables: certains s’identifient comme protestants sans pratiquer autrement qu’en famille, d’autres sont fidèles chaque dimanche ou trois fois par semaine à leur église, d’autres encore circulent dans différentes églises pour se faire leur propre opinion. Et du fait de cette circulation accrue, il y aura de plus en plus, au sein même de l’EPM, une diversité de pratiques et de croyances, il y a d’ailleurs déjà, dans les paroisses, des Évangéliques, des partisans d’une théologie culturelle mao’hi et des Protestants de sensibilité réformée.
DM. Y-a-t-il un avenir au pentecôtisme en Polynésie?
YF. En théorie, beaucoup d’évolutions de la société polynésienne actuelle favorisent la progression des églises pentecôtistes. Mais en pratique, celle-ci est aussi limitée par le niveau d’engagement qu’elles exigent de leurs membres, car tout le monde n’est pas prêt à dépenser autant de temps et d’énergie pour la vie d’église. C’est ce qui explique qu’il y ait toutes les semaines à la fois des gens qui se convertissent et d’autres qui «se refroidissent», selon l’expression utilisée par les Pentecôtistes, c’est-à-dire qui prennent une distance plus ou moins grande et plus ou moins définitive avec l’église.
Ce qui me paraît beaucoup plus facile à prévoir, c’est une progression significative non pas forcément des églises pentecôtistes, mais du protestantisme évangélique ou pentecôtiste lui-même. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a aujourd’hui un écart important entre le protestantisme de l’EPM et celui des églises pentecôtistes et il est probable que cet écart se réduise à l’avenir – comme on l’observe par exemple aux îles Cook – avec une progression de la tendance évangélique, que ce soit au sein de l’EPM ou en dehors. Dans son histoire, le protestantisme a toujours été divers, et cette diversité s’est exprimée soit par des églises organisant la cohabitation de plusieurs tendances théologiques, soit (plus souvent) par la création d’autant d’églises qu’il y a d’orientations théologiques.
DM. Le pentecôtisme s’est-il intégré à la culture polynésienne ou n’est-ce plus nécessaire aujourd’hui pour prospérer?
YF. Le pentecôtisme polynésien est différent du pentecôtisme français, par exemple, parce qu’il s’inscrit dans une culture polynésienne qui est profondément imprégnée de protestantisme. Ainsi, il peut se prévaloir d’une fidélité à la Bible, ce que les Polynésiens comprennent immédiatement, évoquer les missionnaires polynésiens du 19ème siècle pour encourager les convertis à évangéliser autour d’eux ou rappeler les récits de miracles
transmis par les générations protestantes précé- dentes. En revanche, à l’exception des tendances les plus récentes (l’église du Plein Évangile notam- ment) ou de groupes influencés par Jeunesse en Mission, il ne fait pas preuve d’un militantisme culturel comparable à celui de l’EPM. Sans doute pour se distinguer de l’EPM, les assemblées de Dieu ont tendance à refuser ce qu’elles considèrent comme un repli sur soi et à offrir plutôt une ouverture sur l’extérieur qu’une valorisation de la culture locale. Elles insistent sur la nécessaire rupture avec la culture polynésienne pré-chrétienne, évoquent la lutte contre les esprits liés aux marae, aux tikis, et se montrent assez réticentes vis à vis d’expressions culturelles comme la danse. Les relations entre pentecôtisme et culture s’organisent donc sur la base d’une compréhension assez stricte de ce qui, dans la culture polynésienne, est compatible avec le christianisme.
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17 juin 2007
Histoire des missions chrétiennes en Océanie (2): missions polynésiennes
Voici comme promis un aperçu du second versant de l’histoire des missions chrétiennes en Océanie, qui met en scène des missionnaires océaniens ayant contribué, d’abord en appui des missions européennes puis au nom d’églises océaniennes devenues autonomes (jusqu’aux années 1980 dans certaines régions), à la diffusion du christianisme dans les îles du Pacifique.Les missionnaires d’Océanie, le plus souvent polynésiens, sont au départ décrits par les observateurs européens non comme des missionnaires à part entière mais comme des native teachers, auxiliaires des missions européennes qui débutent essentiellement (mises à part quelques incursions catholiques isolées) à la fin du 18ème siècle avec l’arrivée à Tahiti de la London Missionary Society (LMS) protestante.
Missions polynésiennes en Papouasie Nouvelle-Guinée
Selon les statistiques de la LMS, presque la moitié des missionnaires et de leurs épouses sont morts ou ont été tués entre 1871 et 1885. Ils viennent des îles Loyauté, des îles Cook, de Niue (à partir de 1874), des îles de la Société (1878) et de Samoa (1884). La Wesleyan Methodist Mission envoie elle aussi en Papouasie Nouvelle-Guinée des missionnaires tongiens (les Tongiens qui avaient auparavant, à partir de 1835, déjà contribué à l’implantation du méthodisme à Fidji et Samoa), des Samoans et des Fidjiens. Ils arrivent en Nouvelle-Guinée à partir de 1875, en Papouasie à partir de 1891, aux Salomon en 1902, puis dans les montagnes des Highlands au cours des années 1960. Dans les années 1970, cette mission méthodiste s’associe à l’église unie de Papouasie Nouvelle-Guinée et Salomon pour envoyer des missionnaires chez les aborigènes des territoires du nord de l’Australie.Les principales difficultés rencontrées par ces missionnaires océaniens sont liées à des maladies inconnues en Polynésie et à Fidji, comme la malaria. Leurs relations avec les populations locales sont ambivalentes : plus faciles que les relations entre missionnaires européens et Mélanésiens, mais pas sans tensions. Plusieurs auteurs évoquent en particulier des tensions avec les Tongiens et les Samoans, pour deux raisons:
- D’abord, des préjugés culturels. Beaucoup de missionnaires tongiens et samoans étaient au début du 20ème siècle convaincus de leur supériorité physique, mentale et culturelle sur les Mélanésiens, un sentiment renforcé par la conviction d’apporter « la lumière à des peuples dans l’obscurité ».
- Ensuite, les pasteurs samoans bénéficient, dans les villages samoans, de beaucoup d’autorité, d’attention et de dons de la part des membres d’église. Certains d’entre eux s’attendaient à pouvoir instaurer ce type de relations avec les populations de Papouasie Nouvelle-Guinée, et ont suivent suscité des résistances.
Il semble en revanche qu’il y ait eu moins de tensions avec les Fidjiens, les mariages entre hommes fidjiens et femmes mélanésiennes étant assez courants, en particulier chez les missionnaires veufs.
Et puis ces missionnaires ont contribué à introduire de nouvelles habitudes : ils ont enseigné de nouveaux chants, que l’on peut entendre encore aujourd’hui dans ces églises, chants en grande partie inspirés par ceux des églises de Polynésie. Ils ont introduit de nouvelles méthodes de culture, de nouvelles utilisations des plantes, du pandanus, de la fibre de coco. Ils ont diffusé de nouveaux sports comme le rugby et le cricket. Ils ont influencé le style des habitations. Sur l’île de Misima par exemple, au sud-est de la Papouasie Nouvelle-Guinée, on trouve des maisons de style tongien. Le plus souvent, c’est le style fidjien qui a été adopté.
Histoire de Turaliare Teauariki, missionnaire des îles Cook en Papouasie (1963-1975)
T. Teauriki est l’un des derniers missionnaires polynésiens envoyés en Papouasie par une église protestante historique. Son récit a été publié en 1996 par Doug Munro et Andrew Thornley dans un livre intitulé The Covenant Makers, Islander Missionaries in the Pacific (PTC et University of South Pacific, Suva, Fidji).En 1962, T. Teauariki est pasteur à Penrhyn, dans les îles du nord des Cook. Il est devenu pasteur à l’âge de 35 ans, après une formation au Takamoa College de Rarotonga – l’école pastorale de la Cook Island Christian Church (CICC), issue de la LMS.
Quand son épouse et lui partent en 1963, il n’y a plus eu de missionnaires des îles Cook en Papouasie depuis 40 ans et ils y sont les seuls missionnaires océaniens non samoans. Le voyage jusqu’au village reculé de Rouku, dans la région de Morehead River, comprend plusieurs étapes, au cours desquelles il leur est systématiquement rappelé que là où ils vont, les « gens sont sauvages et il y aura des difficultés et des maladies ».
«Dès le départ – écrit T. Teauriki –, j’ai décidé de vivre près des gens. Quand j’ai vu leur mode de vie, j’ai laissé de côté toutes les leçons que j’avais prévu de leur enseigner parce que j’ai vu que ça ne voudrait rien dire pour eux. Au départ, je n’ai pas essayé de leur donner une éducation chrétienne. J’ai juste essayé de devenir amis avec eux. Je leur ai rendu visite dans le bush parce que c’est là qu’ils étaient toujours. Je m’asseyais avec eux et j’écoutais les hommes parler entre eux pour mieux apprendre leur langue. Je passais mes journées dans le bush. Le matin et le soir, j’avais des prières familiales à la maison et certains d’entre eux venaient et s’asseyaient avec nous. Mais ça ne les intéressait pas longtemps et parfois ils partaient avant la fin.»
eux: «personne ne m’a prévenu que ma première idée était fausse»… Plusieurs caractéristiques de la vie à Daru lui paraissent devoir être «civilisés» et on voit concrètement comment les missionnaires polynésiens intro- duisent des changements dans les modes de vie:- "propreté". « Donc nous avons mangé avec les gens même si la nourriture était sale et que rien n’était lavé. Nous les avons invités à manger avec nous. Au début, Mama [son épouse] voulait que je les emmène à la rivière laver leurs mains avant de manger, mais j’ai dit que nous devions être patients et les laisser manger avec les mains sales ».
- Tressage et couture. - Son épouse vit avec les femmes, mais évite le bush de peur des serpents. Elle leur apprend à fabriquer des objets tressés en pandanus, fibres de coco et autres plantes, ainsi que la couture, un grand classique de l’action missionnaire en direction des femmes.
- Pacification. Quand il visite les autres villages, accompagné par un Daru qui a vécu cinq ans à Port Moresby, voici comment T. Teauriki se présente :
«Je leur disais que j’étais envoyé là par la Papua Ekalesia et que j’étais venu de Rarotonga pour apporter l’évangile. Je disais que j’étais réellement envoyé par Dieu, par le biais de l’église, et que je leur apportais la Bible. Je leur disais qu’eux et moi étions un seul peuple et que Dieu nous a fait un, et que j’étais venu pour les aider à ne faire qu’un seul peuple avec leurs voisins des autres villages.»
Il a par la suite occupé plusieurs postes, dont celui de superintendent du district de Daru, en 1966 après un intérim assuré par un Samoan (époque où les missionnaires polynésiens accèdent aux responsabilités occupées jusque-là par des Occidentaux). En 1969, on annonce que la Papua Ekalesia a décidé de ne plus faire appel à des missionnaires océaniens et qu’ils n’ont plus droit qu’à un seul séjour de 6 ans. Il rentrent fin 1975, le successeur de T. Teuariki) à la tête du district de Morehead est un Papou.
Son récit est écrit dix ans plus tard, en 1985. Il termine en évoquant les liens établis entre Cook Islanders et Papous:
«Nous avons été heureux de voir que beaucoup de Papous dont les ancêtres ont reçu les premiers missionnaires des îles Cook souhaitent maintenir un lien avec notre église. En 1982, environ 50 d’entre eux sont venus visiter Rarotonga. En 1984, 147 sont venus. Il est maintenant prévu d’en envoyer encore 147 en décembre 1985. Chaque fois, ils restent deux semaines, comme invités de notre église.»
Pasteurs samoans à Tuvalu, 1865-1899
Dernière histoire de missionnaires polynésiens, cette fois en Polynésie, sur l’atoll de Tuvalu. L’introduction du christianisme sur cet atoll est attribuée à un Cook Islander de la LMS, Elekana, diacre de Manihiki, qui fait naufrage en 1861 au sud de Tuvalu. Formé ensuite au Malua College, il fait partie de l’expédition de 1865 avec le missionnaire Murray et deux «teachers» samoans. À son arrivée, Murray remarque qu’il y a déjà une chapelle, que les Tuvalu ont une bible en anglais et connaissent trois chants dont deux en anglais, sans doute du fait d’un Hawaiien ayant résidé sur l’île.Aucun missionnaire européen n’a jamais résidé durablement à Tuvalu, la mission a été prise en charge par des missionnaires polynésiens, essentiellement samoans.
samoane de rapatrier ses pasteurs, retrait qui débute six ans plus tard.L’église indépendante de Tuvalu, Ekalesia Kelisiano Tuvalu, qui rassemble aujourd’hui 93% de la population, est fondée en 1969.
16:10 Publié dans Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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30 mai 2007
Histoire des missions chrétiennes en Océanie (1): Papouasie Nouvelle-Guinée
Il y a deux versants dans l’histoire des missions chrétiennes en Océanie. Le premier, dans l’ordre chronologique comme dans les représentations les plus courantes, ce sont les missionnaires européens, puis nord-américains, néo-zélandais ou australiens qui ont importé dans la région le protestantisme, le catholicisme, les églises nées au 19ème siècle aux Etats-Unis (Mormons, Adventistes) et les mouvements plus récents comme le pentecôtisme ou les témoins de Jéhovah. Le second versant, ce sont les missionnaires océaniens qui, en appui des missions européennes puis au nom d’églises océaniennes devenues autonomes, ont contribué (jusqu’aux années 1980 dans certaines régions), à la diffusion du christianisme dans les îles du Pacifique.Nous avons présenté ces deux versants, Isabelle Merle et moi, le 22 mars 2007, dans le cadre du séminaire de formation à la recherche dans l’aire océanienne de l’EHESS. Je commence par quelques mots sur le « dernier chapitre » de l’histoire de missions occidentales – qui chevauche en partie l’autre versant, océanien – avant de donner un aperçu de ces missions inter-océaniennes lors d’une prochaine note.
Missions chrétiennes en Papouasie Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon : dernier chapitre d’une histoire missionnaire
Les missions catholiques
Les premiers missionnaires catholiques, des frères maristes, arrivent en 1847 à Woodlark Island et Rooke Island (Sud-Est de la PNG). Mais ils sont victimes de malaria, repartent en 1852. Les Missions étrangères de Milan, qui reprennent le flambeau, doivent elles aussi abandonner à cause des maladies, à quoi s’ajoute en 1852 le meurtre d’un prêtre.
En 1883 et 1884, l’annexion du sud-est de l’île par le gouvernement du Queensland d’Australie au nom de la Grande-Bretagne et du
nord-est du pays par l’Allemagne entraîne l’arrivée de nouveaux missionnaires : des français et des allemands du Sacré-Cœur en Nouvelle-Bretagne et en Papouasie ; la société allemande de la Parole Divine sur la côte nord de Nouvelle-Guinée à partir de 1896. Ce sont des missions qui progressent dans l’ensemble très lentement, qui rencontrent beaucoup difficultés liées aux maladies et aux guerres.Le nouvel élan des missions catholiques a lieu au cours des années 1930, avec la découverte de populations importantes dans les Highlands et après la seconde guerre mondiale, quand la reconstruction du pays implique une internationalisation des personnels missionnaires et l’arrivée de nouvelles congrégations.
On a donc les premières missions autour de 1850 mais le catholicisme n’est vraiment installé en Papouasie Nouvelle-Guinée qu’à partir des années 1930. C’est d’ailleurs en 1937 qu’est ordonné le premier prêtre autochtone, Louis Vangeke. Et c’est seulement après la seconde guerre mondiale que l’on commence à former les futurs prêtres sur place, ce qui est toujours un élément-clé de la transition entre mission et église locale. Jusque-là les étudiants allaient se se former en Australie et à Madagascar. En 1963, l’église construit le Holy Spirit Regional Seminary à Boroko (sud-est), qui compte aujourd’hui 170 étudiants.
Les missions luthériennes
L’histoire des missions luthériennes est elle aussi très liée aux annexions et prises de contrôle occidentales : les premiers missionnaires, en 1886, sont des missionnaires allemands, notamment de la société missionnaire du Rhin. Dans un premier temps,
tout en travaillant avec les autorités coloniales allemandes, ils sont financés par des églises américaines et australiennes. Dans la région de Madang (côte Est), ils sont rejoints par des missionnaires samoans : il faut ici se rappeler qu’à la fin du 19ème siècle, l’Allemagne occupait l’ouest des Samoa (1899-1914). Après la première guerre mondiale, l’église luthérienne australienne est autorisée à prendre le contrôle des missions de Papouasie Nouvelle-Guinée, avec le soutien à partir des années 1920 de missionnaires américains. Dès les années 1920, les luthériens lancent des missions dans les Highlands, région où la première station est installée en 1931, en concurrence directe avec les catholiques. Enfin, des églises locales sont créées: en 1956, dans la région de Enga que les missionnaires – américains – quittent en 1978 (l’église est alors baptisée ‘Gutnius Lutheran Church – PNG); et en 1961, l’église évangélique luthérienne de Nouvelle-Guinée. En 1976, la New Guinea Lutheran Mission est dissoute et les missionnaires européens s’en vont.Les missions LMS et méthodistes
Avec les missionnaires de la London Missionary Society (LMS) et des églises méthodistes, on se situe déjà – beaucoup plus rapidement que pour les missions catholiques et luthériennes – à mi-chemin entre la continuité des missions européennes et la prise en charge de l’action missionnaire par les Océaniens eux-mêmes.
Les églises unies (United Church) de Papouasie Nouvelle-Guinée et des îles Salomon sont issues de cette histoire, et de la fusion entre la LMS et l’Australian Methodist Mission.
- La mission australienne débute dans les années 1870, avec des missionnaires australiens, fidjiens et samoans, elle s’implante notamment en Nouvelle-Bretagne et Nouvelle-Irlande.
- À partir de 1871, la LMS envoie des Océaniens en mission en Papouasie Nouvelle-Guinée, les premiers installés sur les côtes papoues viennent des îles Loyauté, mais rapidement ce sont les Polynésiens qui sont les plus nombreux. La mission est conduite par un missionnaire des îles Cook, Ruatoka.Ces deux missions, majoritairement polynésiennes, ont donné naissance à des églises locales organisées de façon décentralisée (ce qu’on appelle le modèle congrégationaliste) et ont très tôt formé des évangélistes locaux.
- Après la seconde guerre mondiale, les synodes régionaux des îles de Nouvelle-Guinée et des îles papous décident d’envoyer des missionnaires dans les Highlands, on a donc des missionnaires polynésiens et des missionnaires locaux associés pour évangéliser les régions les plus isolées de Papouasie Nouvelle-Guinée. Enfin, en 1968, la United Church of Papua New-Guinea and Solomon Islands est créée à partir de la réunion des églises méthodistes des îles de Nouvelle-Guinée, des îles papous, des Highlands et de la Papua Ekalesia issue de la LMS, ainsi que deux églises de langue anglaise de Port Moresby. Et en 1996, l’église des îles Salomon devient indépendante. Les derniers missionnaires polynésiens quittent la région au cours des années 1980, à la demande des églises locales.
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18 mars 2007
Nouvel album : tour de l'île et aperçu de la diversité religieuse à Moorea
Aujourd’hui, Moorea compte près de 15000 habitants (14163 selon le recensement de 2002), presque trois fois plus qu’en 1971. C’est une île touristique, la seconde en termes de fréquentation, derrière Tahiti et devant Bora Bora : 61% des touristes en Polynésie française y passent au moins une nuit, soit environ 120000 visiteurs par an, essentiellement français et nord-américains. C’est aussi une île qui a connu, comme l’ensemble des îles de Polynésie française, une diversification rapide des appartenances religieuses à partir des années 1980. L’album « Moorea, tour de l’île », réalisé avec Gwendoline Malogne-Fer en février 2007, donne un aperçu de cette diversification à travers sa partie la plus visible, la plus immédiatement repérable : les lieux de culte publics qui jalonnent les 60 kilomètres de route entourant l’île.
- Première constatation, la croissance de certains villages où se concentrent à la fois la population et les lieux de culte, comme à Haapiti, sur la côte sud-est, qui compte 3463 habitants au recensement de 2002 (1153 en 1977) et des églises de cinq confessions différentes, ou dans la vallée de Pao Pao, au nord.
* G. Malogne-Fer, 2006, « L’émergence d’une théologie de la libération au sein de l’église évangélique de Polynésie française », The Pacific Journal of Theology (Fidji) n°35, pp. 84 à 108.
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26 novembre 2006
Organisations missionnaires évangéliques en Océanie
Depuis les années 1960, la progression du protestantisme évangélique a emprunté, en Océanie comme ailleurs, trois voies différentes :
- L’apparition et le développement de nouvelles églises. Celles-ci se rattachent à des dénominations d’envergure internationale, d’origine américaine ou régionale (Nouvelle-Zélande, Australie) ou sont des créations locales indépendantes. Parmi les églises pentecôtistes des îles Salomon, par exemple, le Christian Outreach Centre, la Christian Revival Crusade, les Assemblées de Dieu ont des connections avec les organisations similaires en Australie ou aux Etats-Unis, qui leur envoient des prédicateurs, évangélistes, aident à la formation pastorale et apportent un soutien financier. Les doctrines prêchées dans ces églises suivent donc celles des organisations parentes. La plupart de ces églises sont regroupées au sein de la Solomon Islands Full Gospel Association. Et puis il y a les églises dites "indigènes", qui sont d’inspiration pentecôtiste, ont des caractéristiques charismatiques (parler en langues et guérison notamment) et sont d'origine locale, sans rattachement à des dénominations internationales ou étrangères : la Christian Fellowship Association, par exemple.
- Mais le protestantisme évangélique n’a pas toujours besoin de nouvelles églises pour progresser. Beaucoup d’églises protestantes océaniennes, qui sont d’ailleurs dans leur grande majorité issues de missions liées à des réveils évangéliques du 18ème siècle (London Missionary Society, Wesleyan Methodist Mission Society) ont connu au cours des dernières décennies une progression en leur sein de tendances évangéliques, voire pentecôtistes. Ainsi, les paroisses protestantes des îles Cook (Cook Island Christian Church) comptent aujourd’hui une proportion considérable de "born again Christians" - parmi les paroissiens comme parmi les pasteurs, au point que le synode de l’église a dû inscrire à son ordre du jour la question du baptême par immersion.
- Enfin, la troisième voie par laquelle le protestantisme évangélique se diffuse en Océanie, ce sont les organisations que l’on appelle "non-dénominationnelles" ou encore "trans-dénominationnelles", parce qu’elles sont indépendantes des églises. En voici une liste non exhaustive, établie à partir de mes recherches, des données recueillies par Manfred Ernst en 1994 (Winds of Change) et dans le cadre du livre collectif qu’il a dirigé plus récemment (Globalization and the Re-shaping of Christianity in Oceania, 2006).
Les Gédéons sont sans doute la plus ancienne des organisations évangéliques aujourd’hui actives dans le Pacifique. Fondée en 1899, The Gideons International est une association d’hommes d’affaires et de cadres d’origine américaine. Elle compte actuellement, selon ses propres estimations, plus de 250 000 membres et est présente dans plus de 180 pays. Sa principale activité consiste à distribuer gratuitement des bibles et le Nouveau Testament, notamment dans les hôtels. 63 millions de livres distribués chaque année : si vous avez trouvé un jour une bible dans le tiroir de la table de nuit de votre chambre d’hôtel, c’est sans doute aux Gédéons que vous le devez ! En Polynésie française, l’association des Gédéons a été créée en 1987 par plusieurs membres des assemblées de Dieu.
Youth for Christ (YFC) a été fondée en 1944 aux Etats-Unis, à l'origine pour coordonner les efforts de jeunes organisateurs de rallies évangéliques au Canada, aux États-Unis et au Royaume Uni. Elle compte aujourd’hui 4500 équipiers et 26000 bénévoles, engagés dans des actions missionnaires dans plus de 100 pays. La création de cette organisation qui souhaitait impliquer les jeunes Américains dans un combat spirituel marqué à l’origine par la Guerre Froide a ouvert la voie à beaucoup d’autres: Billy Graham a été un des premiers équipiers de Youth for Christ, avant qu’il ne fonde en 1957 sa propre organisation (la Billy Graham Evangelistic Association). YFC a également soutenu la création de World Vision. En Océanie, YFC a des bureaux permanents en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Fidji et aux Samoa.
World Vision a été fondée en 1950 par Bob Pierce, alors missionnaire américain en Asie. Il s’agit d’une ONG évangélique de lutte contre la pauvreté et d’aide à l’enfance déshéritée. En Papouasie Nouvelle-Guinée, World Vision se consacre principalement aux soins élémentaires, l’eau, l’hygiène, le développement de micro-entreprises et de l’agriculture, l’alphabétisation. Elle intervient dans toute la région en apportant une aide humanitaire en cas de catastrophes naturelles. Elle est aussi active à Tonga, à Fidji et aux îles Salomon.
Jeunesse en Mission (Youth With a Mission, YWAM), fondée en 1960 par un pasteur de jeunesse des assemblées de Dieu californiennes, Loren Cunningham, compte 16000 équipiers à plein temps dans 173 pays. En 1967, une première campagne d’évangélisation en Nouvelle-Zélande lui a permis de s’implanter en Océanie, en recrutant des missionnaires parmi les Pakeha (Néo-zélandais d’origine européenne) des églises protestantes et parmi les communautés polynésiennes, notamment dans le quartier de Ponsonby à Auckland. Ces derniers ont contribué au cours des décennies suivantes au développement de YWAM dans l’ensemble des îles du Pacifique. Deux éléments ont en outre favorisé ce développement :
- L’ouverture en 1978 d’une université (Pacific and Asia Christian University, rebaptisée en 1988 Université des nations après qu’elle ait ouvert d’autres campus dans le monde) sur l’île de Kona (Big Island, Hawaii).
- Le ministère Island Breeze, fondé en 1979 par le Samoan Sosene Le’au, qui vise à réhabiliter des traits culturels polynésiens tels que les danses comme expression légitime de la foi chrétienne et moyen d’évangélisation.
Outre ses programmes d’activités tournées vers la jeunesse, YWAM est aussi présente dans le Pacifique par le biais de l’action humanitaire, avec des bateaux d’assistance (Mercy Ships et Marine Reach).
Campus Crusade for Christ est née en 1951 sur le campus de l’University of California à Los Angeles (UCLA), sous l’impulsion de Bill et Vonette Bright. C’est aujourd’hui l’une des quatre plus grandes associations missionnaires américaines, présente dans près de deux cents pays. Elle a notamment produit et diffusé le film Jesus, traduit dans plus de 130 langues et diffusé dans plusieurs îles du Pacifique. Outre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, elle a des bureaux permanents en Papouasie Nouvelle-Guinée, au Vanuatu, à Fidji, à Tonga et aux îles Salomon.
Wycliffe Bible Translators International. Sachant que l’Océanie compte pour un tiers des 6000 à 6500 langues parlées dans le monde, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’association Wycliffe y ait déployé son activité, qui porte essentiellement sur la traduction de la Bible en langues locales. Cette organisation a été fondée en 1930 et a pris le nom de John Wycliffe, premier traducteur de la Bible en anglais. En 1992, M. Ernst notait des activités en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, au Vanuatu, aux îles Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Micronésie.
Émergence de réseaux régionaux : l’assemblée de prière du Pacifique
Nées en 1991, avec une première réunion aux îles Salomon, les assemblées de prière sont un mouvement régional qui regroupe chaque année des délégations du Pacifique et des églises chrétiennes du pays d’accueil afin de prier « pour les nations », dans un combat spirituel en faveur de la paix, de la réconciliation et pour une gouvernance inspirée par les principes chrétiens. Ses animateurs sont issus aussi bien des courants évangéliques des églises protestantes historiques que des églises évangéliques et pentecôtistes, des îles du Pacifique et des communautés polynésiennes de Nouvelle-Zélande. En 1998, la 8ème assemblée s’est déroulée à Tonga, en présence du roi et des représentants des églises pentecôtistes, mais aussi catholiques, anglicanes et adventistes. En 2003, les participants à la 13ème assemblée ont été accueillis au Parlement du Vanuatu. En 2004, la 14ème assemblée a eu lieu à Tahiti et a été précédée d’une marche pour Jésus (le mouvement Global March for Jesus, qui a été lancé en 1987 à Londres par plusieurs leaders évangéliques, dont le représentant local de YWAM, est aujourd’hui un mouvement mondial).
Photo : mission au Vanuatu (www.bvbid.org/Vanuatu.htm).
21:30 Publié dans Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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