Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 décembre 2011

Noël aux quatre coins du Pacifique

noël,christmas,fidiji,pacifique,églises,religion,océanie,polynésie,tahiti,tonga,protestantisme,mormon,samoa,hawaii,sociologie,anthropologieAu centre commercial de Tapoo City, à Suva (Fidji), le Père Noël a enfilé son manteau et ses gants pour accueillir les visiteurs (il est en photo dans le Fiji Sun)... Comme tous les ans, Noël donne lieu dans les îles du Pacifique à des scènes assez surpenantes, où l'on voit surgir des rennes et des traineaux sur fond de cocotiers, tandis que le Père Noël semble à peine se remettre du décalage horaire après un vol très long courrier. Certes, depuis les premières missions du 19ème siècle, le christianisme est bien devenu une religion d'Océanie, un élément central de l'identité océanienne telle que la définissent aujourd'hui les Océaniens. Et les représentations de Jésus et de la sainte famille leur attribuent souvent des traits océaniens. Mais l'imaginaire de Noël, avec ses sapins (on en trouve sur les hauteurs de certaines îles de Polynésie française, notamment, où ils ont été plantés pour freiner l'érosion mais provoquent aussi une acidification des sols), ses guirlandes et son Père Noël, garde un air d'exotisme irréductible.

noël,christmas,fidiji,pacifique,églises,religion,océanie,polynésie,tahiti,tonga,protestantisme,mormon,samoa,hawaii,sociologie,anthropologieNoël est aussi une fête de famille, l'occasion de retrouver les membres de la famille éparpillée par les migrations internationales ou de donner quelques coups de téléphone en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux Etats-Unis, où se concentrent les plus importantes communautés de Pacific Peoples, migrants majoritairement originaires de Samoa, Tonga et des îles Cook. Sur le site de Tonga News, Lopeti Senituli imagine ainsi un dialogue entre une mère tongienne et son fils installé en Nouvelle-Zélande, qui rappelle l'humour des Petits Contes du Pacifique du Tongien Epeli Hau'ofa: il y est notamment question de Hastings (Hawke's Bay, au nord d'Auckland), où les travailleurs tongiens se retrouvent chaque année pour participer à la cueillette des pommes, et de la collecte annuelle de l'église de village à Tonga, des collectes auxquelles les migrants contribuent très largement.

- "Combien le village a-t-il récolté d'argent?" demande le fils, qui a envoyé 3000$.

- "En tout, nous avons eu 65,000$", répond la mère.

- "Et quel était le montant fixé comme objectif ?"

- "Le village devait atteindre 35,000$. Est-ce que ce n'est pas magnifique! Nous avons récolté partiquement le double de ce qu'on nous demandait ! N'est-ce pas magnifique ! Comme les gens aiment Dieu !"

Et comme le fils s'étonne de l'écart entre la somme fixée et les montants récoltés, il s'attire les remontrances d'une mère, qui contrairement à ces enfants exilés, reste attachée à la vie d'église traditionnelle et aux logiques de surenchère que l'on retrouve lors des collectes de la plupart des églises protestantes du Pacifique (voir notamment l'article de G. Malogne-Fer sur la collecte du mê en Polynésie française):

- "Quoi ? Que dis-tu? Comment oses-tu? Ferme-là ou je vais venir jusqu'à Hastings pour te clouer le bec!  (...) As-tu oublié que ton père est mort en servant l'église! Qu'il a travaillé pendant trente ans de sa vie comme chef des diacres de l'église de notre village pour vous assurer, à toi et à tes frères et soeurs, toutes les bénédictions de Dieu! As-tu oublié tout ça! Et maintenant que tu es un grand monsieur, tu commences à critiquer l'église?"

Les îles anglophones du Pacifique ont repris la tradition des "Christmas Carols", ces chants de Noël que l'on chante à l'église mais aussi dans les rues, de porte à porte. A Rarotonga (îles Cook), une chorale rend visite aux malades de l'hôpital:

En Australie comme en Nouvelle-Zélande (où le christianisme a nettement décliné chez les descendants de migrants européens au cours des dernières décennies), les Pacific Peoples constituent aujourd'hui une grande partie des forces vives de beaucoup d'églises protestantes. "Les traditions samoanes font chanter la communauté d'église", écrit ainsi le Canberra Times (Australie) qui a rendu visite à un groupe de jeunes samoans méthodiste occupés à répéter des chants de Noël:

noël,christmas,fidiji,pacifique,églises,religion,océanie,polynésie,tahiti,tonga,protestantisme,mormon,samoa,hawaii,sociologie,anthropologieA Salt Lake City, aux Etats-Unis (Deseret News), une chorale de Noël samoane accueille la princesse Salote Mafile'o Pilolevu Tuita, soeur du roi de Tonga Tupou V, en visite dans cette capitale mondiale de l'église (mormone) de Jésus-Christ des saints des derniers jours (Tonga est le pays au monde qui compte la plus forte proportion de Mormons, près de 15% de la population).

Tandis qu'en Nouvelle-Zélande, dans une société qui - du fait des migrations internationales - conjugue aujourd'hui un biculturalisme officiel (entre Maori autochtones et Pakeha, descendants des migrants européens) et un multiculturalisme de fait,  avec une diversité culturelle et religieuse croissante, le East & Bays Courier d'Auckland s'intéresse au Noël des "multi-ethnic families", les familles multiculturelles.

Et pour finir ce voyage de Noël dans les îles du Pacifique, voici la version hawaiienne d'un des chants de Noël les plus chantés dans le monde, sur fond de paysages hawaiiens:

 

Bonne année 2012, et à bientôt !

 

Illustrations: couverture d'une compilation 2007 de chants hawaiiens de Noël; Père Noël hawaiien (Amazon); La Princesse Salote Mafile'o (Ian Stehbens sur panoramio.com).

16:39 Publié dans Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14 août 2011

A propos de Maré. Religion et conflits dans les îles du Pacifique

maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesLe samedi 6 août 2011, quatre jeunes Kanaks sont morts sur l’île de Maré (Nouvelle-Calédonie) à la suite d’affrontements entre un collectif d’usagers d’Air Calédonie (Aircal) qui bloquait l’aéroport local et des habitants du district de Guahma venus les déloger. Dans un premier temps, les médias ont évoqué les tensions nées de ce blocage (maintenu depuis le 22 juillet) pour expliquer l’explosion de violence: un mouvement de protestation contre la hausse des tarifs mise en place dans le cadre du redressement de la compagnie aérienne, qui relie notamment les îles Loyauté (dont Maré fait partie) à Nouméa et représente donc un enjeu important pour les habitants de ces îles. Puis des comptes rendus plus approfondis ont été publiés, comme maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristescet article du 9 août (accès payant) où la correspondante du Monde à Nouméa, Claudine Wéry, resituait le drame dans une généalogie complexe qui entrecroise des rivalités de chefferies (le chef coutumier de l’île, Nidoish Naisseline, du district de Guahma, est aussi président du conseil d’administration d’Aircal), des luttes politiques entre différentes tendances indépendantistes kanakes, des conflits fonciers (un projet de redécoupage cadastral des terres coutumières) et enfin, des lignes de fracture religieuses, héritées de la compétition que se sont livrées missionnaires catholiques et protestants à Maré au 19ème siècle.

Les premiers missionnaires des îles Loyauté ont été des Polynésiens protestants originaires de Samoa et maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesdes îles Cook, envoyés par la London Missionary Society. Ils sont arrivés à Maré en 1841 et ont été accueillis par le chef Naisseline (ancêtre de l’actuel chef de l’île) qui s’est converti au protestantisme. Des missionnaires britanniques les ont rejoints en 1854. Trois ans plus tard, l’implantation de la mission catholique dans les îles Loyauté, soutenue par la France (qui avait annexé la Nouvelle-Calédonie en 1853) crée de vives tensions sur l’île : les distinctions religieuses recoupent des rivalités internes, entre chefferies kanakes, et suscitent des conflits fonciers. Quand deux missionnaires maristes cherchent à s’implanter en s’alliant avec un chef opposé au protestantisme, devenu majoritaire sur l’île, ils sont rapidement accusés d’avoir empiéter sur le territoire du chef protestant Naisseline, et doivent quitter l’île en 1870. A leur retour en 1875, les tensions ressurgissent, au point que le gouverneur décide de tracer des lignes de démarcation. Les troubles se poursuivent tout au long des années 1870 et 1880.

En août 2011, c’est pourtant aux autorités religieuses – l’église catholique et l’église protestante historique (EENCIL, église évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux îles Loyauté) – que le gouvernement local a confié une mission de médiation entre les communautés en conflit. On retrouve ici une ambivalence maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesobservable dans la plupart des sociétés océaniennes: d’un côté, les appartenances religieuses produisent ou renforcent des divisions, notamment au sein des communautés insulaires, des villages. De l’autre, le christianisme est devenu dans beaucoup d’îles du Pacifique une référence commune, inscrite dans les Constitutions des Etats océaniens comme un élément fondateur de l’identité nationale. Une référence qui peut donc permettre – en dépassant les distinctions confessionnelles – d’apaiser des conflits et de surmonter de graves divisions.

maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesDans un chapitre que j’ai publié cette année («Religion, Pluralism and Conflicts in the Pacific Islands») dans le Blackwell Companion to Religion and Violence dirigé par Andrew R. Murphy, j’évoquais ces trois aspects des relations entre religions et conflits en Océanie.

Pax Christiana. Le premier, ce sont les limites du récit enchanté repris à la fois par certaines églises, des missionnaires et parfois par des Océaniens eux-mêmes: une version trop univoque de l’histoire, en noir et blanc, qui voudrait que la christianisation ait instauré dans toutes ces îles une paix maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesinédite, rompant avec la barbarie des affrontements antérieurs. Les missions chrétiennes ont effectivement éradiqué les violences rituelles et imposé par des jeux d’alliances politiques une «Pax Christiana» en unifiant les communautés insulaires, le plus souvent sous l’autorité d’un roi converti. Mais elles ont aussi contribué dans beaucoup d’endroits, au moins dans un premier temps, à raviver des rivalités et des tensions entre communautés, désormais divisées aussi par les frontières confessionnelles.

Tensions locales. Avec le temps, la coexistence des deux églises historiquement dominantes – catholique et protestante – s’est apaisée et les mariages interconfessionnels sont devenus plus nombreux. Un sondage Louis Harris réalisé en 2000 à Tahiti montrait par exemple que 26% des protestants étaient mariés à un(e) catholique. Mais au cours des années 1980-90, la progression rapide des églises maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesévangéliques, le plus souvent pentecôtistes, ou l’implantation d’autres églises minoritaires – adventistes, mormons, témoins de Jéhovah – a suscité de vives tensions dans plusieurs îles et villages polynésiens. En 2000, par exemple, la Cour suprême de Samoa a dû rappeler le principe constitutionnel de liberté religieuse, face aux chefs traditionnels (matai) du village de Saipipi, qui avaient expulsé 32 personnes ayant organisé des études bibliques d’inspiration évangélique sur un terrain communautaire. En 2006, en dépit d’un arrêt de la Haute Cour de Tuvalu, un conseil d’anciens d’un des villages de cette île polynésienne persistait à menacer d’expulsion un groupe de fonctionnaires membres d’une église darbyste.

Médiation et unité nationale. Et pourtant – et c’est le troisième aspect de ces relations entre églises et conflits – au niveau national, les «valeurs chrétiennes» comprises comme un patrimoine culturel commun et non-confessionnel, jouent dans beaucoup de pays de la région un rôle essentiel d’unification et de résolution des conflits locaux. maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesLe cas le plus exemplaire est sans doute celui des îles Salomon, où la Solomon Islands Christian Association, qui regroupe un ensemble d’églises représentant 90% de la population de cet Etat mélanésien, est intervenue au tournant des années 2000 pour apaiser une grave crise politique et mettre fin aux affrontements entre les milices de Malaita et celles des habitants de Guadalcanal qui cherchaient à expulser ces communautés migrantes installées notamment près de la capitale Honiara. Les responsables d'églises chrétiennes réunis en équipe interdénominationnelle (dirigée par un pasteur maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesadventiste) sont alors apparues comme les seuls acteurs capables de dépasser les clivages insulaires pour renouer le dialogue entre les belligérants et aboutir à un accord de paix en octobre 2000. Les Melanesian Brothers, un ordre religieux anglican, ont en outre gagné au cours de cette crise une aura considérable, en s’interposant constamment entre les milices et en libérant de nombreux otages. Une aura qui a pris en 2003 la dimension du martyr, quand sept frères ont été assassinés par un adversaire irréductible des accords de paix.

 

Illustrations: Un avion d'Aircal; carte et Eglise La Roche, île de Maré (Destination îles Loyauté); Church family (nzchurch.net); couverture de Religion and Violence; Erromango, Vanuatu ("Pacific Island Tribe Apologises for Eating British Missionaries"); église apostolique à Rarotonga, îles Cook (Y. Fer); drapeau national des îles Salomon; icône des sept frères martyrs à la Canterbury Cathedral.

03 avril 2011

Du Pacifique à la Réunion: les nouveaux visages du christianisme contemporain

thèse3.jpgJ'ai eu la chance, ces derniers mois, de participer aux jurys de soutenance de deux thèses qui, sur des terrains très différents, analysent deux évolutions importantes du christianisme contemporain: l'essor d'un "christianisme du Sud" et l'expansion des mouvements pentecôtistes/charismatiques.

Le 14 février, Gilles Vidal soutenait à l'université Paul Valéry de Montpellier une thèse (en MConViwa 8614.jpghistoire et en théologie) sur les théologies contextuelles dans le Pacifique Sud, qui a reçu la mention "très honorable avec félicitations". L'apparition de ces théologies, encouragées après la Seconde guerre mondiale par des organisations comme le COE (Conseil oecuménique des églises), s'inscrit dans le contexte de la décolonisation. Elle vise à dissocier le christianisme et la culture occidentale dont étaient porteurs les missionnaires occidentaux envoyés dans les pays du Sud, en ancrant plus profondément la compréhension du message chrétien dans les cultures locales. En Océanie, c'est à partir des années 1960-70,  autour duMConViwa Banner.jpg Pacific Theological College de Fidji (où ont été formés de nombreux pasteurs des églises protestantes océaniennes), que ces théologies se sont développées, sous l'impulsion de nouvelles figures intellectuelles, comme les théologiens méthodistes Sione ‘Amanaki Havea (Tonga) et Sevati Tuwere (Fidji).

A travers leurs interprétations de la Bible, ces intellectuels ont en fait participé à la définition des identités autochtones dans le Pacifique Sud contemporain, en lien avec les indépendances MConViwa paysage.jpgpolitiques. Mais ces "nouvelles traditions" ont souvent suscité de fortes réticences dans les églises locales, habituées à considérer l'héritage missionnaire - et la tradition chrétienne née de sa rencontre avec les cultures locales depuis le 19ème siècle - comme une part essentielle de leur identité. C'est cette histoire que raconte le film documentaire "Pain ou coco" que j'ai réalisé récemment avec Gwendoline Malogne-Fer (et dont je vous ai déjà parlé ici).

Gilles Vidal a réalisé un travail considérable de recensement et d'analyse de tous ces discours théologiques océaniens, ce qui permet de prendre la mesure du champ intellectuel auquels ils ont donné vie: un espace de débats où l'on voit aujourd'hui des dizaines de théologiens océaniens s'interroger, chacun à leur manière, sur l'entrecroisement entre cultures et christianisme. Parmi cette MConViwa femmes.jpgproduction abondante, on retiendra notamment la montée en puissance des théologies féminines ou féministes, qui revendiquent un examen critique des rapports de genre à la lumière de nouvelles interprétations bibliques et d'un réexamen critique de "traditions culturelles" qu'elles jugent souvent trop imprégnées des valeurs inculquées par les missionnaires occidentaux (un sujet auquel s'est également intéressée G. Malogne-Fer: voir cette note de 2008). uru quilt.jpgL'éco-théologie du Samoan Tofaeono Ama’amalele retient elle aussi l'attention, par la manière dont elle associe des préoccupations environnementales globales, les conceptions culturelles samoanes et des interprétations bibliques inspirées par toute une série d'auteurs contemporains. On peut trouver la thèse de doctorat de A. Tofaeono ("Eco-Theology: AIGA - The Household of Life. A Perspective from Living Myths and Traditions of Samoa", soutenue en 2000 à l'université allemande Augustana) sur Internet, en cliquant ici.

Le 25 mars, Valérie Aubourg a quant à elle soutenu une thèse en anthropologie et ethnologie, nd délivrance.jpgà l'université de la Réunion, et a reçu, elle aussi, la mention "très honorable avec félicitations", pour un travail remarquable sur les christianismes charismatiques sur cette île française de l'Océan indien, en terrains protestant et catholique. Mes collègues Sébastien Fath (qui faisait comme moi partie du jury) et Bernard Boutter (auteur en 1999 d'une thèse pionnière sur les assemblées de Dieu réunionnaises) en ont déjà parlé sur leurs blogs, ici et.

Le christianisme charismatique s'est implanté tardivement à la Réunion: le pentecôtisme en 1966 sous la houlette du missionnaire Aimé Cizeron, des assemblées de Dieu françaises ; le renouveau charismatique en 1974, par le biais de la soeur franciscaine Marie-Lise Corson qui a alors fondé un groupe de prières, après avoir rencontré à Paris la communauté charismatique de l'Emmanuel. Il s'est depuis considérablement développé, sur son versant protestant (la Mission Salut et Guérison, appellation locale des assemblées de Dieu, compte aujourd'hui 22000 membres), comme sur son versant catholique. Mais surtout, depuis les années 1980-90, il s'est considérablement diversifié, se dispersant en hosanna fath.jpgune multitude de groupes que V. Aubourg a explorés avec minutie pour en établir à la fois la généalogie et la cartographie. Il apparaît ainsi que beaucoup des nouvelles églises charismatiques indépendantes se concentrent dans le Sud de l'île, où l'on observe ce que V. Aubourg appelle un "terroir charismatique", qui renvoie à un ensemble de dispositions particulières héritées notamment de l'histoire des structures agricoles dans cette partie de l'île, marquée par une mentalité plus entrepreuneriale et indépendante qu'au Nord.

On voit aussi comment chaque versant de ce christianisme charismatique s'est au fil du temps réinscrit dans sa matrice religieuse d'origine, en réaffirmant ainsi l'écart entre protestants et catholiques. Avant qu'une nouvelle vague de mouvements charismatiques (dont certains embrase 2011.jpgconnectés à des réseaux charismatiques oecuméniques comme "Embrase nos coeurs") ne vienne à nouveau relativiser cette frontière catholique/protestant, autour des thèmes de la guérison et du combat spirituel. Enfin, la thèse de V. Aubourg s'intéresse aux circulations des convertis, d'une église à l'autre, et aux relations complexes que ces mouvements entretiennent avec la culture religieuse créôle de la Réunion, qui encourage les échanges, combinaisons, hybridations... Bref, une plongée passionante dans un milieu religieux et culturel complexe, dont on attendra avec impatience les prolongements en termes de publications.

 

Illustrations: thèses (site du CEFE) ; 4 suivantes, photos de la 3ème Pacific Mission Conference à Viwa Island (Fidji) en 2010 (site du PTC) ; broderies, motifs en formes de fruits de l'arbre à pain (Seacology Island Environment Blog) ; Eglise  Notre-Dame de la délivrance à St Denis (willgoto) ; culte à l'église charismatique Hosana de St Pierre (blog de S. Fath) ; affiche de la conférence "Embrase nos coeurs" 2011.