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18 décembre 2009

Nouvelles du Pacifique (2) : en Polynésie française, Miviludes et manifestation anti-nucléaire

drapeaux tavini.jpgLa manifestation de samedi 19 décembre contre les conditions d'indemnisation des victimes des essais nucléaires prévues par la loi Morin, à l'appel de l'église protestante ma'ohi et avec notamment le soutien du parti indépendantiste d'Oscar Temaru - le Tavini Huiraatira - est sans aucun doute l'événement politico-religieux le plus marquant de ce mois de décembre 2009 (nb. mise à jour du 20.12: 2000 personnes y ont participé). Mais durant cette semaine, c'est d'abord la lutte contre les sectes qui a fait la une de l'actualité en Polynésie française.


La Miviludes à Tahiti : oui au "retour en Eden", non à la déscolarisation

La Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, était ces derniers jours en visite à Tahiti, où ses responsables ont rencontré les services de l'État et tenu plusieurs conférences de presse. Les premières déclarations de son président, Georges fenech.jpgFenech, qui semblait se focaliser sur les témoins de Jéhovah en estimant que "6000 Polynésiens sont concernés si on tient compte des 4000 Témoins de Jéhovah", avaient paru un peu décalées de la réalité locale et des perceptions courantes de ce mouvement en Polynésie française, où il est généralement considéré comme assez inoffensif. Certains lecteurs de la Dépêche de Tahiti faisaient surtout remarquer le curieux télescopage entre les propos de G. Fenech et un autre titre du même journal, évoquant les félicitations adressées par le gouvernement polynésien au professeur Wu Sen Jen, qui enseigne depuis plusieurs mois les techniques de l'agriculture biologique aux agriculteurs de Polynésie française. Ce professeur, à qui le gouvernement vient de promettre l'attribution d'un terrain sur la presqu'île de Tahiti, appartient en effet à l'église de Tahiti du Nouveau Testament, appelée localement "église du Mont Thabor" - le nom d'inspiration biblique donné à son église située sur une colline d'Arue, à l'Est de Papeete.

zion 1.jpgNée au début des années 1980 d'une dissidence au sein d'une église pentecôtiste chinoise de Tahiti - l'église Alléluia - cette église est la branche locale de la New Testament Church fondée dans les années 1960 par une ancienne actrice de Hong Kong, Kong Duen Yee  (décédée en 1966) , et dirigée depuis 1973 par Elie Hong, basé à Taiwan et considéré par les membres de l'église comme le "prophète de toutes les nations". Elle associe des éléments d'inspiration pentecôtiste avec une série d'enseignements et de pratiques spécifiques  - notamment sept "fêtes bibliques"  inspirées de l'Ancien Testament et zion 2.jpgle "témoignage du sang" (le pardon et "la purification par le sang de Jésus-Christ"), qui s'ajoute à ceux de l'eau (baptême par immersion) et du Saint-Esprit (parler en langues). Ces spécificités sont issues des publications de  Kong Duen Yee et des directives de Elie Hong, qui dirige l'église en s'appuyant sur une organisation très hiérarchique et relativement fermée.

En Polynésie française, l'église a en outre développé des activités commerciales, dont les plus connues sont Araka Fish, réputée dans la communauté chinoise pour ses poissons séchés et tikehau.jpgsalés, une ferme perlière dans les Tuamotu et "l'île d'Eden", un atoll de Tikehau où l'église de Tahiti s'est lancée depuis plusieurs années dans l'agriculture biologique. "Le prophète nous a conduits à revenir en Eden, revenir à la nature", m'expliquait en effet, en février 2002, une porte-parole de l'église:

C'est pourquoi nous aimons beaucoup la nature, nous aimons beaucoup tout ce qui est naturel, produits naturels, préserver la nature, l'environnement. Alors ces dernières années, le prophète nous a conduits à faire une culture non toxique, sans engrais chimique, sans produit chimique, sans pesticides. Alors nous faisons nous mêmes notre propre compost, nous avons des vers de compost, enfin nous faisons beaucoup de choses naturelles. C'est sûr qu'on ne peut pas être à 100% épargnés (par la pollution), mais on veut tendre vers cela, (...) tendre vers ce qui est bon, vers ce qui est meilleur, vers ce qui est parfait. On fait des compost, on élève des vers de terre.

Lors d'une dernière conférence de presse (dont rend compte l'agence tahitienne de presse) G. Fenech a donc dû préciser le point de vue de la Miviludes sur les activités de l'église du Mont Thabor: d'accord pour le "retour en Eden" et l'agriculture bio, qui sont apparemment jugées inoffensives, mais l'église est néanmoins dans le collimateur de la Miviludes, G. Fenech parlant même d'un "cas d'école"... Une expression particulièrement appropriée, puisqu'il lui reproche notamment une dizaine d'enfants déscolarisés et évoque en outre des "éléments discutables de la vie de la communauté d'Arue, au sein de laquelle 'on peut repérer cinq ou six critères de rupture sociale' ".

 

 

Les illustrations de l'église du Nouveau Testament sont tirées de son site Internet, www.zion.org

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26 octobre 2008

Bloggeurs et témoins de Jéhovah aux îles Australes

loveblogging.jpgPour rester en contact avec leur famille, envoyer des nouvelles à leur église d’origine ou aux donateurs qui les soutiennent financièrement ou simplement tenir un journal de leurs activités, les missionnaires se mettent eux aussi au blogging. Sur son site Internet, le réseau missionnaire (évangélique charismatique) Youth With a Mission, présent dans plus de 170 pays, a même mis en place une plateforme de blogs, baptisée YWAM Connect, qui permet d’accéder aux pages personnelles de ses "équipiers". Généralement destinés à un cercle relativement restreint, ces blogs n’en sont pas moins accessibles à tous les internautes et naviguent du même coup à la frontière incertaine entre vie privée et information publique. Ce qui en fait une source d’informations particulièrement intéressante pour les chercheurs, en leur donnant parfois accès à ce que les anthropologues appellent "les secrets de la tribu".

Un exemple : en 2006 et 2007, plusieurs notes publiées sur le blog d’un couple missionnaire des assemblées de Dieu américaines en poste à Tahiti exposaient les vives dissensions qui agitaient alors les dirigeants des assemblées de Dieu polynésiennes, divisés notamment sur le rôle respectif des missionnaires étrangers et des pasteurs locaux. Des enjeux d’autorité et de légitimité, pour reprendre les termes du sociologue Max Weber, qui restent souvent confinés aux réunions internes. En août 2007, le couple a quitté Tahiti pour le Vanuatu, en ayant pris soin auparavant d’effacer les notes en question...
témoins haapiti.jpgToujours en Polynésie, d’autres blogs permettent de suivre depuis quelques mois les tentatives missionnaires des témoins de Jéhovah dans l’archipel des Australes, au Sud de Tahiti. Les premiers témoins de Jéhovah, deux couples américains venus de Los Angeles, sont arrivés à Tahiti en 1958 et une congrégation s’est constituée en 1959 à Papeete. Le renfort de "pionniers spéciaux" venus de France a contribué à partir des années 1960 à l’expansion progressive de ce mouvement : au recensement de 1962, 132 personnes se déclaraient témoins de Jéhovah à Tahiti, 20 personnes à Raiatea (îles Sous-le-Vent). Ils étaient 464 en 1971. Au cours des années 1980, l’église a connu une progression rapide et spectaculaire. Elle représente aujourd’hui autour de 2% de la population polynésienne, soit environ 5200 membres. On la trouve surtout à Tahiti, dans plusieurs îles de la Société ainsi qu’aux îles Australes, en particulier à Rurutu, dans le village d’Avera.


rurutu.jpgC’est dans cette île de 2300 habitants que vivent les bloggeurs : une famille alsacienne arrivée en décembre 2007 pour prêter main forte à l’église locale et une femme polynésienne, Mauivaitu. Pourquoi ont-ils créé des blogs? Pour les missionnaires alsaciens, il s’agit essentiellement d’envoyer photos, vidéos et nouvelles à leur église. Dans sa note de lancement, Mauivaitu explique quant à elle que son but est de "pouvoir communiquer d'avantage avec [sa] petite soeur qui vit maintenant à 18000 km et qui [lui] manque terriblement. Et, dans un deuxième temps, avoir des contacts avec [ses] frères et soeurs spirituels du monde entier".

Entre des photos des enfants et des vidéos de balade autour de l’île, on visite la nouvelle "salle du royaume" construite sur les hauteurs du village, qui comprend aussi un studio abritant la famille alsacienne. Le voisin, qui prête sa machine à laver, est un témoin de Jéhovah, ce qui laisse supposer qu’il est celui qui a fait don du terrain. Les membres de l’église se réunissaient jusque-là dans une petite maison, dans une des rues du village. On peut également se faire une idée de leur nombre. Faute de statistiques officielles, il est souvent difficile d’évaluer précisément le nombre de membres réguliers de ces églises minoritaires. Une photo, prise en septembre 2008, montre environ 60 adultes, majoritairement des femmes, soit 2,6% de la population totale de l’île, un peu plus – entre 4 et 5% - si on y ajoute les enfants. Rurutu est un des bastions du protestantisme historique (l’église protestante ma’ohi), très nettement majoritaire, mais compte aussi de petites communautés adventiste, catholique et mormone.

Mais le document le plus intéressant est incontestablement une note très détaillée publiée en janvier 2008 par Mauivaitu et intitulée "Prédication à Rimatara". Rimatara.jpgRimatara est une petite île (8,6 km2) du même archipel, où vivent un millier de personnes. Là aussi, c’est le protestantisme qui domine, mais le compte rendu que fait Mauivaitu de ses cinq jours de campagne missionnaire sur l’île, du 31 décembre au 4 janvier, mentionne aussi plusieurs Adventistes. Accessible uniquement par bateau jusqu’en 2007, l’île est désormais reliée à Rurutu et Tahiti par les avions d’Air Tahiti, grâce à l’ouverture récente d’un aéroport. Des élèves de Rimatara sont en outre internes au collège de Rurutu. Les témoins de Jéhovah en croisent donc quelques-uns qu’ils ont déjà eu l’occasion d’approcher à Rurutu, de retour sur leur île pour les vacances de fin d’année. Leur méthode consiste essentiellement à faire du porte-à-porte en distribuant des brochures. Mais d’autres éléments d’information permettent de compléter cet aspect le plus connu de leurs activités missionnaires et de mieux cerner l’étape préalable à une implantation officielle  celle où l’église progresse à bas bruit, de maison en maison, d’une famille à l’autre. De cette note, on peut ainsi retenir quatre principaux enseignements:
- Une organisation hiérarchisée. Les témoins de Jéhovah de Rurutu sont rejoints dans l’avion par le "surveillant de circonscription", venu de Tahiti.

- Le jeu des relations personnelles. Les témoins de Jéhovah ne plantent pas un chapiteau sur la place du village mais empruntent plutôt, de façon plus discrète, des réseaux de relations, en retrouvant des personnes avec lesquelles elles ont établi un contact et en élargissant leur cercle d’influence à la famille et aux amis. Les migrations inter-îles jouent ici un rôle essentiel, en particulier ceux qui se sont convertis lors d’un séjour hors de l’île et y introduisent ensuite leurs nouvelles croyances.

- Des "visites téléphoniques". Un week-end passé sur l’île en septembre et des contacts pris à Rurutu ont abouti à la mise en place de "visites téléphoniques", des conversations et des séances d’étude par téléphone. C’est ainsi que Mauivaitu rencontre à plusieurs reprises des personnes qu’elles n’a encore jamais vues, mais avec qui elle s’entretient régulièrement par téléphone, comme cette commerçante: "Nous passons dans la boutique pour faire des achats et je réalise que la mamie qui la tient est aussi une de mes visites téléphoniques".

- "Etudier la Bible". Classés parmi les mouvements sectaires par un rapport parlementaire français de 1996, les témoins de Jéhovah tourdegarde.jpgsont plutôt considérés en Polynésie française comme une des expressions du christianisme. Si beaucoup de Polynésiens dénoncent leur prosélytisme intensif et le dogmatisme dont ils font preuve lors des discussions de porte-à-porte, ils sont aussi nombreux, tout en appartenant à d’autres églises, à accepter d’"étudier la Bible" dans le cadre des leçons à domicile proposées par les témoins de Jéhovah. L’envie d’en savoir plus, d’approfondir ses connaissances sur la Bible leur ouvre ainsi la porte des maisons polynésiennes, même si ces leçons particulières débouchent assez rarement sur des conversions.

Le lundi, l’équipe de Rurutu rencontre par exemple une femme adventiste mariée à un protestant. La forte progression des couples mixtes (du point de vue religieux) en Polynésie française produit de plus en plus souvent des interrogations sur la "vraie religion". Ça tombe bien, les témoins de Jéhovah ont apporté dans leur cartable la leçon 13, "Comment reconnaître la vraie religion" et prennent rendez-vous le jeudi suivant pour une séance d’étude ! Des séances apparemment intensives, qui peuvent durer jusqu’à deux heures, si l’on en croit le compte rendu. La mise en place de ces rendez-vous est d’ailleurs le principal objectif des tournées de porte-à-porte.


blogosphere.jpgVoilà, il ne reste plus qu’à éplucher les milliers d’autres blogs du même style qui, partout dans le monde, remplacent progressivement les lettres missionnaires. Que les historiens se méfient: les informations publiées sur ces blogs sont bien plus volatiles que les recueils de lettres sur lesquels ils ont l’habitude de s’appuyer et peuvent à tout moment disparaître sans laisser de traces.

 

Photos : salle du royaume à Moorea (Malogne-Fer) et vue aérienne de Rimatara (Tahiti Pacifique).

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18 mars 2007

Nouvel album : tour de l'île et aperçu de la diversité religieuse à Moorea

medium_catholiques_haapiti.jpgLors du recensement de 1971 – le dernier prenant en compte les appartenances religieuses – la population de Moorea était à 80% protestante, membre de l’église évangélique de Polynésie française (église protestante ma’ohi depuis 2004). Les catholiques représentaient 13,3% et les autres églises rassemblaient à peine 200 personnes, sur les 5058 habitants que comptait l’île : 120 adventistes, 62 mormons (église de Jésus-Christ des saints des derniers jours) et 13 sanito (église réorganisée de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Pas de témoins de Jéhovah recensés, ni de pentecôtistes, un seul « protestant dissident » et 1,5% de « sans religion ».

Aujourd’hui, Moorea compte près de 15000 habitants (14163 selon le recensement de 2002), presque trois fois plus qu’en 1971. C’est une île touristique, la seconde en termes de fréquentation, derrière Tahiti et devant Bora Bora : 61% des touristes en Polynésie française y passent au moins une nuit, soit environ 120000 visiteurs par an, essentiellement français et nord-américains. C’est aussi une île qui a connu, comme l’ensemble des îles de Polynésie française, une diversification rapide des appartenances religieuses à partir des années 1980. L’album « Moorea, tour de l’île », réalisé avec Gwendoline Malogne-Fer en février 2007, donne un aperçu de cette diversification à travers sa partie la plus visible, la plus immédiatement repérable : les lieux de culte publics qui jalonnent les 60 kilomètres de route entourant l’île.

- Première constatation, la croissance de certains villages où se concentrent à la fois la population et les lieux de culte, comme à Haapiti, sur la côte sud-est, qui compte 3463 habitants au recensement de 2002 (1153 en 1977) et des églises de cinq confessions différentes, ou dans la vallée de Pao Pao, au nord.

medium_EPM_papetoai.jpg - On note aussi la prédominance des temples protestants, les plus nombreux, à quoi il faut ajouter les fare ‘amuira’a, lieux de réunions des sous-groupes paroissiaux (‘amuira’a) organisés selon un découpage territorial : on en compte entre deux et quatre par paroisse – il y a cinq paroisses à Moorea. La particularité du protestantisme à Moorea tient à l’influence, plus forte ici qu’ailleurs, du renouveau théologique et culturel diffusé par la commission d’animation théologique de l’EPM. Ces travaux théologiques mettent l’accent sur le retour à la terre et à la culture ma’ohi, qu’une tradition héritée des premiers missionnaires a selon eux refoulées hors du protestantisme, niant ainsi l’identité profonde (iho tumu) des Polynésiens. Ils se sont traduit concrètement par l’introduction de la célébration de la sainte cène avec des éléments locaux comme le taro, le ‘uru (fruit de l’arbre à pain) ou la noix de coco. D’autres innovations sont directement inspirées de cette réflexion théologique et suscitent moins de réserves : l’introduction dans le temple des instruments de musique, de fleurs ou l’allègement des vêtements portés par les pasteurs et des diacres (paréo, chemises aux motifs polynésiens au lieu de la veste occidentale). Les paroisses les plus engagées dans le renouveau théologique et liturgique sont celles de Moorea*. Mais toutes les paroisses ne partagent pas cet engouement, comme celle de Haapiti où à Papetoai, où cette question a conduit en 1999 à une scission. Une partie des paroissiens de Papetoai (Moorea), qui refusaient que la sainte cène soit célébrée avec de l’eau de coco et le fruit de l’arbre à pain, ont en effet quitté l’église et rejoint un mouvement protestant dissident animé par un pasteur de Raiatea démis par l’église en 1995.

medium_mormons_afareiatu.jpg - Ensuite, à Moorea comme dans beaucoup d’îles, on remarque le nombre et l’aspect récent des temples mormons, plus précisément ceux de l’église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Il existe en effet en Polynésie française – où les missions mormones se sont implantées dès 1844, à Tubuai (îles Australes) puis aux Tuamotu – deux églises mormones. La seconde, église réorganisée de Jésus-Christ des saints des derniers jours, appelée couramment « sanito » (« saint ») et qui se présente aujourd’hui sous le nom de « communauté du Christ », se contente de lieux de culte modestes et privilégie les réunions à domicile. Tandis que la première (6,5% de la population polynésienne environ, contre 3,6% pour les sanito) multiplie les constructions et les rénovations de temples. Le 22 novembre 2005, La Dépêche de Tahiti titrait ainsi en une « Un milliard FCFP [8,4 millions d’euros] investi en 2005, Mormons : toujours plus d’églises ».

medium_temoins_haapiti.jpg - Si les Mormons étaient déjà présents en 1971, deux nouveaux mouvements religieux ont depuis fait leur apparition à Moorea : les témoins de Jéhovah, implantés en Polynésie française depuis la fin des années 1950 et qui ont construit une salle du royaume à Haapiti ; et les pentecôtistes, avec une église des assemblées de Dieu dans la vallée de Paopao. Ces assemblées, apparues officiellement en 1982 à Tahiti, n’ont lancé des campagnes missionnaires à Moorea que sept ans plus tard, en 1989. Entre-temps, des assemblées avaient ouvert aux Iles Sous-le-Vent à Huahine (en 1984) et à Raiatea en 1985. Mais l’organisation de ces campagnes et l’ouverture d’églises dépend moins souvent de la proximité géographique que des réseaux de relations disponibles : en 1989, c’est grâce à l’invitation d’une convertie fréquentant l’assemblée de Tahiti qu’une campagne missionnaire a pu être organisée à Moorea. Les premières conversions ont eu lieu à Maatea, au sud de l’île, où existe encore aujourd’hui une cellule de maison, qui se réunit chaque semaine dans une salle aménagée près de la maison d’un membre de l’église.
- Aux lieux de culte visibles, il faudrait en effet ajouter, pour mesurer plus précisément la diversité religieuse à Moorea, tous les endroits où se réunissent régulièrement des groupes pentecôtistes locaux, au sein des assemblées de Dieu comme à Maatea ou en dehors d’elles : on en compte au moins deux sur l’île, animés par d’anciens pasteurs des assemblées. Au-delà du pentecôtisme, plusieurs mouvements, peu importants, moins institutionnalisés ou plus discrets échappent eux aussi à l’observateur qui ne repère que les lieux de culte publics. C’est sans doute le cas de la foi bahá’í. À l’occasion d’un détour par Temae, au nord-ouest, on aperçoit aussi un bâtiment annonçant une assemblée du « Nouvel Israël » (Iseraela Api). D’autres groupes, que les sociologues classent dans la catégorie des « nouveaux mouvements religieux (NMR) » ou « mystiques-esotériques », sont aussi présents en Polynésie française et vraisemblablement à Moorea : New Age, néo-hindouïsme, etc... sans oublier des groupes surveillés par les pouvoirs publics car considérés comme « sectaires » (Mandarom, scientologie, raëliens notamment).

* G. Malogne-Fer, 2006, « L’émergence d’une théologie de la libération au sein de l’église évangélique de Polynésie française », The Pacific Journal of Theology (Fidji) n°35, pp. 84 à 108.

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