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28 juillet 2006

Les protestants évangéliques et pentecôtistes en Nouvelle-Calédonie : un champ de recherches encore inexploré

Très peu de publications, en sciences sociales, ont jusqu’à présent décrit et analysé la diversification contemporaine du protestantisme en Nouvelle-Calédonie et la progression dans ce pays des courants protestants évangéliques, charismatiques et pentecôtistes. Pourtant, bon nombre d’anthropologues ont inévitablement noté, au cours de terrains consacrés à des aspects plus « traditionnels » ou plus politiques de la société kanak, la conversion de tel informateur à une église récemment apparue dans le village, l’ouverture d’une assemblée de Dieu, des discussions sur le baptême du Saint-Esprit ou le parler en langues…
medium_logo_addnc.jpgDans leur recensement de fin 1999, les assemblées de Dieu (actuellement la plus importante dénomination pentecôtiste dans le monde) recensaient 3500 membres (adultes baptisés) et 56 lieux de culte en Nouvelle-Calédonie, un repère qu’il faudrait pouvoir compléter par des estimations concernant les nombreuses autres dénominations aujourd’hui présentes. Youth  With a Mission, organisation missionnaire de tendance pentecôtiste qui a joué en plusieurs endroits du Pacifique un rôle important dans la diffusion du protestantisme charismatique, est elle aussi bien implantée en Nouvelle-Calédonie avec un centre permanent à Nouméa et des relations nouées surtout avec l’église libre, une dissidence évangélique issue de l’église protestante historique.
Le pasteur Paul Cazalda consacre un chapitre à la Nouvelle-Calédonie dans son livre sur les missions des assemblées de Dieu françaises, Racontez ses merveilles, 40 ans de mission (1997, éditions Viens et Vois). On y apprend que le pentecôtisme s’est implanté en 1955 sous l’impulsion de Paul Augustin Rousseau, né en 1898 sur l’île de Mare et converti au pentecôtisme avant la seconde guerre mondiale, dans le Nord de la France où il fut ensuite pasteur, au sein des assemblées de Dieu de Lens et de Liévin. Revenu à Nouméa en 1955, il est épaulé par plusieurs missionnaires français, qui ouvrent en 1968 la première assemblée (baptisée « Viens et Vois ») dans le quartier Blanchot de Nouméa. Des missionnaires américains s’installent également dans les années 1960. Les assemblées néo-calédoniennes, qui se sont depuis développées en milieu kanak, ont gardé de leurs origines un rigorisme plus grand que celles de Polynésie française par exemple, en adoptant notamment le port du foulard pour les femmes pendant la sainte cène – une pratique longtemps distinctive des assemblées de Dieu du Nord de la France.
Ces assemblées néo-calédoniennes ont joué un rôle important dans l’expansion du pentecôtisme en Océanie via les communautés immigrées venues travailler le plus souvent dans les mines de nickel :
- Des familles polynésiennes s’y sont converties, que l’on retrouve ensuite parmi les fidèles des missionnaires américains à Tahiti à l’origine de l’église de la Bonne Nouvelle (Faa’a).
- Ce sont aussi des immigrés ni-vanuatu qui ont contribué, après avoir été convertis par le pasteur canadien Killingbeck (qui les rejoindra ensuite au Vanuatu, alors Nouvelles-Hébrides), à l’implantation du pentecôtisme dans leurs îles d’origine, en initiant à leur retour des réunions de prière.
- Enfin, un processus similaire a abouti, en 1999, au développement du pentecôtisme sur l’île de Wallis. Le roi de Wallis, hospitalisé à Nouméa, ayant à cette occasion reçu la visite d’un pasteur pentecôtiste recommandé par un membre de sa famille converti, a en effet autorisé l’ouverture d’une assemblée de Dieu. Celle-ci rassemblait en 2002, selon Filihau Asi Talatini (auteur d’un article dans le magazine Tahiti Pacifique), une trentaine de membres et sympathisants, sous la direction d’un couple kanak.
 
(Ci-dessus : le logo des ADD de Nouvelle-Calédonie)

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17 juillet 2006

Le nouveau visage du christianisme océanien : un ouvrage collectif incontournable

medium_ptc.jpgLe vice-président de l’État fidjien a participé le 13 juillet 2006, au Pacific Theological College de Suva, au lancement officiel d’un ouvrage collectif coordonné par Manfred Ernst et intitulé Globalization and the Re-shaping of Christianity in the Pacific Islands, consacré aux évolutions contemporaines du christianisme en Océanie : consolidation des églises mormones et adventistes, déclin des églises protestantes historiques, rapide progression des mouvements évangéliques et pentecôtistes.
En 1994, M. Ernst avait publié une première étude, Winds of Change, un projet financé par la Pacific Conference of Churches qui rassemble les églises historiques d’Océanie, catholiques et protestantes. Les responsables de ces églises souhaitaient alors se donner les moyens de faire face à ces transformations, souvent perçues par eux comme une invasion d’églises et de croyances « étrangères », plus précisément nord-américaines. En dépit d’analyses parfois discutables des « nouveaux groupes religieux » (fondées notamment sur l’idée d’une incompatibilité irréductible entre les cultures chrétiennes locales « communautaires » et des mouvements décrits comme « individualistes »), Winds of Change est rapidement devenu une référence incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au christianisme contemporain en Océanie.
Le livre lancé le 13 juillet dernier, très attendu, constituera certainement une ressource documentaire et analytique encore plus précieuse. Il dresse, près de dix ans plus tard, un nouvel état des lieux, encore une fois grâce au financement de la Pacific Conference of Churches. Depuis, les « nouvelles » églises se sont solidement implantées dans le paysage religieux océanien et il devient chaque jour plus difficile de prétendre qu’elles n’ont « rien à voir » avec les cultures et les sociétés locales. Il faut donc s’attacher à comprendre en quoi elles accompagnent et/ou amplifient les changements sociaux et culturels que connaissent les îles medium_couv-globalisation.jpgocéaniennes, comment elles articulent la prise en compte des spécificités locales avec une « globalisation » religieuse débordant le seul cadre régional. Les responsables des églises historiques ont aujourd’hui compris que ces « nouvelles » églises pallient bon nombre de leurs propres déficiences : modèles d’autorité trop hiérarchiques et gérontocratiques, faible intégration des jeunes aux instances de décision, maintien d’un rigorisme hérité des missionnaires (tenues vestimentaires, musique, place des femmes), discours axé sur l’appartenance héritée à une communauté ethnico-culturelle plutôt que sur les besoins individuels, etc. Et il est sans doute vain d’espérer revenir au « bon vieux temps » où ces églises organisaient à elles seules la vie religieuse et sociale des populations océaniennes, mieux vaudrait réfléchir dès maintenant au principal défi des années à venir : les modalités de gestion du pluralisme religieux. La seconde partie du livre comprend des études détaillées de la situation religieuse dans quatorze pays du Pacifique, dont une consacrée à la Polynésie française, que j’ai écrite en collaboration avec Gwendoline Malogne-Fer. Le livre est en vente sur le site Internet de l'University of South Pacific et devrait être prochainement disponible sur les sites du type amazon.com. Il peut également être commandé en renvoyant un bon de commande.
 
(Photo haut : un des bâtiments du Pacific Theological College)

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