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31 juillet 2010

Jeunesse en Mission : retour en images sur 50 ans de militantisme évangélique (1)

historical_outreach.jpgCette première note inaugure notre "série de l'été": une plongée dans les albums photos de l'organisation évangélique Jeunesse en Mission (JEM, Youth With a Mission ou YWAM en anglais), dans le prolongement de mon dernier livre, L'offensive évangélique. Voyage au coeur des réseaux militants de Jeunesse en Mission (voir note précédente).

Il est assez rare que ce type d'organisation, entièrement tournée vers l'action et peu encline à la nostalgie - ou même à l'archivage - prenne le temps de revenir sur son passé. Pour  marquer la célébration de ses 50 ans (elle a été fondée en 1960 par Loren Cunningham), YWAM a néanmoins mis en ligne sur un site dédié une série de trois diaporamas (pour les voir cliquer ici) tirées d'archives photographiques conservées pour la plupart sur le site de partage smugmug.com. C'est l'occasion de revenir en images sur les premières années d'un des plus grands réseaux missionnaires actuels, qui s'est notamment implanté dans le Pacifique dès les années 1970 (1967 en Nouvelle-Zélande).

A. YWAM et les hippies

van volkswagen.jpgOn retrouve dans les récits des premiers missionnaires de YWAM (les "YWAMers") les mêmes histoires de voyage en vans Volkswagen rafistolés, poussés sur les routes de l'Asie que suivaient à la même époque les Hippies. Pour les jeunes évangéliques des années 1960-70, YWAM marque en effet une rupture générationnelle avec les contraintes des églises "à la papa", une envie de prendre l'air sans être soumis à l'autorité des pasteurs et en échappant aux normes de la société consummériste.

Mais la photo ci-dessous, prise dans les années 1960 au carrefour de Haigth et Ashbury Streets - l'épicentre du mouvement hippie à San Francisco - souligne aussi le profond décalage entre jeunes hyppies et  jeunes évangéliques de YWAM, qui entendent surtout sauver leur génération de la "perdition morale".

YWAM vs hippies 60s.jpg

C'est pour combler ce décalage qu'un des futurs leaders de YWAM, Floyd McClung, se lance en 1970 dans un périple en Land Rover sur le Hippie Trail, la route qui mène vers l'Orient. Les premiers pas sont difficiles, mais YWAM en tirera un principe essentiel, décliné sur tous les registres de la culture jeune McClung 1976.jpgcontemporaine: ce que F. McClung (ci-contre, en 1976) a appelé le "principe spirituel d'identification" et qui consiste à adopter une partie du style de vie et des codes culturels des groupes visés par l'action missionnaire, non pour les éradiquer mais pour les "convertir" en une nouvelle culture, incluant un credo évangélique conservateur. Autrement dit, une libération radicale des modes d'expression et une ouverture aux cultures contemporaines mises au service d'un retour aux "valeurs morales chrétiennes". En 1973 F. McClung s'installe à Amsterdam, autre lieu de rassemblement du mouvement hippie, sur une péniche baptisée "L'arche".

YWAM Amsterdam-péniche.jpg

Dans cette stratégie d'adaptation culturelle, la musique a joué un rôle déterminant, surtout avec l'élaboration à partir de 1974 (premier recueil "J'aime l'éternel" édité par Linda Mc Gowen à Jeunesse en Mission Lausanne) d'un nouveau style de chants, rapidement adopté par les églises protestantes qui s'efforçaient de trouver un ton plus "jeune" pour séduire les nouvelles générations.

musique 78.jpg

B. Premières campagnes missionnaires

La première campagne de YWAM - un "service d'été" - emmène 146 jeunes volontaires aux îles Bahamas en 1964. Il n'y a à l'époque aucune formation préalable (la première école d'évangélisation est lancée en 1969).

Bahamas 1964.jpg

Bahamas 1964-2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'action missionnaire s'appuie essentiellement sur les relations personnelles que les jeunes YWAMers établissent avec les populations des pays visités, au détour des rues ou à l'occasion de spectacles/prédications qui s'efforçent d'attirer l'attention des passants. Des rencontres et des réunions de prière (en particulier autour de la guérison) sont ensuite organisées au domicile des personnes qui se montrent intéressées.

evangelism street.jpgevangelism.jpg
relationnal evangelism.jpg

prière maison Tibet.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès 1972, avec les Jeux olympiques de Munich, les grands événements sportifs fournissent un autre terrain à l'activisme de YWAM, qui peut ainsi toucher des populations originaires de pays où l'action missionnaire est interdite, notamment au-delà du rideau de fer. Ci-dessous, deux photos prises lors des Jeux olympiques de Montreal, en 1976.

JO Montreal 1976.jpgJO MOntreal 1976 -2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours des années 1970, YWAM arpente ainsi tous les continents et implante des centres en Amérique latine, en Afrique, dans le Pacifique. Toutes les cultures et tous les domaines de la vie sociale sont concernés par cette entreprise missionnaire, y compris la politique comme le rappelle la dernière photo ci-dessous , dont la légende indique qu'elle a été prise à l'occasion d'une "réunion de prières pour les femmes, au Pentagone" (women's prayer meeting at the Pentagone).

Afrique 1967.jpgporte-à-porte Japon ?.jpg

 

 

 

 

 

 

pushing the van.jpgevangelism africa.jpgPentagon.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochain épisode: Les premiers pas de Youth With a Mission dans le Pacifique.

16:24 Publié dans JEM - YWAM | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30 mai 2007

Histoire des missions chrétiennes en Océanie (1): Papouasie Nouvelle-Guinée

fa83c72aad1cc2853ef29b2be897b8bb.jpgIl y a deux versants dans l’histoire des missions chrétiennes en Océanie. Le premier, dans l’ordre chronologique comme dans les représentations les plus courantes, ce sont les missionnaires européens, puis nord-américains, néo-zélandais ou australiens qui ont importé dans la région le protestantisme, le catholicisme, les églises nées au 19ème siècle aux Etats-Unis (Mormons, Adventistes) et les mouvements plus récents comme le pentecôtisme ou les témoins de Jéhovah. Le second versant, ce sont les missionnaires océaniens qui, en appui des missions européennes puis au nom d’églises océaniennes devenues autonomes, ont contribué (jusqu’aux années 1980 dans certaines régions), à la diffusion du christianisme dans les îles du Pacifique.
Nous avons présenté ces deux versants, Isabelle Merle et moi, le 22 mars 2007, dans le cadre du séminaire de formation à la recherche dans l’aire océanienne de l’EHESS. Je commence par quelques mots sur le « dernier chapitre » de l’histoire de missions occidentales – qui chevauche en partie l’autre versant, océanien – avant de donner un aperçu de ces missions inter-océaniennes lors d’une prochaine note.


Missions chrétiennes en Papouasie Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon : dernier chapitre d’une histoire missionnaire


Les missions catholiques
Les premiers missionnaires catholiques, des frères maristes, arrivent en 1847 à Woodlark Island et Rooke Island (Sud-Est de la PNG). Mais ils sont victimes de malaria, repartent en 1852. Les Missions étrangères de Milan, qui reprennent le flambeau, doivent elles aussi abandonner à cause des maladies, à quoi s’ajoute en 1852 le meurtre d’un prêtre.
En 1883 et 1884, l’annexion du sud-est de l’île par le gouvernement du Queensland d’Australie au nom de la Grande-Bretagne et du c8f747f2495ffbfd3b6b0affe9a1148b.jpgnord-est du pays par l’Allemagne entraîne l’arrivée de nouveaux missionnaires : des français et des allemands du Sacré-Cœur en Nouvelle-Bretagne et en Papouasie ; la société allemande de la Parole Divine sur la côte nord de Nouvelle-Guinée à partir de 1896. Ce sont des missions qui progressent dans l’ensemble très lentement, qui rencontrent beaucoup difficultés liées aux maladies et aux guerres.
 Le nouvel élan des missions catholiques a lieu au cours des années 1930, avec la découverte de populations importantes dans les Highlands et après la seconde guerre mondiale, quand la reconstruction du pays implique une internationalisation des personnels missionnaires et l’arrivée de nouvelles congrégations.
On a donc les premières missions autour de 1850 mais le catholicisme n’est vraiment installé en Papouasie Nouvelle-Guinée qu’à partir des années 1930. C’est d’ailleurs en 1937 qu’est ordonné le premier prêtre autochtone, Louis Vangeke. Et c’est seulement après la seconde guerre mondiale que l’on commence à former les futurs prêtres sur place, ce qui est toujours un élément-clé de la transition entre mission et église locale. Jusque-là les étudiants allaient se se former en Australie et à Madagascar. En 1963, l’église construit le Holy Spirit Regional Seminary à Boroko (sud-est), qui compte aujourd’hui 170 étudiants.

Les missions luthériennes
L’histoire des missions luthériennes est elle aussi très liée aux annexions et prises de contrôle occidentales : les premiers missionnaires, en 1886, sont des missionnaires allemands, notamment de la société missionnaire du Rhin. Dans un premier temps, 0b6ee0726e4225bb97c498a76c1f486e.jpgtout en travaillant avec les autorités coloniales allemandes, ils sont financés par des églises américaines et australiennes. Dans la région de Madang (côte Est), ils sont rejoints par des missionnaires samoans : il faut ici se rappeler qu’à la fin du 19ème siècle, l’Allemagne occupait l’ouest des Samoa (1899-1914). Après la première guerre mondiale, l’église luthérienne australienne est autorisée à prendre le contrôle des missions de Papouasie Nouvelle-Guinée, avec le soutien à partir des années 1920 de missionnaires américains. Dès les années 1920, les luthériens lancent des missions dans les Highlands, région où la première station est installée en 1931, en concurrence directe avec les catholiques. Enfin, des églises locales sont créées: en 1956, dans la région de Enga que les missionnaires – américains – quittent en 1978 (l’église est alors baptisée ‘Gutnius Lutheran Church – PNG); et en 1961, l’église évangélique luthérienne de Nouvelle-Guinée. En 1976, la New Guinea Lutheran Mission est dissoute et les missionnaires européens s’en vont.

Les missions LMS et méthodistes
Avec les missionnaires de la London Missionary Society (LMS) et des églises méthodistes, on se situe déjà – beaucoup plus rapidement que pour les missions catholiques et luthériennes – à mi-chemin entre la continuité des missions européennes et la prise en charge de l’action missionnaire par les Océaniens eux-mêmes.
Les églises unies (United Church) de Papouasie Nouvelle-Guinée et des îles Salomon sont issues de cette histoire, et de la fusion entre la LMS et l’Australian Methodist Mission.
  - La mission australienne débute dans les années 1870, avec des missionnaires australiens, fidjiens et samoans, elle s’implante notamment en Nouvelle-Bretagne et Nouvelle-Irlande.
36d9c33fe6a92478825ed9b12e10f491.jpg - À partir de 1871, la LMS envoie des Océaniens en mission en Papouasie Nouvelle-Guinée, les premiers installés sur les côtes papoues viennent des îles Loyauté, mais rapidement ce sont les Polynésiens qui sont les plus nombreux. La mission est conduite par un missionnaire des îles Cook, Ruatoka.
Ces deux missions, majoritairement polynésiennes, ont donné naissance à des églises locales organisées de façon décentralisée (ce qu’on appelle le modèle congrégationaliste) et ont très tôt formé des évangélistes locaux.
- Après la seconde guerre mondiale, les synodes régionaux des îles de Nouvelle-Guinée et des îles papous décident d’envoyer des missionnaires dans les Highlands, on a donc des missionnaires polynésiens et des missionnaires locaux associés pour évangéliser les régions les plus isolées de Papouasie Nouvelle-Guinée. Enfin, en 1968, la United Church of Papua New-Guinea and Solomon Islands est créée à partir de la réunion des églises méthodistes des îles de Nouvelle-Guinée, des îles papous, des Highlands et de la Papua Ekalesia issue de la LMS, ainsi que deux églises de langue anglaise de Port Moresby. Et en 1996, l’église des îles Salomon devient indépendante. Les derniers missionnaires polynésiens quittent la région au cours des années 1980, à la demande des églises locales.
 
 
 
* Illustration en-tête : Teruwai Kepo (Papouasie Nouvelle-Guinée), not titled [church buildings] c.1975, collection of the National Gallery of Australia.
(source: www.nga.gov.au/Imagining/ details/143588.cfm).

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18 octobre 2006

Du ghetto au réseau : compte rendu de lecture en ligne

medium_ghetto-reseau.jpg

Le compte rendu du livre de Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, le protestantisme évangélique en France 1800-2005, que j'ai publié dans le numéro 134 des Archives des sciences sociales des religions est désormais accessible en ligne. Vous pouvez le lire en cliquant ici ou dans la colonne de gauche (Comptes rendus de lecture).

Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire et à la progression actuelle de ce(s) courant(s) protestant(s), trouveront dans ce livre des repères essentiels et une réflexion tout à fait nécessaire sur le modèle d'organisation religieuse dont sont porteurs les églises, associations et fédérations évangéliques, entre dispersion et mise en réseaux.

13:15 Publié dans Actualités scientifiques | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook