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08 avril 2014

"Mission : Trocadéro", un documentaire sur Jeunesse en Mission

076-missiontrocadero.jpgDans un livre publié en 2010, intitulé L'offensive évangélique, voyage au coeur des réseaux militants de Jeunesse en Mission, je présentais les principaux résultats de mes recherches sur l'un des plus influents réseaux missionnaires évangéliques (un aperçu de ce livre est disponible sur Google Livres). J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'histoire et les activités de ce réseau dans plusieurs notes de ce blog.

Un film documentaire d'une trentaine de minutes que j'ai réalisé cette année avec Gwendoline Malogne-Fer vient aujourd'hui compléter ce travail : "Mission : Trocadéro" permet de se faire une idée plus précise des modes d'action de ce type de réseau missionnaire de jeunesse. Les images ont été tournées en juillet 2012, pendant le "service d'été Paris je t'aime" que JEM organise chaque année, sur l'esplanade du Trocadéro. A travers des extraits de spectacle, complétés par des entretiens avec les participants, on aperçoit les dispositifs et les logiques de l'action missionnaire made in Jeunesse en Mission :

- La mission comme dépaysement et occasion d'échanges interculturels (le service d'été mobilise une centaine de jeunes venus des États-Unis, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie, rejoints par des jeunes des églises de la région parisienne) ;
- La mise en scène d'un christianisme "jeune" et "cool", qui reprend les codes de la culture jeune contemporaine (selon le "principe spirituel d'identification" théorisé par un des premiers leaders de JEM, Floyd McClung, que j'évoquais dans cette note d'août 2010) ;
- Le rôle-clé du système de formation (les "écoles de formation des disciples") ;
- La manière d'entrer en contact avec les passants pour les convaincre qu'il n'y a finalement "qu'un seul chemin", celui de la conversion évangélique.

Le film a été monté par Arghyro Paouri, de la cellule audiovisuelle du Centre Edgar Morin, et il peut être vu sur la page de ce centre (en cliquant ici) ou ci-dessous. Mais le mieux est d'aller directement sur la page du site où il est archivé (cliquer ici, puis sélectionner le format de lecture Flash, sous l'écran de lecture, la résolution de l'image sera meilleure).

La réalisation de ce film s’inscrit dans le cadre d’un programme de recherche sur le protestantisme à Paris (appel à projets Paris 2030, Mairie de Paris, 2012-2014), qui portait notamment sur les mobilisations protestantes dans l’espace public.

 

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30 décembre 2013

Protestantisme et diversité : un colloque et un livre collectif

diversité,protestantisme,religion,christianisme,paris,évangéliques,océanie,nouvelle-zélande,polynésie,émotionsPeu de choses ont été publiées cette année sur ce blog. La principale raison, c'est que j'ai consacré l'essentiel de mon temps, depuis mars 2012, à un programme de recherche sur le protestantisme parisien mis en place avec le soutien financier de la mairie de Paris, dans le cadre des appels à projets "Paris 2030". Nous avons, Gwendoline Malogne-Fer et moi, réalisé une série d'enquêtes de terrain dans les milieux protestants réformés et évangéliques, en nous intéressant en particulier à la manière dont les protestants se représentent et gèrent "la diversité", c'est-à-dire les différences culturelles mais aussi théologiques, sociales ou générationnelles.

Ce type de programme repose sur un travail d'équipe, et nous avons cherché à constituer un réseau rassemblant les chercheurs qui travaillent sur les protestantismes parisiens, ainsi que des collègues européens susceptibles d'apporter des éléments de comparaison. Tout cela donnera lieu, les 15 et 16 janvier 2014 à Paris, à un colloque international de deux jours sur le thème "Diversité et recompositions du protestantisme à Paris", dont le programme détaillé est disponible ici (le programme court est en ligne sur le site Calenda, en cliquant ici).

Voici quelques lignes de présentation :

Ce colloque a pour objectif de réfléchir aux recompositions contemporaines du protestantisme à Paris et en proche banlieue, dans un contexte urbain marqué par d’importantes mobilités (géographiques et religieuses), des contraintes spécifiques (cherté et pénurie de locaux) et une forte dimension symbolique, qui nourrit des revendications de visibilité dans l’espace public. Paris constitue ainsi un terrain d’observation privilégié des nouveaux enjeux posés à la laïcité française, en termes de gestion des diversités et de régulation des manifestations religieuses dans l’espace urbain. La démarche retenue est pluridisciplinaire, associant historiens, juristes, politistes, anthropologues et sociologues et combinant des approches quantitatives et qualitatives.
Comme le programme de recherche dont il est issu, financé par la Mairie de Paris dans le cadre des appels à projets « Paris 2030 », ce colloque proposera des analyses croisées des mutations du paysage protestant parisien, à travers trois axes thématiques : la diversité culturelle au sein des églises protestantes parisiennes, le protestantisme comme facteur d’intégration et d’affirmations identitaires, les réseaux missionnaires et les stratégies d’évangélisation. Enfin, une approche comparative du protestantisme à Londres, Genève et Bruxelles permettra de s’interroger sur les spécificités parisiennes.

diversité,protestantisme,religion,christianisme,paris,évangéliques,océanie,nouvelle-zélande,polynésie,émotionsCes recherches sur le protestantisme parisien prolongent les réflexions engagées en octobre 2011, à l'occasion d'une  journée d'études sur le protestantisme évangélique et la diversité culturelle, qui s'était tenue à Toulouse (pour retrouver la note de blog de l'époque, cliquer ici). Un livre collectif issu de cette journée d'études paraîtra au cours de la première semaine de janvier : Y. Fer et G. Malogne-Fer (eds.), Le protestantisme évangélique à l'épreuve des cultures (L'Harmattan, coll. Anthropologie critique). Il comprend les contributions suivantes :

Gwendoline Malogne-Fer. Introduction: Le protestantisme évangélique à l’épreuve des cultures.
Bernard Boutter (dont le blog est ici). Les églises évangéliques charismatiques issues des migrations africaines face au protestantisme local dans deux métropoles régionales de l’Ouest de la France (Nantes et Rennes).
Julie Picard (qui a aussi un blog). Du repli identitaire à l’ouverture copte : migrants subsahariens chrétiens et protestantismes évangéliques en Egypte.
Matthew Wood et John Eade. La construction des religions publiques : ethnicité, Etat-Nation et méthodisme britannique. 
Valérie Aubourg. Les églises évangéliques charismatiques à l’Île de La Réunion : une expression créole de la foi pentecôtiste. 
Géraldine Mossière (son site). Réseaux pentecôtistes, activités d’évangélisation et émotions partagées parmi les Congolais établis à Montréal: "un cosmopolitisme de charisme ?" 
Bernard Coyault. Du nomadisme ecclésial dans la diaspora congolaise en France : entre pragmatisme religieux et subversion des identités assignées.

Et en 2014... Plusieurs publications sont annoncées, , en français et anglais, ce qui me donnera l'occasion de reparler du christianisme en Océanie et de la sociologie des émotions en religion (sujet dont j'ai déjà dit quelques mots ici). Pour commencer, deux textes sur le protestantisme en Nouvelle-Zélande:

  • "Des ‘marches pour Jésus’ à l’Anti-Smacking Referendum (1972-2009) Histoire d’une offensive évangélique en Nouvelle-Zélande", dans un livre édité par  N. Caron et G. Marche, Du profane dans le sacré, à paraître aux Presses universitaires de Rennes.
  • Et avec G. Malogne-Fer, un texte sur les Pacific Peoples (migrants originaires des îles de Polynésie),  "Protestantism among the Pacific Peoples in New Zealand: Mobility, cultural identifications and generational shifts",  dans un livre édité par E. Hermann, W. Kempf et T. Van Meijl, Movement, Place-Making and Multiple Identifications in Oceania, Oxford-New York, Berghahn.

Ensuite, deux articles de sociologie ou anthropologie du pentecôtisme. Le premier sur la prière et le second sur les effets de la diffusion des mouvements charismatiques en Polynésie :

  • "The Pentecostal prayer: 'Personal' communication and 'invisible' institutional work", dans un livre édité par L. Woodhead et G. Giordan, A Sociology of Prayer, Londres, Ashgate.
  • "Charismatic Globalization, Morality and Politics in Polynesian Protestantism", dans un livre édité par S. Coleman et R. Hackett, The Anthropology of Global Pentecostalism and Evangelicalism, New York, New York University Press.

Enfin, deux textes sur les émotions en religion :

  • "L’expérience émotionnelle en pentecôtisme : Dispositifs institutionnels et communication 'spontanée', dans L’émotion, de l’espace privé à l’espace public (19ème-21ème siècles), édité par A-C. Ambroise-Rendu, A-E. Demartini, H. Eck et N. Edelman.
  • "Religion et émotion", dans le livre édité par F. Fernandez, S. Lézé et H. Marche, Sociologie des émotions, Paris, éditions des archives contemporaines.

A bientôt, et bonne année 2014 !

 

 

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24 mai 2011

Marches pour Jésus: des évangéliques à la conquête des villes

mpf paris 08.JPGLe coup d'envoi de la saison 2011 des "Marches pour Jésus" a été donné il y a quelques jours, le 21 mai, avec pour la première fois une "marche transfontalière" associant des évangéliques français et allemands, entre Strasbourg et la ville allemande de Kehl. Une autre marche a eu lieu dès le 7 mai à Alès - au coeur des Cévennes, terre historique du protestantisme. Et il y en aura d'autres tout au long du mois de juin: le mouvement des Marches pour Jésus, lancé en 1987 à Londres par des réseaux évangéliques charismatiques qui voulaient alors "reconquérir les villes pour Dieu", implanté à Paris dès 1991, est aujourd'hui présent dans plusieurs grandes villes françaises: Si la marche parisienne de cette année, initialement annoncée pour le 28 mai,  a quant à elle été annulée (pour des raisons qui restent à éclaircir), des défilés sont prévus le 11 juin à Lille, le 18 juin à Bordeaux et Nantes.

message cardiaque.JPGPour les passants qui découvrent au détour d'une rue des centaines de manifestants défilant autour de camions sono en chantant "Jésus, tu es roi", il est assez difficile de saisir le sens exact de ces "Marches pour Jésus", qui rappellent - mais de très loin - les classiques processions catholiques et sont parfois interprétées simplement par les médias français comme une sorte de "marche des fiertés" évangélique: l'occasion pour les protestants évangéliques de sortir, une fois par an, des murs de leurs églises et de gagner en visibilité publique.

IMG_1462.JPGEvangéliques et charismatiques. Si les participants et les organisateurs se présentent avant tout comme "chrétiens", les initiateurs du mouvement et la plupart des églises ou réseaux partenaires de ces événements appartiennent au protestantisme évangélique et charismatique, qui met l'accent sur le militantisme missionnaire et l'action du Saint-Esprit (charisma: les "dons du Saint-Esprit"). Ce qui n'interdit pas que quelques catholiques rejoignent les cortèges ou que localement, la manifestation puisse parfois être portée par des églises évangéliques non-charismatiques, comme on le voit aujourd'hui à Nantes.

"Une désintégration morale". Mais l'apparition de ces marches, à la fin des années 1980 à Londres, est étroitement liée à l'histoire récente du protestantisme charismatique. Concentrés à l'origine sur le salut personnel (il faut sauver des "âmes") et convaincus que tout changement social ne peut venir que de la conversion d'individus toujours plus nombreux, ces protestants (ou en tout cas, une part croissante d'entre eux) se sont en effet engagés depuis une trentaine d'années dans un combat d'une autre nature, qui les amènent à investirIMG_2975.JPG l'espace public et les conduit à de nouvelles formes de militantisme social et politique. Face à ce qu'ils perçoivent comme une "déchristianisation" des sociétés occidentales, face à la libéralisation des moeurs acquise au cours des années 1960-70, les évangéliques charismatiques se sentent devenir des chrétiens minoritaires, "anti-conformistes" parce qu'ils revendiquent un ensemble de valeurs morales traditionnelles que la culture dominante est en train de délaisser. Ils veulent faire "revenir vers Dieu" des nations dont l'histoire a longtemps été dominée par le christianisme, mais comment faire?

Militantisme tout terrain. Un nouveau type d'organisations missionnaires, apparu aux Etats-Unis entre la fin de la Seconde guerre mondiale et le début des années 1960, visait précisément à répondre à cette question. Pour séduire les nouvelles générations de l'après-guerre, ces organisations se sont émancipées des obligations classiques de la vie d'église et ont prôné une plus grande liberté d'expression: en adoptant le rock 'n roll, le sport et un ensemble de traits de la culture jeune kiffe Jésus.JPGcomme outils missionnaires, des réseaux de jeunesse issus à l'origine du fondamentalisme, comme Youth for Christ (Jeunesse pour Christ en français), ou du principal courant charismatique - le pentecôtisme, né au début du 20ème siècle - comme Youth With a Mission (Jeunesse en Mission) se sont lancés dans une offensive missionnaire tous azimuts. La mission ne se joue plus seulement dans des réunions d'église où l'on invite ses amis mais dans tous les domaines, ou presque, de la vie sociale et jusque sur le terrain politique. Ce sont les fameux sept domaines (ou sept "sphères") énumérées en 1989 par Loren Cunningham, le fondateur de Jeunesse en Mission, et considérées comme les clés pour "l'évangélisation des nations": éducation; médias; arts et divertissements; politique; commerce, sciences et technologies; églises.

Combat spirituel: le retour du territoire. Les préoccupations des évangéliques charismatiques city for god.jpgoccidentaux et la stratégie de ces organisations missionnaires rejoignent, au tournant des années 1990, les analyses des théologiens du combat spirituel, dont le plus connu est Peter C. Wagner. Les grandes villes, en croissance continue, leur apparaissent comme des bastions imprenables: des villes qui ne sont pas seulement "sans Dieu, mais contre Dieu" selon l'expression du Néo-Zélandais Tom Marshall, proche de Jeunesse en Mission. Ces théologiens puisent dans leur expérience de la mission en Amérique latine ou en Afrique (et dans la littérature anthropologique) les bases d'une grille de lecture "spirituelle" fondée sur la croyance en des esprits des lieux, esprits tutélaires qui tiennent entre leurs mains des territoires et par là, le destin des invidivus qui y vivent. Pour "gagner les nations à Dieu", il ne suffit plus de convaincre des individus, il faut conquérir des territoires et investir les lieux stratégiques, les institutions-clés. La "cartographie spirituelle" (Spiritual Mapping) doit permettre de repérer ces lieux et de cerner la "personnalité spirituelle" des villes ou des nations, avant d'engager le combat. A mesure que cette théologie du combat spirituel gagne en influence au sein du protestantisme mondial, un glissement s'opère ainsi de l'individu au territoire, du religieux au politique. Avec une ambiguïté fondamentale: s'agit-il de convertir des individus libres de leurs choix ou de militer pour l'imposition des valeurs chrétiennes à toute une nation?

marches pour jésus,paris,nantes,bordeaux,évangéliques,charismatiques,pentecôtisme,christianisme,protestantisme,sociologie,ville,spiritual mapping,combat spirituel,militantisme,jeunesse en missionC'est dans ce contexte que le mouvement des "Marches pour Jésus" a vu le jour en 1987 à Londres, l'investissement de l'espace public, le temps d'une marche, symbolisant la reconquête du territoire urbain et l'engagement d'un "combat spirituel" à l'échelle des villes et des nations. Le mouvement est né à l'initiative du responsable londonien de Jeunesse en Mission, Lynn Green, du chanteur évangélique (et ancien responsable au sein de Jeunesse pour Christ) Graham Kendrick et de deux leaders de réseaux d'églises charismatiques, Roger Foster et Gerald Coates. Il est aujourd'hui devenu un mouvement international présent dans près de 200 pays. Et il se décline selon les villes en versions "light" (comme à Nantes, par exemple) sionisme chrétien.JPGou en version charismatique plus radicale, comme à Paris où les drapeaux israëliens et les shofars (trompettes qui, dans la Bible, entraînèrent la chute des murailles de Jéricho, vue comme le symbole d'une ville conquise "pour Dieu") signalent notamment l'influence du sionisme chrétien, courant proche de la droite évangélique nord-américaine.

 

Pour aller plus loin: Y. Fer, L'offensive évangélique, voyage au coeur des réseaux militants de Jeunesse en Mission ; G. C. Ediger, "The Proto-Genesis of the March for Jesus Movement, 1970-87", Journal of Pentecostal Theology vol. 12 n°2, 2004, p. 247-275 ; Ph. Gonzalez, "Lutter contre l'emprise démoniaque. Les politiques du combat spirituel évangélique", Terrain n°50, 2008, p. 44-61.

 Illustrations: Marche pour Jésus Paris 2007 et 2008, Nantes 2010 (photos Y. Fer & G. Malogne-Fer).

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