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Yannick Fer - Page 14

  • Elections à Tonga: la dernière marche vers un gouvernement démocratique

    palace royal tonga.jpgAvec les élections de jeudi dernier, 25 novembre 2010, les Tongiens ont  franchi une nouvelle étape dans le processus de démocratisation ouvert après la mort du roi Tupou IV (en septembre 2006) et l’accession au trône de son fils aîné George Tupou V, officiellement couronné en août 2008 (en photos ici).

    Pour la première fois, 17 des 26 membres du Parlement étaient élus par les citoyens tongiens, les 9 sièges restants étant conservés par les représentants de la noblesse tongienne, qui dominaient jusque-là l'assemblée. pohiva.jpg10 de ces 17 sièges étaient à pourvoir sur l'île principale de Tongatapu, qui concentre 70% de la population et constitue le bastion électoral du Friendly Islands Democratic Party, le parti pro-démocratie conduit par Akilisi Pohiva (ci-contre).

    Avant le vote, certains commentateurs doutaient encore que celui-ci  remporte un nombre de sièges suffisant pour constituer une majorité de gouvernement. Les derniers sondages laissaient en effet envisager la possibilité d'un maintien au pouvoir de la noblesse, avec l'appui de cinq des représentants élus par le peuple. Mais les résultats sont sans appel: le parti démocratique remporte 13 des 17 sièges et peut compter sur le soutien d'au moins 2 des 4 parlementaires indépendants. Akilisi Pohiva, leader historique du mouvement démocratique fondé dans les années 1970, a donc toutes les chances de devenir le nouveau premier ministre de Tonga. Une perspective qui n'a plus l'air d'effrayer les 33 grandes familles de la noblesse tongienne.

    cab london.jpgSelon le roi Tupou V, qui a renoncé à la plupart de ses prérogatives politiques, "tout cela ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas reçu "une éducation européenne libérale": ancien élève de l'école militaire royale de Sandhurst (où sont formés les officiers britanniques), le roi est aussi titulaire d'un diplôme d'Oxford. Les leaders du mouvement démocratique et les Tongiens militant pour la démocratie n'avaient pourtant pas eu besoin de passer par les universités britanniques pour se convaincre des bienfaits de la démocratie. L'élévation du niveau d'éducation, la circulation des idées et l'expérience des Tongiens de la diaspora - installés aux Etats-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande (qui n'ont pas le droit de vote à Tonga) -,  uncle sam-vote.jpgnotamment, ont fortement contribué à renforcer la revendication démocratique. Et l'opposition trop simpliste entre d'un côté la tradition, la culture tongiennes,  et de l'autre la démocratie vue comme une idéologie d'importation, ne rend pas compte de l'évolution contemporaine de la société tongienne.

    Cette déclaration du roi Tupou V souligne d'abord l'anglophilie de la famille royale tongienne, qui a toujours regardé la monarchie britannique comme un modèle: une anglophilie que Tupou V cultive au point de circuler à Tonga en taxi londonien ! Elle rejoint également la forte valorisation de l'éducation et des diplômes dans la société tongienne, compris comme un moyen de progression, d'élévation personnelle. 

    George Tupou V RFO.jpgBeaucoup de Tongiens restent attachés à l'institution monarchique, symbole de continuité culturelle et d'indépendance politique. La monarchie tongienne est issue de l'unification d'un ensemble de chefferies, réalisée au cours du 19ème siècle par le roi George Tupou I avec l'appui des missionnaires méthodistes britanniques . Héritiers de cette histoire missionnaires des leaders de l'église méthodiste (officiellement associée au système monarchique), la Free Wesleyan Church of Tonga, avaient pourtant participé à la fin des années 1970 à la fondation du Human Rights & Democracy Movement In Tonga, en particulier le Dr. Sione ‘Amanaki Havea, ancien président de lfree wesleyan church.jpga Free Wesleyan Church, ancien directeur du Pacific Theological College et théologien très influent dans le Pacifique. Akilisi Pohiva est lui-même un "lay preacher", prédicateur laïc de cette église qui rassemble aujourd'hui environ un tiers de la population tongienne. Au cours des années 2000 et jusqu'au couronnement du nouveau roi, les dirigeants de la Free Wesleyan Church avaient adopté une position plus conservatrice de défense de la monarchie au nom de l'identité tongienne.

    Les réformes démocratiques initiées par le roi lui-même, qui maintiennent à la fois la monarchie et la représentation des nobles au sein du Parlement, apparaissent finalement comme une réponse acceptable à ceux qui, comme le Rev. Tevita Mohenoa Puloka (représentant de la Free Wesleyan Church of Tonga au sein de la conférence de l'église méthodiste néo-zélandaise), estimaient qu' "une démocratie à l'américaine ne fonctionnerait pas à Tonga. Il y aura une démocratie à Tonga, mais ce sera une démocratie à la manière tongienne" (Touchstone, mai 2007).

    Le nouveau gouvernement va maintenant devoir concentrer ses efforts sur le redressement économique du pays. Dans cette tâche difficile, il retrouvera vite sur son chemin la famille royale, dont le poids royal tongan airline.jpgéconomique est considérable. Sous le règne de Tupou IV, les compagnies aux mains du roi possèdaient le monopole de la production d’électricité et des positions dominantes dans les télécommunications, le transport aérien ou la brasserie « royale ». Et Tupou V est lui-même un homme d'affaires multi-millionnaire.

    A lire (en anglais) : l'entretien accordé par Akilisi Pohiva au New Zealand Herald (29 nov. 2010).

     

    Illustrations: Le palace royal, à Tongatapu ; taxi londonien devant Buckingham Palace (flickr) ; médaille du  King George V Royal Family Order (royalark.net) ; Free Wesleyan Church à 'Ohonua, 'Eua (Ian Stehbens) ; Royal Tongan Airlines.

     

  • Un peu de lecture: Hors série Sciences Humaines "histoire des religions"

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    La revue Sciences Humaines publie ces jours-ci un hors série qui explore l'histoire des religions au travers d'une trentaine de dates repères, depuis -40 000 (et les "premières traces d'activités religieuses", par l'archéologue Paul G. Bahn) jusqu'en 2008... en passant par la naissance du judaïsme, Confucius, les Gaulois, Bouddha, Clovis, le concile de Trente, la séparation de l'église et de l'Etat en 1905, le dalaï-lama ou encore les Beattles s'essayant en 1968 à la méditation transcendentale (article signé par une des "Friends on the blog", la sociologue Véronique Atlglas) !

    En ce qui me concerne, j'y publie un texte sur le pentecôtisme (et en encadré, Jeunesse en Mission), associé à la date symbolique de 1901. Cette année-là, dans une des écoles bibliques nées dans le sillage du "Holiness Movement", aux Etats-Unis, une jeune fille faisait en effet l'expérience du "parler en langues" ou "baptême du Saint-Esprit", qui devait devenir la marque distinctive du pentecôtisme et, plus largement, du christianisme charismatique contemporain.

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    honq xiuquan.jpgA noter également dans ce numéro, pour ceux qui s'intéressent au christianisme des Hakkas (j'en parlais sur ce blog en 2006), un article de mon collègue Vincent Goossaert, spécialiste de l'histoire des religions en Chine. Il y évoque le parcours de Honq Xiuquan (ci-contre), leader hakka de la révolte des Taipings (1851-1864), qui prêchait "une théologie hautement composite" et se voyait en "petit frère du Christ, revenu sur Terre pour y établir le royaume de Dieu et anéantir le royaume 'impie' des Qing", qui règnait alors sur la Chine.

    Le sommaire complet et quelques articles en version intégrale sont disponibles sur le site Internet de Sciences Humaines, en cliquant ici. Bonne lecture !

  • Jeunesse en Mission, 50 ans en images (3): portraits de militants évangéliques

    D&C Boyd.jpgPour terminer notre série d'été "50 ans en images" consacrée à Jeunesse en Mission (voir ma note du 15 mai), voici un aperçu de l'histoire de ce réseau missionnaire évangélique en huit points, huit portraits de "Jémiens" - YWAMers en version anglaise - tirés des archives photographiques mises en ligne à l'occasion du 50ème anniversaire de JEM.

    1. Loren Cunningham et le pentecôtisme classique

    cunningham1974.jpgJeunesse en Mission (Youth With a Mission, YWAM) a été fondée en 1960 par Loren Cunningham, que l'on voit ici sur une photo prise en 1974 et ci-dessous, avec son épouse Darlène (en 1988) devant l'inévitable mappemonde, qui rappelle l'expansion mondiale de YWAM.

    D&L cunningham 1988.jpg

    L. Cunningham avait 26 ans lorsqu'il a créé YWAM. Il était alors pasteur des assemblées de Dieu, responsable des activités de jeunesse du district de Los Angeles. Fils de pasteur (ses parents étaient pasteurs de cette même église) et petit-fils de prédicateur (au début du 20ème siècle, Grand-Père Cunningham prêchait déjà le "réveil" dans le Sud-Ouest américain), il a épousé en 1963 Darlène Scratch, elle même issue... d'une famille de pasteurs et missionnaires des assemblées de Dieu. En 1960, sans renier les valeurs de cette tradition familiale - un pentecôtisme classique, plutôt conservateur et majoritairement blanc - L. Cunningham cherche à renouveler les méthodes missionnaires et les modes d'expression du credo pentecôtiste pour séduire les nouvelles générations d'après-guerre.

    2. Floyd McClung, des Hippies au "Red District" d'Amsterdam

    McCLung2.jpgFils d'un pasteur de Long Beach, en Californie, Floyd McClung découvre en 1967 le mouvement hippie à San Francisco (voir note précédente) et ressent alors un "appel" pour ces "âmes perdues", qu'il suit jusqu'en Afghanistan. Son programme missionnaire, baptisé Dilaram, essaime ensuite en Asie et en Afrique du nord (Maroc). Mais en 1973, F. McClung s'installe à Amsterdam, où il poursuit son action missionnaire auprès des Hippies puis dans le quartier de la prostitution, le Red District. Il tire de cette expérience la conviction, également présente dans le mouvement des "marches pour Jésus" et la théologie du "combat spirituel", qu'une des priorités stratégiques doit être d'engager la "libération spirituelle" des territoires urbains, dominés par de "mauvais esprits".

    3. Lynn Green et les Marches pour Jésus: à la "reconquête" des villes

    Lynn Green 1976.jpgLynn Green est aujourd'hui "International Chairman" de YWAM, ce qui peut se traduire par "président du conseil de direction international": la "Team 3" où siègent également John Dawson (président international, voir plus bas) et Ian Muir, directeur international.

    En 1982, il est responsable de YWAM à Londres lorsque le réseau missionnaire organise une première marche dans le quartier de Earls Court, à l'ouest de la capitale britannique. Une seconde marche a lieu quatre ans plus tard à Soho, cette fois à l'initiative du réseau d'églises Ichtus Christian Fellowship. Ces marches expriment la volonté des milieux évangéliques et charismatiques de s'opposer publiquement à la libéralisation des moeurs et à ce qu'ils perçoivent comme une "déchristianisation" des sociétés occidentales. Ils veulent "reconquérir" les villes - puisque c'est là que le changement des moeurs semble le plus affirmé. En 1987, YWAM Londres, le réseau Ichtus, le réseau Pioneer et le chanteur évangélique Graham Kendrick organisent une "marche pour la ville" qui rassemble 15000 personnes. L'année suivante, la manifestation prend le nom de "Marche pour Jésus". Elle s'étend à d'autres villes britanniques, puis en Europe et dans toutes les régions du monde: le mouvement Global March for Jesus est devenu international. (Ci-dessous, "marche pour Jésus" à Hawaii, en 1998).

    march Jesus Kona.jpg

    4. George Otis Jr, hérault du "combat spirituel"

    Otis Jr.jpgGeorge Otis Jr (ci-contre en 1976), dont j'avais déjà parlé dans une note de mars 2008, dirige la société Sentinel Group, qui s'est spécialisée dans la diffusion de reportages vidéo illustrant l'efficacité supposée des combats de "libération spirituelle" de différentes villes sur tous les continents, notamment à travers la série Transformations. Aux côtés de John Dawson et de Peter C. Wagner - principal théoricien de cette théologie charismatique "troisième vague" -, il a beaucoup contribué à la diffusion du "Spiritual Warfare" (combat spirituel) et du "Spiritual Mapping" (cartographie spirituelle), dont YWAM est un des relais dans les milieux évangéliques.

    5. Don Stephens et les Mercy Ships

    Stephens 70s.jpgOfficiellement, la flotille de bateaux humanitaires et missionnaires des Mercy Ships est une organisation indépendante de YWAM depuis 2003. Dans les faits, ce sont bien les YWAMers qui forment l'essentiel des équipages, dans le cadre de voyages d'initiation à l'action missionnaire ou après une formation médicale plus poussée sur l'un des campus de l'université de YWAM (Université des nations). L'organisation Mercy Ships compte aujourd'hui trois navires, dont l'imposant Africa Mercy (152 mètres de long).

    Don Stephens est à l'origine de ce projet, élaboré au cours des années 1970. En 1973, YWAM croyait avoir trouvé son premier bateau: le Maori (ci-dessous), un ancien  bateau de liaison entre les îles néo-zélandaises qui a mobilisé toutes les énergies pendant près d'un an, en vain. Le projet ne s'est finalement concrétisé qu'en 1978 avec l'achat de l'Anastasis, qui pour son premier voyage en 1983 a mis le cap sur la Nouvelle-Zélande.

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    6. Daniel Schaerer et Jeunesse en Mission France

    Schaerer 1974.jpgFils d'un pasteur de l'église réformée, Daniel Schaerer (photographié ci-contre en 1974) rejoint Jeunesse en Mission en 1972 à Lausanne. Six ans plus tard, il emmène une petite troupe d'une trentaine de jeunes francophones en terres protestantes françaises et contribue à l'implantation durable de JEM dans un pays qui paraissait jusque-là particulièrement hostile à ce genre de visée missionnaire. Il devient le premier directeur national de JEM France. Sa filiation avec le protestantisme historique a grandement facilité l'intégration de JEM, qui installe son premier centre à l'est de Paris au Gault-la-forêt, dans un ancien orphelinat protestant, et adhère rapidement à la fédération protestante de France. A partir de 1978, c'est autour de l'église réformée de Belleville que Jeunesse en Mission développe ses activités en France.

    7. Linda Panci-Mc Gowen: des chants made in YWAM

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    Désolé, je n'ai pas trouvé de meilleure photo de Linda Panci, qui apparemment ne figure pas dans les archives mises en ligne par YWAM. Un oubli surprenant, quand on pense non pas aux talents d'archivistes des YWAMers (très limités!) mais plutôt au rôle déterminant qu'elle a joué dans la diffusion du style YWAM dans l'ensemble du protestantisme, au moins francophone. Originaire du Midwest américain, elle s'est installée au centre Jeunesse en Mission de Lausanne au début des années 1970. En 1974, elle édite les premiers recueils de chants signés JEM, "J'aime l'Eternel": des chants simples et très rythmés, pour guitares, synthés et batteries. Un style qui a rapidement séduit de nombreuses églises protestantes soucieuses de "faire jeune". Une "révolution musicale" selon le pasteur belge Paul Vandenbroeck qui regrettait aussi, dans un texte publié en janvier 2006 sur le site www.protestanet.be, "beaucoup de rengaines répétitives (qui) voisinent avec des textes parfois pauvres, souffrant d'approximations de traduction et ne se préoccupant pas beaucoup des règles de la prosodie". Ci-dessous, une photo des années 1970, intitulée "YWAM singing group", sans autre précision.

    YWAM singing group.jpg

    8. John Dawson, président international de YWAM

    John Dawson 1986.jpgJohn Dawson est un personnage emblématique de l'histoire et des transformations récentes de YWAM. Son père est un homme d'affaires néo-zélandais, sa mère Joy a très tôt enseigné dans les sessions de formation de YWAM et ils ont été parmi les premiers à accueillir L. Cunningham en Nouvelle-Zélande, en 1967. John Dawson n'a pas grandi en Nouvelle-Zélande, mais à Los Angeles où ses parents ont émigré lorsqu'il était adolescent. Son accession à la présidence international du réseau, où il a succédé en 2003 à un autre Néo-zélandais, Franck Naea, rappelle néanmoins l'influence importante qu'a eu ce petit pays dans l'histoire de YWAM.

    C'est aussi la Nouvelle-Zélande qui lui a inspiré au début des années 1990 un rapprochement entre la théologie du combat spirituel (dont il est l'un des promoteurs, notamment avec un livre publié en 1989, Taking Our Cities for God) et les peuples autochtones, considérés comme des acteurs-clés de l'action missionnaire, en tant que "gardiens spirituels" des territoires à "conquérir". Enfin, il a fondé en 1990 l'International Reconciliation Coalition, qui promeut une "réconciliation" aux contours souvent ambigus, entre bonne volonté et activisme missionnaire: une réconciliation ancrée dans cette même théologie du combat spirituel où le rapport au territoire et aux "racines du passé" qui y sont enfouies invite à "dénouer les liens" empêchant les camps en conflit de se réconcilier, mais surtout de se convertir au christianisme, version évangélique.