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femmes

  • Vient de paraître : Femmes et pentecôtismes

    1erecouv.jpgSous la direction de Gwendoline Malogne-Fer et Yannick Fer
    Femmes et pentecôtismes. Enjeux d'autorité et rapports de genre
    Genève, Labor & Fides, coll. "Enquêtes", 295 p., 2015.

    Présentation. Né aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, le pentecôtisme est un mouvement charismatique et conservateur qui s’est largement diffusé depuis lors sur tous les continents, à la faveur des migrations, de l’urbanisation et de la structuration d’Eglises transnationales. Le mouvement pentecôtiste est marqué par un paradoxe fort intriguant : d’un côté, on reconnaît aux femmes une capacité particulière et remarquable à entrer en relation avec Dieu ; de l’autre, on leur refuse le plus souvent l’accès aux postes de pouvoir au sein des églises. Les auteurs analysent ainsi la place des femmes dans ces différentes églises et la manière dont le pentecôtisme façonne les rapports de genre. Ils s’intéressent aux parcours de femmes prophétesses, évangélistes, pasteures ou épouses de pasteurs et aux « mouvements de femmes » et tentent de comprendre pourquoi l’organisation et la répartition sexuée des responsabilités sont généralement plus favorables aux hommes. A partir d’enquêtes minutieuses portant sur un ensemble inédit d’églises et de mouvements pentecôtistes, les auteurs éclairent les relations entre expériences charismatiques, conservatisme moral et conditions des femmes au sein d’un des courants majeurs du christianisme mondial.

    On peut consulter la table des matières en cliquant ici.

  • Oscar Temaru et Ségolène Royal ou le salut par les femmes

    Oscar Temaru, le président indépendantiste de la Polynésie française, a annoncé le 28 avril que lui et son gouvernement ont « décidé de parrainer la candidature de Ségolène Royal aux fontions de président de la République française ». En référence aux récents succès féminins en Allemagne et au Chili, il a évoqué – rapporte l’agence Tahiti Presse - un "vent de féminisme » et estimé que Ségolène Royal apporterait une « nouvelle gouvernance » à la France.
    Le parti indépendantiste qu’il préside, le Tavini Huiraatira, a souvent été considéré comme peu favorable à la cause des femmes, notamment parce que la lutte contre la domination française s’accommode mal d’une lutte des femmes contre la domination des hommes ma’ohi (autochtones), et que dans l’imaginaire colonial les femmes sont facilement soupçonnées d’être trop conciliantes : en se mariant avec des métropolitains, en réussissant mieux à l’école française ou en nouant des relations plus suivies avec les administrations (en particulier les services sociaux et de santé qui assurent le suivi des enfants, dont elles ont la charge). Mais avec l’entrée en vigueur de la loi sur la parité en politique – mieux appliquée en Polynésie française qu’en France métropolitaine – on a vu apparaître sur la scène politique polynésienne des militantes indépendantistes qui témoignent de ce que l’engagement en politique est désormais, dans tous les camps, aussi une affaire de femmes. Plusieurs figures féminines occupent aujourd’hui le premier plan de la scène politique polynésienne, comme Béatrice Vernaudon (députée UMP) ou Nicole Bouteau (leader du parti autonomiste No Oe e Te Nunaa).
    Gwendoline Malogne-Fer, dans une thèse de sociologie consacrée aux femmes dans l’église évangélique de Polynésie française (église protestante historique, rebaptisée église protestante ma’ohi en 2004) et dans un article publié en 2005 dans la revue en ligne REVER s’est intéressée à la féminisation du pouvoir en Polynésie française et aux représentations des différences de genre qui l’accompagnent. Elle montre bien comment le thème d’un « salut par les femmes » est mis en avant par les dirigeants d’église comme par les dirigeants politiques.
    Alors que des femmes au sein de l’église ont revendiqué l’accession au pastorat (accordée en 1997) au nom d’une égalité de compétences, les dirigeants d’église et les hommes politiques misent plutôt sur la différence de genre, avec des conséquences assez paradoxales, que l’on retrouve bien dans les réactions suscitées en France métropolitaine par la candidature de Ségolène Royal. C’est en effet en grande partie parce qu’elles n’ont pas (encore) accès au pouvoir le plus officiel et que l’on ne leur reconnaît pas spontanément une autorité « naturelle » que les femmes ne peuvent être que proches des gens, modestes, à l’écoute, etc… On attend donc d’elles qu’elles transforment ces faiblesses en atouts et « inventent autre chose » afin de réformer des institutions que l'on ne sait plus comment transformer, ce qui place ces femmes dans une situation souvent difficile et les oblige à toujours faire plus et mieux que leurs homologues masculins.
    Enfin, lorsque les femmes deviennent pasteures, la question que ne tardent pas à poser les paroissiens habitués au modèle du « couple pastoral » (homme pasteur, épouse de pasteur travaillant bénévolement auprès de son mari et des femmes de la paroisse) est bien sûr : "et son mari ?" Pourquoi a-t-il « laissé sa place » à son épouse, et quel rôle va-t-il pouvoir jouer ? Autrement dit, le même type de questions que l’on voit agiter en France par certains commentateurs politiques habitués à conjuguer le pouvoir au masculin…
    (photo G. Malogne-Fer, d.r.)