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23 août 2007

C'est où, Kiribati ?

867aa0e288b5e9f179d29f052ae03f90.jpgLes Kiribati ont surgi par surprise dans l’actualité française du mois d’août, à l’occasion du naufra- ge du chalutier Sokalique, au large de l’île d’Ouessant, et de la responsabilité d’un cargo sous pavillon de ces îles micronésiennes dans l’accident. Au fait, c’est où les Kiribati ? Grâce à Rumaroti Tenten, enseignant au Tangintebu Theological College de South Tarawa – l’école de formation de la Kiribati Protestant Church – et auteur du chapitre Kiribati dans le livre édité en 2007 par Manfred Ernst (Globalization and the Reshaping of Christianity in Oceania), on peut tout savoir, ou presque sur ces îles du Pacifique, y compris bien sûr ce qui concerne un paysage religieux relativement diversifié pour une population d’environ 95000 personnes.

La république de Kiribati, connue sous le nom des îles Gilbert jusqu’en 1979, estdc1167a77719b72fb8fc27888739cf06.jpg constituée d’un ensemble de 33 atolls (dont 23 inhabités) au centre de l’Océan Pacifique, étalés sur des distances immenses : 3870 km d’est en ouest et 2050 km du nord au sud. Les trois archipels qui la composent sont d’anciennes colonies britanniques, annexées entre 1915 et 1937 : après la découverte de phosphates sur l’île de Banaba en 1908, le groupe des îles Gilbert (stricto sensu) et celui des îles Ellice deviennent britanniques en 1915-1916, puis l’île Christmas (aujourd’hui Kirimati) et les îles de la Ligne en 1919 et enfin les îles Phoenix en 1937. En 1975, les îles Ellice se sont prononcées massivement en faveur d’une séparation, donnant naissance en 1978 à l’État indépendant de Tuvalu.

3a0197325188f4d46da46f307ee82208.jpg Les réserves exploitables de phosphate, explique R. Tenten, étaient épuisées lors de l’accession à l’indépendance. L’essentiel de l’économie des Kiribati repose aujourd’hui sur le coprah et la pêche (exportations mais aussi accords de pêche, comme celui conclu en 2003 avec l'Union européenne). Le tourisme est peu développé : autour de 4000 visiteurs par an. Pour réduire la dépendance vis-à-vis des exportations et faire évoluer son économie, le gouvernement de Kiribati mise aujourd’hui sur l’éducation, afin d’augmenter le niveau de formation. Le registre maritime de Kiribati (basé à Singapour), avec ce qu'il est convenu d'appeler un "pavillon de complaisance" pour les navires de commerce (créé en juin 2006 par amendement au Kiribati Merchant Shipping Act), vise évidemment à apporter à ce pays relativement pauvre des ressources supplémentaires - 5,6 millions d'euros par an selon Libération. Le gouvernement des Kiribati suit ainsi l'exemple d'autres îles du Pacifique, notamment Tuvalu.

Il s’efforce en outre d’enrayer les concentrations de population trop importantes sur certaines îles, en particulier sur l’atoll de Tarawa, la capitale du pays (où vit près de la moitié de la population), un problème récurrent qui a inspiré plusieurs plans de déplacement de populations depuis les années 1930, décrits par Karen Nero dans The Cambridge History of Pacific Islanders: des îles Phoenix vers des îles peu peuplées au sud des îles Gilbert, des îles Gilbert et de Sydney Island vers l’île de Ghizo aux Salomon sous la période coloniale et plus récemment des îles Gilbert (Tungaru en langue locale) vers les îles de la Ligne. En 1985, écrit K. Nero, seulement 3,5% des I-Kiribati avaient vécu à l’étranger, autrement dit la solution aux problèmes de surpopulation passe aussi par l’ouverture de routes migratoires. La plupart de ces émigrés travaillaient dans les mines de Nauru, dont l’activité a cessé à la fin des années 1990, ou comme marins. En 1994, Kiribati et Tuvalu ont demandé à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie une augmentation des permis de travailleurs migrants, qui leur a été refusée.

5ed9821e5ee56f45d2d91b08de27ca16.jpg En grande majorité, les habitants des Kiribati appartiennent à l’une des deux églises établies au 19ème siècle: l’église catholique (54%) et la Kiribati Protestant Church (37% au recensement de 2000). La première s'est implantée au cours des années 1880 et a ouvert des écoles à partir de 1925. La seconde, qui rassemble différentes sensibilités protestantes (presbytériens, congrégationalistes, baptistes, méthodistes et anglicans), est issue des deux missions ayant joué un rôle majeur dans la diffusion du protestantisme dans le Pacifique: l’American Board of Commissioners for Foreign Missions (ABCFM), dont beaucoup de missionnaires en Micronésie étaient hawaiiens ; et la London Missionary Society (LMS), présente dans le Pacifique depuis 1797 (date de l’arrivée du premier bateau, le Duff, en baie de Matavai à Tahiti) et appuyée par des missionnaires samoans. La LMS ayant rencontré davantage de succès, c’est elle qui prend en charge l’ensemble des îles à partir de 1917, date à laquelle l’ABCFM se retire. La Kiribati Protestant Church, en tant qu’église indépendante, a vu le jour en 1968. Elle se distingue notamment par la place qu’elle accorde aux femmes, puisqu’elle compte aujourd’hui 20 pasteures (sur 120).
 
À Kiribati comme dans beaucoup d’îles du Pacifique, on observe depuis les années 1970-80 trois tendances:
- Une église catholique plutôt stable, voire en légère progression
- Un déclin relatif de l’église protestante historique (le nombre de ses membres augmente moins vite que la population globale)
- Une progression des églises de la «deuxième vague » (Mormons et adventistes) puis de la «troisième vague», plus récente (Pentecôtistes, témoins de Jéhovah, Bahá’í).

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L’église mormone, qui gère notamment une école secondaire à Tarawa (la Moroni High School) est la troisième église de Kiribati, même si elle arrive loin derrière les deux églises historiques : présente depuis 1976, elle comptait 2300 membres au recensement de 2000. Elle est suivie de près par deux mouvements présents depuis l’après-guerre (respectivement 1954 et 1947) : les Bahá’í (2052), qui connaissent depuis plusieurs dizaines d’années une progression significative dans les îles du Pacifique, et les adventistes (1400).
On recense aujourd’hui à Kiribati un nombre étonnant d’églises pentecôtistes ou évangéliques, le plus souvent originaires des Etats-Unis : la Church of God, première arrivée (en 1954), les assemblées de Dieu – qui reçoivent des missionnaires fidjiens et américains et en ont elles-mêmes envoyés aux îles Marshall -, la Church of Christ, la New Apostolic Church. La Kiribati New Testament Pentecostal Church est venue s’ajouter à la liste en 2000, à la suite d’une scission survenue au sein de la Church of God. Comme c’est le cas sur tous les continents, ici aussi, la croissance du pentecôtisme repose donc à la fois sur la multiplication des activités missionnaires extérieures et les divisions internes aux églises locales.
 
 
Photos d'illustration
L'atoll de Tarawa vu d'avion (trekearth.com)
Le drapeau officiel de la république de Kiribati  
Les autres photos de Kiribati sont issues du site galenfrysinger.com

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15 mai 2007

Ségolène et la Polynésie : quelques mots sur l'élection présidentielle

Quelques mots sur les résultats de l'élection présidentielle en Polynésie française. Je vous en avais parlé dans une note du 30 avril 2006, "Oscar Temaru et Ségolène Royal ou le salut par les femmes": la candidature de Ségolène Royal, soutenue par l'Union pour la démocratie (UPLD) de l'ancien président indépendantiste Oscar Temaru, a suscité en Polynésie française une mobilisation inédite: comités Désirs d'avenir, meetings, marches, site Internet... et même une version polynésienne d'un air connu, que vous trouverez ci-dessous en version karaoke, pour tous ceux qui parlent tahitien ou qui souhaitent s'y initier!

 


Ségolène ROYAL karaoke de TAHITI NUI
Vidéo envoyée par heinui
La candidate socialiste avait recueilli au premier tour de l'élection présidentielle, dans l'ensemble de la Polynésie française, 41,64% des voix (contre 45,18% à Nicolas Sarkozy et 7,14% à François Bayrou). Au second tour, elle a obtenu 48,11%, tandis que le taux de participation atteignait un niveau inédit, à 74,68%. Dans la circonscription Ouest des prochaines élections législatives (les communes de l'Ouest de Tahiti, Moorea-Maiao, les Iles Sous-le-Vent et les îles Australes), elle devance même d'une courte tête (50,06%) le candidat de l'UMP.

Elle est en tête dans l'ensemble des Iles Sous-le-Vent (50,13% et 50,59% à Bora Bora, l'île dirigée par l'actuel président du gouvernement local, Gaston Tong Sang), aux îles Marquises (51,15%) et aux Tuamotu Ouest (52,82%). Sur l'île de Tahiti, plusieurs communes dirigées par les alliés locaux de l'UMP ont également basculé: Hitiaa, Paea, Papara. Nicolas Sarkozy obtient quant à lui ses meilleurs scores dans la commune de Pirae, dont le maire est Edouard Fritch (gendre de Gaston Flosse, Tahoeraa Huiraatira) avec 70,15% et à Punaauia (côte Ouest) avec 59,49%. Trois des cinq îles des Australes ont placé Ségolène Royal en tête et Raivavae lui offre un score impressionnant de 63,36% - Rurutu (dont le maire est actuellement ministre de l'agriculture) et Rapa restant à droite. On peut donc s'attendre à des élections législatives très disputées et à des élections municipales décisives en 2008. Sans parler d'un possible renouvellement de l'Assemblée locale, car une dissolution après l'élection présidentielle était évoquée depuis plusieurs mois.

Comme le rappelait encore récemment Jean-Marc Regnault, spécialiste de l'histoire politique polynésienne, dans le magazine Tahiti Pacifique, les résultats des élections nationales y sont traditionnellement influencés par des préoccupations locales et par les consignes de vote des tavana, les maires. Ce système politique local s'appuie sur des réseaux familiaux (famille élargie du maire et "chefs de famille" lorsqu'ils conservent une autorité suffisante) et des relations de clientèle (octroi d'aides ou d'avantages contre une fidélité électorale) qui incluent notamment les églises.

Les subdivisions paroissiales comme les 'amuira'a protestants, en particulier, ont longtemps servi de relais aux maires qui s'en remettaient à l'autorité des diacres responsables de ces  'amuira'a pour obtenir, en échange d'un soutien matériel et financier aux activités paroissiales, un vote en leur faveur. Comme l'explique Gwendoline Malogne-Fer (dans un article à paraître prochainement dans un livre coordonné par Jean-Marc Regnault et Jean Baubérot sur le thème des relations autorité-églises outre-mer), ces pratiques ont amené l'église protestante historique (église protestante ma'ohi) à interdire à ses diacres, évangélistes et pasteurs de se présenter aux élections, à moins d'avoir au préalable démissionner de leurs fonctions ecclésiales. Beaucoup de ces responsables d'église, par ailleurs engagés au côté du parti de Gaston Flosse, se trouvaient en effet en contradiction avec les positions défendues par leur église, sur la question nucléaire en particulier (opposition aux essais nucléaires pratiqués par l'armée française à Moruroa et Fangataufa), puisque les consignes de leur parti politique les empêchaient de participer aux manifestations initiées par leur église.

Dans les îles éloignées qui craignent souvent d'être "oubliées", comme à Rapa (l'île la plus éloignée des îles Australes, où N. Sarkozy recueille 85,76%), la dépendance accrue vis à vis du gouvernement local renforce encore la force de ces obligations et il est fréquent que le maire incite ses administrés à "bien voter" pour assurer à la commune l'obtention de subventions.

Pour autant, Jean-Marc Regnault souligne que dans certaines communes, l'électorat apparaît, dès 1995, peu "discipliné" : à Papeete, Arue et Punaauia. Et les consignes de vote des maires perdent peu à peu de leur efficacité - phénomène qu'il observe  dès 1993 dans la circonscription Ouest. L'électoral polynésien est aujourd'hui plus "volatil" et la chute de ce qu'on a appelé le "système Flosse", appuyé sur un contrôle serré des votes par quartier, l'a confirmé en 2004. Cette évolution reflète les transformations de la société polynésienne, perceptibles aussi dans le domaine religieux, avec une émancipation relative des individus vis à vis des structures collectives d'autorité - familles ou autorités ecclésiales - et la volonté de plus en plus répandue d'affirmer une liberté de choix personnelle pour, comme on dit "faire sa vie". Cette tendance, qui conduit à changer d'église, peut aussi bien conduire à changer de vote.

Enfin, trois autres éléments peuvent expliquer ces résultats du second tour des élections présidentielles en Polynésie française, jugés encourageants pour les soutiens de Ségolène Royal et décevants par ceux de Nicolas Sarkozy:

- La division des alliés locaux de l'UMP, entre les fidèles de Gaston Flosse et ceux du président Gaston Tong Sang, ce qui a incité celui-ci à déclarer, selon Les Nouvelles de Tahiti: "ces résultats nous invitent surtout à nous mettre ensemble pour faire face aux prochaines échéances électorales, sinon, on va à la catastrophe".

-  Un intérêt plus fort que précédemment pour les élections nationales et plus spécifiquement pour les débats autour des valeurs devant servir de fondement à la vie sociale, c'est-à-dire à la fois les valeurs de la république - auxquels la grande majorité des Polynésiens sont très attachés - et des valeurs mises en avant par Ségolène Royal telles que la solidarité, l'ordre juste, l'importance de la famille, la jeunesse qui rencontrent en Polynésie française un écho particulier.

- Enfin, ce que j'évoquais dans ma note d'avril dernier: l'idée qu'en France, comme en Polynésie française, le "temps des femmes" est venu, parce qu'elles jouent déjà un rôle important dans la société et parce qu'elles seraient porteuses d'un renouveau de la pratique du pouvoir, plus pragmatique, plus à l'écoute, plus proche des préoccupations quotidiennes. 

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11 décembre 2006

Fidji : État chrétien ou démocratie pluraliste ? Les églises chrétiennes face au coup d’État

medium_Bainimarama.jpgLa république des îles Fidji, ancienne colonie britannique indépendante depuis 1970, a connu le 5 décembre 2006 un nouveau coup d’État mené, après des mois de tension, par le commandant de l’armée contre le gouvernement de Laisania Qarase qu’il avait pourtant contribué à installer, après avoir contrecarrer le coup d’État de 2000. Le commandant Josaia Voreqe Bainimarama a évoqué la corruption comme motif de ce renversement, mais le principal point de discorde porte sur le projet, soutenu depuis 2005 par le gouvernement Qarase, d’une Commission Unité et Réconciliation chargée de dédommager les victimes du coup d’État de 2000 et d’amnistier ses meneurs. Autrement dit (et paradoxalement) Bainimarama se veut le garant de la démocratie et de l’unité du pays contre les tenants d’une suprématie autoritaire des Fidjiens d’origine autochtone.


Clivages ethniques et religieux
Les coups d’État perpétrés à Fidji depuis 1987 ont en fait tous à voir avec la coexistence dans ce pays – dans une proportion proche de 50/50 – de Fidjiens d’origine autochtone («ethnic Fijians») à 99% chrétiens et de Fidjiens d’origine indienne («Indo-Fijians»), dont la présence remonte à la fin du 19ème siècle, lorsque les Britanniques sont allés chercher en Inde la main d’œuvre pour les plantations de cannes à sucre. Ceux-ci sont très majoritairement hindous, avec environ 15% de musulmans et quelques chrétiens – des missions protestantes, pentecôtistes (Assemblées de Dieu) ou catholiques ont cherché depuis l’origine et sans grand succès à obtenir des conversions parmi les Indiens. Certaines églises chrétiennes, comme l’église méthodiste, qui rassemble 36% de la population (66% des Ethnic Fijians), défendent une conception de l’identité fidjienne fondée sur la terre (les Indo-Fidjiens n’ont pas le droit d’être propriétaires fonciers), les traditions et le christianisme. En mars 2006, un sénateur de l’opposition affirmait même être en possession d’une lettre adressée par le président de l’église méthodiste à George Speight, leader du coup d’État de 2000, dans laquelle il l’assurait de son soutien au nom de la « voix des indigènes » (Fijilive, 16-3-2006) : ce coup d’État s’opposait en effet à un gouvernement accordant selon lui trop de pouvoir aux Indo-Fidjiens.

État chrétien et «réconciliation»

medium_7442-09at.jpg Dans un article publié en mars 2005, intitulé «Roots of Land and Church : the Christian State Debate in Fiji» (International Journal for the Study of the Christian Church), l’anthropologue Jacqueline Ryle rappelle que l’idée de faire de Fidji un État chrétien occupe les débats publics depuis les deux coups d’État militaires de 1987 et celui de 2000. Ces coups d’État, écrit-elle, «ont eu lieu au nom du vanua (la terre et la tradition) pour sauvegarder les intérêts de la population fidjienne contre la puissance économique et intellectuelle (educational) de la population indo-fidjienne». L’association entre vanua, lotu (l’église, c’est-à-dire les églises chrétiennes et plus spécifiquement, la première d’entre elles : l’église méthodiste fidjienne) et matanitu (le gouvernement) est présentée comme fondatrice de l’identité fidjienne, par opposition à la logique démocratique occidentale qui ouvrirait la voie à une domination indo-fidjienne. D’un côté, le système des chefs de villages, avec le Grand conseil des chefs de Fidji qui se voit comme le seul porte-parole légitime des «ethnic Fijians» et de l’autre une société multi-ethnique et multiconfessionnelle : la société fidjienne a du mal à sortir de cette opposition. Beaucoup d’églises pentecôtistes fidjiennes, par exemple, penchent pour une réconciliation nationale appuyée sur un État chrétien qui supposerait en fait… la conversion des Indo-Fidjiens, l’idée étant que seule l’appartenance commune au christianisme pourrait permettre de surmonter les clivages ethniques.

"La religion, écrit aussi Lynda Newland (dans Globalization and the re-shaping of Christianity in Oceania),  a joué un rôle important dans les trois coups d'État de Fidji. Parce que le méthodisme est la religion dominante à Fidji, en particulier parmi les Fidjiens autochtones, et parce que la plupart des chefs sont méthodistes, l'imagerie chrétienne est un moyen efficace de mobiliser les Fidjiens autochtones. (...) Par exemple, Rabuka (le colonel Rabuka, méthodiste et auteur d'un coup d'État en 1987) se présentait comme le Moïse du peuple élu (...) et a également déclaré qu'il souhaitait convertir les Indo-Fidjiens au christianisme car "nous allons aller sur cette voie ou c'est eux qui nous convertiront et nous deviendrons tous les païens".


Le défi du pluralisme
medium_7444-16at.jpg Comme l’a souligné l’historien américain Charles Forman, le pluralisme est un des défis majeurs que devront relever dans les années à venir les sociétés océaniennes. Intégration de populations d’origines diverses (Indiens à Fidji et ailleurs, dans des proportions moindres, communautés chinoises, philippines, ou encore communauté wallisienne en Nouvelle-Calédonie, etc.) ; multiplication des églises, notamment évangéliques ou pentecôtistes et dispersion des appartenances religieuses, y compris au sein des familles ; transformation des modes de vie liés à l’urbanisation ou aux migrations… Comment concilier la diversification de la société avec le militantisme religieux et les discours ethnico-nationaux ? Fidji ressemble de ce point de vue à un cauchemar pour beaucoup de sociétés océaniennes qui espèrent ne jamais en arriver à un tel blocage. Une partie des anthropologues eux-mêmes se trouvent pris au piège dans une fausse alternative binaire : la cause des autochtones fidjiens contre la démocratie «occidentale» - quitte à épouser une lecture ethnique et religieuse des identités (une lecture qui, on le sait, peut conduire au pire) – ou la démocratie même si elle doit amener une suprématie économique et politique des Indo-fidjiens ? Attention, terrain glissant… Fidji n’est d’ailleurs pas le seul pays où l’anthropologie est confrontée à ce type d’enjeux.

Unanimité des églises contre le coup d’État
Pour des raisons sans doute différentes – défense de la démocratie, de la suprématie des ethnic Fijians ou de la «réconciliation nationale» -, les églises chrétiennes fidjiennes ont condamné le dernier coup d’État, par des communiqués émanant des différentes associations inter-églises, telles que le Fiji Council of Churches ou l’Assembly of Christian Churches. Le nouveau premier ministre, lui même «lay preacher» (prédicateur laïc), qui a déclaré avoir le sentiment de travailler pour une «autorité divine» en aidant à nettoyer ce qu’il a appelé le «désordre de la corruption», ne les a donc pas convaincues. Le Fiji Council of churches a décrit le coup comme une «manifestation des forces obscures et du diable» (darkness and evil). Une telle rhétorique, qui rappelle le succès croissant dans le Pacifique des thèmes d’origine pentecôtiste du combat spirituel (pour la libération des territoires supposés aux prises avec des esprits tutélaires maléfiques), n’incite pas à l’optimisme.


(photos des rues de Suva et d’un temple méthodiste : www.photooikoumene.org)

 

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