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Yannick Fer - Page 20

  • Nuku: Cook Islanders re-enact History

    matavai.jpgIn most of the Polynesian islands, an annual event commemorates the arrival of the first (generally Protestant) missionaries. People dance, sing and re-enact the original scene, when European missionaries or Polynesian “teachers” – notably those from the Society Islands – on one side, and the local populations on the other side, met together. Thus in French Polynesia, March 5 – a public holiday – is officially the day of “Gospel’s arrival”, commemorating the arrival in 1797 of the Duff, a sailing ship chartered by the London Missionary Society. In addition to this Tahitian date, many islands celebrate the landing of Christianity on their own shores. The performance often includes many comic relieves, with actors dressed in Western 19st century suits and wearing top-hats miming wild-eyed British missionaries facing new languages and customs.
    CICC Matavera.JPGIt may be in the Cook Islands, a tiny Polynesian State (in free association with New Zealand) located west of French Polynesia, that this annual performance is the more high-colored. Here too, each island used to have its own commemoration day, for example July 25 on the main island, Rarotonga. But on this island, the biggest event is now hold on October 26 and commemorates the arrival of missionaries led by the Rev. John Williams in the island of Aitutaki on October 26th 1821.  It's a national celebration:  “the National Gospel Day”. At this occasion, the six parishes of the Cook Island Christian Church (the Protestant Church stemming from this missionary history) prepare religious dramas – Nuku in local tongue. These nuku not only re-enact the October 26 event, but also show some significant events of recent history: in 2007, spectators could even watch a local version of the suicide aircraft attacks on The World Trade Center! Until the 1990s, it was a competition between the parishes, then the competitive side of things was dropped. Today, even if this no more a matter of official competition, parishes still compete on imagination. The website Rarolens, which regularly posts video chronicles of daily life rarolensbloghead.jpgin Rarotonga, had the great idea to post video extracts of the 2007 and 2008 Rarotongan Nuku. So here is the 2007 edition, introduced by a brief historical overview of Christianity in the Cook Islands. If you want to watch the 2008 edition too, just click here.

     

    * This note was revised and completed on February 15th 2009 thanks to the precisions given by Wendy Evans.

  • Petite histoire d'une brève rencontre entre nationalisme polynésien et protestantisme évangélique (1963)

    graham.jpgpouvanaa.jpgDu 5 au 9 juin 1955, 8000 personnes en moyenne ont assisté chaque soir aux prédications du baptiste américain Billy Graham au "Vel’ d’Hiv" à Paris. On sait que Roland Barthes y était: dans un des articles de Mythologies, il interprète le succès de B. Graham comme un signe de la "fragilité mentale de la petite-bourgeoisie, classe où s’est surtout recruté, semble-t-il, le public de ces séances". Surtout, il y accuse l’évangéliste d’être avant tout au service de la croisade américaine contre le communisme, qui culmine entre 1950 et 1956 avec le maccarthysme et la "chasse aux sorcières" menée aux Etats-Unis: "l’athéisme de la France n’intéresse l’Amérique que parce qu’il est pour elle le visage préalable du communisme. 'Réveiller' la France, c’est la réveiller de la fascination communiste. La campagne de Billy Graham n’a été qu’un épisode maccarthyste."

    En mai 1963, lorsque B. Graham revient à Paris, une autre personnalité intéressante est dans l'assistance, un  homme qui n’était ni petit-bourgeois français ni sympathisant du maccarthysme et que l’on a même accusé – à tort – de communisme: Pouvanaa a Oopa, le "Metua", grande figure de la vie politique polynésienne de l’après-guerre et père spirituel du nationalisme polynésien. L’information figure dans le bulletin d’information de la fédération des églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) de décembre 2008. Elle rappelle à la fois un épisode peu glorieux de l’histoire coloniale française et l’influence du christianisme dans l’élaboration d’un discours nationaliste polynésien après la seconde guerre mondiale.

     

    Pouvanaa, député polynésien

    huahine.jpgPouvanaa est né à Huahine (îles Sous-le-Vent) en 1895. Il a appris le métier de menuisier et combattu en France de 1917 à 1918, participant notamment à la bataille de la Marne. Dès 1941, il s’oppose à l’administration coloniale française, en réclamant une meilleure gestion du territoire, la radiation des fonctionnaires pro-Vichy et la reconnaissance de "l’Océanie française libre (...) comme réelle patrie en guerre aux côtés de l’Angleterre, l’Amérique, la Russie et la Chine et de toutes les nations combattant pour la liberté du monde" (Regnault, 1996: p. 32). Son combat lui vaut d’être emprisonné à plusieurs reprises. Après la guerre, les établissements français d'Océanie (on ne parle pas encore de Polynésie française) sont dotés d'une assemblée représentative et d’un représentant à l’assemblée nationale. En novembre 1946. Déclaré inéligible, Pouvanaa est remplacé par son épouse Louise Tumahai, qui obtient un score important: 37% des voix. En 1949, le décès du député Georges Ahne donne lieu à une élection législative partielle: Pouvanaa est facilement élu (62%) et fonde alors son parti, le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT). Son programme: "Tahiti pour les Tahitiens", avec davantage de pouvoir pour l’assemblée représentative, une justice indépendante, un soutien financier aux écoles religieuses et la reconnaissance du tahitien comme langue officielle. Il conclut sa lettre aux électeurs par ces mots: "Votez pour celui qui n’adore pas le Veau d’or. Votez pour celui qui a toujours confiance en Dieu". Plaidant pour un meilleur partage des richesses (il veut "prendre l’argent là où il est"), il est accusé par ses adversaires de communisme. "Je jure devant Dieu », réplique-t-il dans une mise au point publiée par les journaux locaux, "de ne jamais adhérer, de ne jamais professer, de ne jamais soutenir, la doctrine communiste".
    EPM haapiti.jpgLes communistes sont pourtant à cette époque l’un des meilleurs soutiens des mouvements anti-coloniaux, mais Pouvanaa se veut avant tout un chrétien. Son histoire familiale, dont G. Malogne-Fer et moi avions eu l’occasion de discuter en 2000 avec une de ses petites-filles, l’incitait à dépasser les frontières confessionnelles pour faire du christianisme une sorte de socle commun de l’identité polynésienne: né de parents protestants, il a été baptisé catholique et a été plus tard enfant de chœur au nom de l’amitié qui unissait son père à un père catholique. Sa plus jeune sœur est baptisée adventiste, pour des raisons similaires. Marié à une protestante et lui-même protestant, il rend donc régulièrement visite aux différentes églises locales et défend avant tout une stricte morale chrétienne. En 1942, il avait déjà demandé la fermeture des heiva.jpgdébits de boisson. En 1950, il critique cette fois les fêtes de juillet, qui sont l’occasion de concours de danses traditionnelles: il leur reproche de durer trop longtemps et d’entraîner les habitants dans des "exhibitions sauvages": ces danses sont à ses yeux un mauvais folklore, où les Tahitiens paraissent déguisés en sauvages – un point de vue pas très populaire parmi la population locale.

     

    Pouvanaa exilé: le nationalisme polynésien victime de la raison d'État

    En 1957, les EFO deviennent la Polynésie française et Pouvanaa est élu vice-président du nouveau Conseil de gouvernement local. Mais l'année regnault-pouvanaa.jpgsuivante, il échoue à convaincre les électeurs polynésiens de voter non au référendum sur la Constitution. Etroitement surveillé par les services de renseignement français, il est plus que jamais considéré comme une menace par un gouvernement français qui réfléchit déjà à une possible implantation d'un centre d'expérimentation nucléaire en Polynésie française, comme l'a montré J.-M. Regnault dans un livre publié en 2003, intitulé "Pouvanaa a Oopa, victime de la raison d'État. Les documents parlent". En octobre de cette même année, Pouvanaa est en effet accusé d'avoir donner l'ordre à ses partisans d'incendier la ville de Papeete. Arrêté, Pouvanaa est condamné en 1959 par une justice à l'évidence partiale, dont le but est avant tout de faire disparaître le leader nationaliste de la scène politique tahitienne: il est emmené en France, incarcéré environ 15 mois à la prison des Baumettes à Marseille et à Fresnes, puis assigné à résidence à partir de juillet 1962. En 1966, un décret lui octroiera une remise de peine et en 1969 il bénéficiera d'une amnistie, ce qui lui permettra d'être élu sénateur en septembre 1971.

     

    Une histoire baptiste

    C'est au cours des années d'assignation à résidence, entre 1962 et 1966, que l'histoire de Pouvanaa croise celle du baptisme français. Il séjourne en effet dans des maisons de retraite protestantes, en particulier la Roseraie, une maison dirigée par un pasteur baptiste à Pierrefonds, en Picardie. metua7.jpgC'est là que le sénateur Richard Tuheiava est allé rendre hommage à son prédécesseur après son élection en septembre 2008 (photo: La dépêche de Tahiti). Et c'est sans doute cette visite qui a réveillé les souvenirs des baptistes locaux, les incitant à les publier en décembre 2008 dans la lettre d'information de leur fédération nationale. Il reste à Pierrefonds des meubles, des portes et des boiseries que Pouvanaa a contribué à monter.  Il reste aussi cette anecdote, livrée par l'épouse du pasteur qui hébergeait le leader tahitien, Mme Bonnaud: "elle avait obtenu des 'Autorités' un accord pour que le résident surveillé puisse se rendre avec le car de l'Eglise baptiste de St Sauveur à Paris, pour écouter l'évangéliste Billy Graham". On ne sait pas ce qu'il en pensa, mais cette brève rencontre entre le nationalisme polynésien et le baptisme est en tout cas une bonne occasion de revenir sur l'itinéraire aussi exceptionnel que dramatique du premier grand homme politique polynésien de l'histoire contemporaine.

     

    Sources bibliographiques:

    Alex du Prel, "Innocence de Pouvanaa a Oopa, les documents parlent" (compilations de textes de J.-M. Regnault), Tahiti Pacifique, juin 2003.

    Jean-Marc Regnault, L'échec d'un nationalisme tahitien, Te Metua (1940-1964), Papeete, éd. Polymages, 1996.

    Jean-Marc Regnault, "Pouvanaa, l'alcool et les fêtes de juillet", Tahiti Pacifique, juillet 1994.

    Bruno Saura, Politique et religion à Tahiti, Papeete, éd. Polymages-Scoop, 1993 (chap. 3, "Pouvanaa a Oopa. Histoire d'un messianisme").

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