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Yannick Fer - Page 28

  • West City Christian Centre, mega-church multiculturelle (carnet de route NZ 2)

    3b6b2113eecb6422d93c51272d07eb99.jpgLe 10 octobre 2007, le West City Christian Centre (WCCC) d’Auckland célébrait pour la première fois le Fidji Independence Day, jour anniversaire de l’indépendance fidjienne (acquise en 1970). Une manière de mettre en avant son identité multiculturelle, qui se retrouve notamment au sein des «life groups» mis en place par cette mega-church pentecôtiste. L’église en compte plus d’une trentaine, des petits groupes affinitaires où on se rassemble entre voisins, entre amis, par centre d’intérêt – familles avec enfants, jeunes mariés, business, études bibliques, «addiction group», etc. – mais aussi par identité culturelle : Maori, Tuvalu.
    Le West City Christian Centre compte en outre plusieurs groupes de danse, qui ont participé à l’animation de la soirée du 10 octobre: danses fidjiennes, indo-fidjiennes, tuvalu et rotuma (une île polynésienne incluse dans les îles Fidji).
    Alors que les communautés pentecôtistes de Pacific People ou de migrants asiatiques (en particulier coréens) ont souvent créé leurs propres églises – la plus importante étant les assemblées de Dieu samoanes – ici la diversité culturelle est intégrée à la dynamique des mega-churches, qui tout en rassemblant plusieurs milliers de personnes, organisent en leur sein une vie sociale fondée sur des relations de proximité et la multiplication des activités.

    Le West City Christian Centre était à l’origine la West City Assembly of God d’Auckland. Les assemblées de Dieu néo-zélandaisesb4a50ec48791a899c1cacdce6c712955.jpg  ont connu de nombreuses scissions depuis leur fondation au cours des années 1920. Leur histoire vient d’être retracée par Ian G. Clark, dans un livre paru en 2007, Pentecost at the Ends of the Earth. On y apprend que le pasteur d’origine indienne, Tak Bhana, qui dirige aujourd’hui le WCCC, a été recruté en 1988 suite à une «crise de leadership» ayant entraîné le départ du précédent pasteur. Au cours des dix années suivantes, l’église est devenue l’une des plus dynamiques et des plus grandes assemblées de Dieu de Nouvelle-Zélande. Mais en 1998, elle a finalement quitté les assemblées de Dieu pour devenir une église indépendante.

    bec9d64f362b796c5ca18cea60c4cd3b.jpgMusique rock, gospel ou groupes culturels, les cultes du WCCC sont un spectacle efficace et professionnel, dont on peut d'ailleurs acheter l’enregis- trement sur DVD. Les prédications du pasteur Bhana cherchent avant tout à être percutantes, comme ce dimanche soir 14 octobre où de 18h à 19h, le culte est axé sur la disparition des «peurs» : en une heure chrono, grâce à la prière et à la lecture de quelques versets-clés, vous allez vous débarrasser de toutes vos peurs, annonce-t-il, avant de conclure la réunion par le traditionnel appel à ceux qui veulent «donner leur cœur à Jésus»…. jusqu’au compte à rebours final, car la réunion se termine à 19h pile. Dans la salle, des Néo-zélandais de toutes origines et de tous âges, y compris des jeunes qui, dans leur ensemble, ont pourtant tendance à déserter les églises.
     
    40b4ea4022bec798b3c333bfe35d076d.jpgL’église compte deux auditoriums de plus de mille places, entourés comme il se doit de grands parkings. Elle a ses propres activités missionnaires, en Chine, aux îles Salomon et au Cambodge, où une église a été implantée. Début octobre, une douzaine de jeunes de l’église reviennent justement d’un séjour missionnaire au Cambodge, dont ils présentent un compte rendu en ouverture du  culte du 14 octobre.
    Le WCCC gère également le West City Christian College, qui comprend une école primaire et «secondaire» (Secondary School, jusqu’à 13 ans).

    Enfin, une mega-church se doit d’avoir son service multimédia, baptisé ici Running With Fire, qui produit des programmes pour la télévision (sur la télévision publique TV3 et sur une chaîne de télévangélisation du cable, Shine TV) et pour Radio Rhema, la station de radio évangélique néo-zélandaise. Le magazine Running With Fire, soustitré «Apostolic Equipping Nations», n’en est encore qu’au numéro 2. Après un texte de Tak Bhana sur le «pouvoir de la foi» où on le voit portant un tee-shirt rouge «Mountain movers», le magazine donne la parole à des animateurs d’autres mouvements, des mega-churches comme Willow Creek à Chicago ou de réseaux missionnaires internationaux : Pathfinders International, Bahamas Faith Ministries International.
    Le West City Christian Centre se situe sur le versant «libéral» ou «Charismatic» du pentecôtisme, ce qui le distingue à la fois des assemblées de Dieu ou de l’église apostolique, plus classiques, et d’autres églises pentecôtistes nettement conservatrices comme Destiny Church ou City Impact Churches, en première ligne des récentes mobilisations contre des lois jugées anti-chrétiennes (voir note précédente).

  • D’une église à l’autre, carnet de route Nouvelle-Zélande 2007 (1)

    8615e0cc0a9b34a8845d4211bbb7506f.jpgDimanche 7 octobre, Destiny Church d’Auckland, dans une zone semi- industrielle du quartier de Mount Wellington. Le culte commence à 10 heures, un peu juste pour tous ceux qui ont regardé la retransmission du match France - All Blacks (jusqu’à 9h45 heure locale) et trop dur pour beaucoup de Néo-zélandais atterrés par la défaite de leur équipe. Il manque des fidèles – surtout des hommes – dans le grand auditorium, capable d’accueillir environ 1200 personnes. Le pasteur Richard Lewis, qui remplace ce matin le président-fondateur de l’église Bishop («évêque») Brian Tamaki, a beau dire «les All Blacks ont perdu, la belle affaire» («big deal») et jurer qu’ici, on n’a pas la religion du rugby, mais celle des disciples de Jésus-Christ, il doit quand même en dire quelques mots avant de commencer sa prédication sur le thème du «royaume de Dieu». Dans cette église qui prêche l’évangile de la prospérité, une victoire des All Blacks aurait peut-être fourni une occasion de filer la métaphore sur le thème de «l’équipe gagnante», mais aujourd’hui il faudra faire sans. D’orientation pentecôtiste tendance fondamentaliste, l’église est née et a adopté son nom actuel de Destiny Church au tournant des années 2000, sous l’impulsion de Brian Tamaki, ancien pasteur de l’Apostolic Church. En quelques années, elle a acquis une dimension et une visibilité sans équivalent dans le paysage religieux néo-zélandais. Majoritairement maori, elle compte aujourd’hui près de 10000 fidèles et 19 églises, dont une à Brisbane, en Australie. En lançant en 2003 le parti politique Destiny New Zealand (0,6% aux élections parlementaires de 2005), avec la marche «Enough is Enough» organisée devant le Parlement en août 2004 et de fréquentes déclarations fracassantes sur la nécessité de soumettre lec24597c920afd00d4bd45eedc69e3f9a.jpg gouvernement de la Nouvelle-Zélande aux lois de Dieu, Brian Tamaki est aujourd’hui devenu l’homme que beaucoup de Néo-zélandais adorent détester. Dans une société largement sécularisée, il symbolise un christianisme minoritaire mais très militant, attaché aux valeurs familiales et hostile à la construction d’un pluralisme religieux apaisé entre la multitude de religions présentes dans ce pays d’immigration. Ces réseaux militants ont eu au cours des dernières années plusieurs occasion de se manifester : controverse autour de l’éventuelle suppression de la traditionnelle prière d’ouverture au Parlement (finalement maintenue), loi «anti-smacking», contre les châtiments corporels sur les enfants – qui a suscité une pétition des milieux évangéliques – ou encore, quelques années auparavant, les lois instaurant une union civile.

    4ea71ad7019868cf15e4013adb42135c.jpg Dimanche 7 octobre toujours, 16 heures, à Takapuna au nord d’Auckland. La Every Nation Church, une église charismatique établie en 2000 en Nouvelle-Zélande, n’est pas encore une méga-church (environ 120 personnes) et son culte dominical a lieu dans la salle louée à un collège catholique. Dirigée par un pasteur venu du Texas, l’église a fait ses débuts sur le campus de l’université d’Auckland, en organisant pendant deux semaines une série d’événements pour attirer les étudiants vers l’association qu’elle a créée dans ce but, Victory Campus Ministry. Comme les étudiants du campus, les jeunes de l’église sont de toutes origines, Pacific Islanders (Samoans surtout), asiatiques ou pakeha (les Néo-Zélandais d’origine européenne). L’ambiance est beaucoup moins ordonnée qu’à Destiny Church et résolument tournée vers la culture jeune : musique rock à plein volume, les jeunes sautillent devant la scène. Le pasteur n’intervient que quelques minutes, laissant la parole à l’animateur d’un récent camp de jeunes, puis à plusieurs jeunes venus témoigner de ce que «Dieu a fait pour eux» pendant ce camp, au responsable d’une organisation missionnaire et enfin à un évangéliste venu de Wellington, qui assure la prédication sur le thème de l’accessibilité de l’engagement chrétien. L’église est également implantée dans le sud d’Auckland et compte des «églises sœurs» à Christchurch, Wellington ou en Australie.

  • Asian Diaspora in the Pacific: a state of current research

    A workshop “Asian Diasporas in the Pacific, history of representations and contemporary issues” (parts 1 & 2) hosted by the Asia-IMASIA network’s biannual conference took place in Paris on September 26th 2007. An opportunity to draw a first state of current research on these Asian Pacific communities, often considered in the Pacific islands as an ideal-type of “foreignness” symbolising wider evolutions such as economic globalisation, cultural and religious diversity, migration and urbanisation. Here are some outlines.

    933a12904d9e1781873e95853ba91cf7.jpg The last report of the UNFPA (United Nations Found for Populations) in 2006 underlined the fact that Oceania has the largest concentration of immigrants in its population (15,2 per cent) of any region, mostly in New Zealand and Australia. Paola Voci, lecturer in Chinese language and cultures at the Otago University (Dunedin) sent us a communication on the Chinese community in New Zealand. According to the 2006 Census, 9.2 per cent of New Zealand population is now from Asian origin, 2/3 of it concentrated in Auckland area. The more numerous community are Chinese people – 147570 and a 40.5 per cent increase between 2001 and 2006. The other main groups are Indians (104583, +68.2 per cent) and Koreans (30792, +61.8 per cent).
    The New Zealand migration policies explain for a large part the deep religious diversity that can be observed today: Buddhists, Hindus, Sikhs, but also Korean or Samoan churches, etc… a cultural patchwork combined with the diversity of Protestantism (see for example my post on August 16th 2006 on Brethren communities).

    34763013c52ff599f2a83b1a86945efe.jpg In Fiji, as I wrote in last December, the several coups that occurred since 1987 are all related to the coexistence in this country – with a proportion close to 50/50 – of indigenous Fijians (“Ethnic Fijians”) and Fijians from Indian descent (“Indo-Fijians”), who were brought to Fiji at the end of the 19th century by the British colonial authority to work in the sugar cane plantations. The majority of them are Hindus, with about 15 per cent of Muslims and a small Christian minority.

    Some Christian churches, like the Methodist Church which makes 36 per cent of the population (66 per cent of the Ethnic Fijians) today advocates a conception of Fijian identity based on the land (Indo-Fijians are not allowed to be land owners), traditions and Christianity. They promote the establishment of a Christian state that would lead to the exclusion of Indo-Fijians from the government. What they call “reconciliation” sometimes means nothing else than the conversion of Indo-Fijians to Christianity, considered as the only way to provide national unity.

     The Pacific Chinese communities are often very active in commerce (in many islands of French Polynesia, “to go to the Chinese” means to go to the deli). They have been stigmatised for long by colonial (and sometimes religious) authorities or local populations, especially during economic crisis. In the interwar years, the French colonial milieu in Tahiti was particularly focused on the “Chinese peril” b6ae7ae04303f9a6343e19880d10c0a1.jpgendangering a Polynesian people described as “primitive, naïve and infantile” by the Abbot Rougier. Unfortunately, similar reflections can still be heard sometimes in today conversations. The history of the Chinese in Tahiti has been presented in several publications and academic works, among the more recent ones: the book of B. Saura, Tinito (Au Vent des îles, 2002), Identité hakka à Tahiti by Ernest Sin Chan (Teite, 2005) – who participated in the workshop – and the Ph.D. dissertation of A.-C. Trémon, “Les Chinois en Polynésie française. Configuration d’un champ des identifications”, defended in 2005 at the EHESS.
    My own research on Pentecostalism in French Polynesia led me to analyse the circumstances of the rise of Pentecostalism within the hakka community of Tahiti, in the beginning of the 60s, and the establishment of the first Pentecostal church in French Polynesia, the Alleluia Church – a Chinese speaking church (see my article “Pentecostalism in French Polynesia, a hakka story”). The Catholic church has also established a Chinese parish in Tahiti, following the guidelines of Vatican II Council for a better understanding of local languages and cultures.

    3140c5d9863da4a298a661c8259896cf.jpg In many Pacific islands, Chinese storekeepers have been targeted by riots linked to political tensions: during demonstrations against the Tongan government and for democratic reforms in November 2006 (see also my note of September 13th 2006), several Chinese shops were burnt in the centre of Nuku’alofa, the Capital city. In Honiara, the Capital city of Solomon Islands, several hundreds of Chinese storekeepers got in similar troubles in April 2006, as underlined by P. de Deckker in an article published in June 2007 (Tahiti Pacific magazine): they were accused to have financially supported the campaign of the newly elected Prime minister – who finally had to step down.

    Other Asian communities are less exposed and have not often attracted the interest of researchers. This workshop gave us the opportunity to hear about the Javanese community in New Caledonia with J.-L. Maurer (who has published in 2006 a book untitled “Les Javanais du caillou. Sociologie historique de la communauté indonésienne de Nouvelle-Calédonie, Maison des sciences de l’homme) and Dominique Jouve (who has studied the representations of New Caledonia Javanese and Vietnamese in literature). Virginie Riou also presented the journeys of Tonkin workers and they descendants in New Hebrides – Vanuatu – from 1920 until today.

    Besides, the small Pacific states play a significant role in the relations between Western and Asian countries as well as in the competition between Taiwan and Continental China, who are both seeking their diplomatic support within the UNO Assembly. Fabrice Argounes (a Ph.D. student at Science Po Bordeaux), and Sarah Mohamed-Gaillard (INALCO) presented the historical, geopolitical and economic dimensions of these issues. According to P. de Deckker in the article quoted above, “Taiwan currently has the support of the Marshall islands, Kiribati, Palau, Tuvalu and the Solomon islands”. This represents 1/5 of its diplomatic supports, after having lost the support of Tonga (in 1998), Nauru (in 2002) and failed to get the support of Vanuatu (in 2004). A hard competition, in which financial help to fragile island economies play a major role.


    * Illustrations: a celebration within the Chinese community in Auckland (New Zealand); Hindu temple in Nadi (Fiji); Chinese New Year at the Maria no te hau cathedral in Tahiti; Chinese store in Tahiti (this photo is part of a remarkable series that can be seen on the blog “Tahitian Guy”.