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30 juin 2008

Une coopérative de pêcheurs aux îles Australes: texte en ligne

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(Mis à jour le 26 août 2008)

Avant de m'intéresser aux églises protestantes, j'avais réalisé en 1993 une première étude consacrée à une coopérative de pêcheurs sur l'île de Rurutu (archipel des Australes, Polynésie française). J'y analysais la mise en place de cette coopérative, précédée par celle d’un syndicat professionnel de pêcheurs et suivie de l’acquisition d’un thonier semi-industriel, sur une île où la pêche était jusque-là davantage intégrée à des relations d’échanges non-marchands. L'échec de ce projet financé par le Fonds européen de développement (FED) ne faisait qu'annoncer le fiasco constaté cette année par la chambre territoriale des comptes de Papeete, que l'on peut consulter en ligne (cliquer ici ou rendez vous sur le site de la Cour des comptes). Les Nouvelles de Tahiti en ont aussi publié quelques extraits, dans leur édition du 11 août 2008.

Le rapport évoque un "bilan consternant": insuffisances des politiques de formation , trop faible diffusion des techniques modernes de pêche et de commercialisation, inadaptation du statut et de la rémunération du pêcheur hauturier, régression des exportations. Le gouvernement local avait lancé un programme de construction en défiscalisation de 56 navires de pêche, dont 43 thoniers de pêche en haute mer. 43 ont été construits jusqu'en 2005, "une dizaine de thoniers palangriers restent amarrés en permanence au quai, sans preneur ni activité. Sur les 33 bateaux exploités, une dizaine d'armateurs seulement paient régulièrement les échéances de loyer et d'emprunt". Pour payer ces échéances, il faut non seulement pêcher (beaucoup), mais encore vendre... Faute d'y arriver, les pêcheurs de Rurutu ont rapidement été contraints de vendre leur bateau, le Toerau Moana, aux enchères. Les débouchés locaux sont restés limités et l'exportation n'a jamais décollé. Elle devait atteindre 3 milliards de Francs Pacifique (25 millions d'euros), on en était à 8 fois moins en 2005.

Cette étude a donné lieu à la publication d'un article en 2000, dans la Revue juridique polynésienne, article désormais disponible sur le serveur HAL-SHS, en cliquant ici. Bonne lecture.

 

Photo: le thonier toerau moana en 1993 dans le port de Moerai (Rurutu), Y. Fer.

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17 mai 2008

Christianisme en Océanie: journées d'études en mai 2008

"Innovations religieuses et dynamiques du changement culturel en Océanie contemporaine"

581841126.jpgJournées d'études internationales (Réseau Asie-Imasie, GSRL, IRIS), 29-30 mai 2008 à Paris

La présence et l'influence des églises chrétiennes en Océanie sont aujourd'hui devenues des données incontournables de l'analyse de ces sociétés insulaires et des dynamiques régionales. Les églises dites «historiques» ou «traditionnelles» avaient accompagné les indépendances politiques en élaborant un discours chrétien sur les identités culturelles locales face à l'occidentalisation. À partir des années 1980, ce discours sur la tradition a donné lieu  à d'importants débats au sein de l'anthropologie, autour du concept d' "invention de la tradition". Il s'agissait au départ de souligner le rôle des mobilisations politiques contemporaines dans la reformulation de l'identité culturelle et de la tradition. Autrement dit, la tradition ou la culture n'étaient pas quelque chose d'immuable, intemporel, mais un contenu malléable en fonction d'intérêts, de contextes, d'enjeux politiques. De là, on a parfois glissé vers des tentatives de disqualification des discours océaniens sur la tradition, avec des anthropologues se posant en gardiens de l'authenticité culturelle contre les élites océaniennes.  

1814299025.jpgDepuis plusieurs années, l'essor des églises mormones et adventistes, puis de la «troisième vague» du christianisme océanien - les mouvements évangéliques et pentecôtistes - semble contester, fragiliser cette "tradition culturelle chrétienne" élaborée par les églises historiques et faire entrer l'Océanie dans une nouvelle phase de globalisation religieuse. De nombreux anthropologues considèrent notamment  que ces églises sapent les fondements de la vie communautaire et détruisent la mémoire culturelle. Une des questions que l'on peut se poser est de savoir si à leur tour, ces églises sont susceptibles de faire émerger de nouvelles "traditions", de nouvelles articulations entre christianisme et cultures, traditions locales.

L'anthropologie a parfois du mal à appréhender ces changements religieux et les renversements de perspective qu'ils produisent. En Océanie comme ailleurs, le fait que les pays occidentaux (surtout européens) soient désormais perçus par beaucoup de Chrétiens du "Sud" comme des sociétés en voie de déchristianisation, voire comme des terres de mission, incite à ne plus appréhender uniquement le christianisme comme un facteur d'occidentalisation.

957632340.jpgLes journées d'études qui auront lieu les 29 et 30 mai visent à la fois à dresser un état des lieux du christianisme océanien contemporain et à réfléchir aux approches anthropologiques disponibles pour rendre compte des rapports complexes entre christianisme et cultures locales. Elles rassembleront plusieurs des meilleurs spécialistes de ces questions, pour deux jours de discussion organisées en trois ateliers et une table ronde. Pour lire le programme détaillé, cliquez ici.

 

 

Illustrations:  1ère page du programme (photo G. Malogne-Fer, vitraux de la cathédrale de Papeete) ; temple mormon à Moorea (G. Malogne-Fer) ; petite église à Manus Island, Papouasie Nouvelle-Guinée (original sur le site Britannica).

 

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01 mars 2008

Spiritual Mapping: un entretien à écouter sur la Radio Suisse Romande

302199124.jpgLe Spiritual Mapping ("cartographie spirituelle") est une des tendances en forte progression au sein du protestantisme charismatique. En lien avec les théologies du combat spirituel élaborées depuis une vingtaine d'années par les auteurs de la "troisième vague" pentecôtiste - le principal étant C. Peter Wagner, qui a longtemps enseigné au Fuller Theological Seminary de Pasadena -, le Spiritual Mapping vise à identifier - notamment dans les villes - les esprits tutélaires des lieux censés influencer (en mal, évidemment) la vie de leurs habitants. L'histoire, les noms de lieu, les symboles religieux (ou anti-religieux), les lieux de culte non-chrétiens, les activités pratiquées à tel endroit ou encore les lieux de pouvoir sont réinterprétés comme autant d'indices sur la piste des mauvais esprits.

La société Sentinel Group dirigée par George Otis Jr s'est spécialisée dans la diffusion de reportages vidéo illustrant l'efficacité supposée de ce Spiritual Mapping par des récits de "libération" de différentes villes sur tous les continents. La série Transformations (dont le site Internet de Sentinel Group propose des extraits) en particulier a circulé dans les églises du monde entier et joué un rôle important dans la diffusion de ces pratiques, qui conduisent à un réinvestissement symbolique des territoires.

293325130.jpgDans le cadre d'une série d'émissions intitulée "Qui veut la peau du diable" diffusée cette semaine par la Radio Suisse Romande , le journaliste Jean-Christophe Emery m'a demandé de préciser les contours et les enjeux du Spiritual Mapping. Pour accéder à l'enregistrement de cette émission (30 mn), cliquez ici.

 

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