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Actualités scientifiques - Page 8

  • L'émotion en pentecôtisme: nouvel article en ligne

    A pentecôte 2.jpgLe pentecôtisme est souvent qualifié de "protestantisme de l'émotion". Cette expression, essentiellement inspirée par l'effervescence des cultes pentecôtistes, conduit parfois à des analyses tronquées, tant il est vrai que la notion d'émotion renvoie à un ensemble de présupposés, de (dis)qualifications liées à des oppositions classiques comme émotion/raison, à la notion de "civilisation" telle qu'elle a été déconstruite par Norbert Elias (La civilisation des moeurs), à des rapports sociaux de domination (analysés notamment par Pierre Bourdieu dans La Distinction), des préjugés de genre (comme l'a montré l'anthropologue américaine Catherine Lutz, la femme étant bien entendu supposée prompte à l'émotion quand l'homme se doit d'incarner la raison), etc...

    ASSR.jpgDans un article intitulé "Genèse des émotions au sein des Assemblées de Dieu polynésiennes", publié en 2006 dans les Archives des sciences sociales des religions, je m'efforçais de réexaminer ces présupposés, ces biais de l'analyse traditionnellement développée par les sociologues français des religions, à partir du terrain des Assemblées de Dieu de Polynésie française, auxquelles je me suis intéressé dans le cadre de ma thèse. Je m'intéressais en particulier à une tradition d'interprétation des écrits d'Émile Durkheim (Les formes élémentaires de la vie religieuse) qui voudrait faire de l'émotion religieuse un stade pré-social, alors qu'E. Durkheim insiste au contraire sur la dimension socialement construite non seulement des formes que prend l'expression des émotions, mais aussi des contenus de sens qui les suscitent.

    Cet article est depuis hier disponible, en lecture intégrale, sur le site des Archives des sciences sociales des religions. Pour le lire, il suffit donc de cliquer ici.

     

    Et comme c'est une revue sérieuse, il y a aussi un résumé en français, en anglais et en espagnol:

    Résumé
    En s'en tenant à une lecture de l'émotion en religion comme expérience « élémentaire » pré-sociale, la sociologie ne peut rendre compte de toutes les dimensions du pentecôtisme contemporain. L'analyse des Assemblées de Dieu de Polynésie française met à jour non un simple processus régressif, mais une articulation complexe entre personnalisation des croyances, travail institutionnel et expressions émotionnelles. Au-delà de l'effervescence apparemment désordonnée des cultes, celles-ci s'inscrivent finalement dans le cadre d'un « évangile relationnel » en affinité avec l'idéologie moderne de la « société de communication ».

    Abstract
    Sociology can not understand all the aspects of contemporary Pentecostalism when it confines the reading of religious emotion as pre-social “elementary” experience. The analysis of the Assemblies of God of French Polynesia shows a complex combination between personalization of beliefs, institutional work and emotional expressions rather than a plain backward process. Beyond the seemingly disorganized effervescence of the worship, these emotional expressions are part of a “Relationship Gospel” in affinity to the modern ideology of the “Society of Communication”.

    Resúmen
    Al tenerse a una lectura de la emoción en religión como experiencia “elementaria” pre-social, la sociologica no puede dar cuenta de todas las dimensiones del pentecotismo contemporáneo. El análisis de las Assembleas de Dios en Polinesia francesca revela no un sencillo proceso regresivo sino una articulation compleja entre personalización de las creyencias, trabajo institucional y expresiones emocionales. Aquellas, más allá de la efervescencia al parecer desordenado de los cultos, se inscriben en el marco de un “evangelio relacional” en afinidad con la ideología moderna de la “sociedad de comunicaciones”.

     

     Illustration: rassemblement de Pentecôte, assemblées de Dieu de Polynésie française (Y. Fer, 2002).

  • Une coopérative de pêcheurs aux îles Australes: texte en ligne

    1177209814.jpg

    (Mis à jour le 26 août 2008)

    Avant de m'intéresser aux églises protestantes, j'avais réalisé en 1993 une première étude consacrée à une coopérative de pêcheurs sur l'île de Rurutu (archipel des Australes, Polynésie française). J'y analysais la mise en place de cette coopérative, précédée par celle d’un syndicat professionnel de pêcheurs et suivie de l’acquisition d’un thonier semi-industriel, sur une île où la pêche était jusque-là davantage intégrée à des relations d’échanges non-marchands. L'échec de ce projet financé par le Fonds européen de développement (FED) ne faisait qu'annoncer le fiasco constaté cette année par la chambre territoriale des comptes de Papeete, que l'on peut consulter en ligne (cliquer ici ou rendez vous sur le site de la Cour des comptes). Les Nouvelles de Tahiti en ont aussi publié quelques extraits, dans leur édition du 11 août 2008.

    Le rapport évoque un "bilan consternant": insuffisances des politiques de formation , trop faible diffusion des techniques modernes de pêche et de commercialisation, inadaptation du statut et de la rémunération du pêcheur hauturier, régression des exportations. Le gouvernement local avait lancé un programme de construction en défiscalisation de 56 navires de pêche, dont 43 thoniers de pêche en haute mer. 43 ont été construits jusqu'en 2005, "une dizaine de thoniers palangriers restent amarrés en permanence au quai, sans preneur ni activité. Sur les 33 bateaux exploités, une dizaine d'armateurs seulement paient régulièrement les échéances de loyer et d'emprunt". Pour payer ces échéances, il faut non seulement pêcher (beaucoup), mais encore vendre... Faute d'y arriver, les pêcheurs de Rurutu ont rapidement été contraints de vendre leur bateau, le Toerau Moana, aux enchères. Les débouchés locaux sont restés limités et l'exportation n'a jamais décollé. Elle devait atteindre 3 milliards de Francs Pacifique (25 millions d'euros), on en était à 8 fois moins en 2005.

    Cette étude a donné lieu à la publication d'un article en 2000, dans la Revue juridique polynésienne, article désormais disponible sur le serveur HAL-SHS, en cliquant ici. Bonne lecture.

     

    Photo: le thonier toerau moana en 1993 dans le port de Moerai (Rurutu), Y. Fer.

  • Christianisme en Océanie: journées d'études en mai 2008

    "Innovations religieuses et dynamiques du changement culturel en Océanie contemporaine"

    581841126.jpgJournées d'études internationales (Réseau Asie-Imasie, GSRL, IRIS), 29-30 mai 2008 à Paris

    La présence et l'influence des églises chrétiennes en Océanie sont aujourd'hui devenues des données incontournables de l'analyse de ces sociétés insulaires et des dynamiques régionales. Les églises dites «historiques» ou «traditionnelles» avaient accompagné les indépendances politiques en élaborant un discours chrétien sur les identités culturelles locales face à l'occidentalisation. À partir des années 1980, ce discours sur la tradition a donné lieu  à d'importants débats au sein de l'anthropologie, autour du concept d' "invention de la tradition". Il s'agissait au départ de souligner le rôle des mobilisations politiques contemporaines dans la reformulation de l'identité culturelle et de la tradition. Autrement dit, la tradition ou la culture n'étaient pas quelque chose d'immuable, intemporel, mais un contenu malléable en fonction d'intérêts, de contextes, d'enjeux politiques. De là, on a parfois glissé vers des tentatives de disqualification des discours océaniens sur la tradition, avec des anthropologues se posant en gardiens de l'authenticité culturelle contre les élites océaniennes.  

    1814299025.jpgDepuis plusieurs années, l'essor des églises mormones et adventistes, puis de la «troisième vague» du christianisme océanien - les mouvements évangéliques et pentecôtistes - semble contester, fragiliser cette "tradition culturelle chrétienne" élaborée par les églises historiques et faire entrer l'Océanie dans une nouvelle phase de globalisation religieuse. De nombreux anthropologues considèrent notamment  que ces églises sapent les fondements de la vie communautaire et détruisent la mémoire culturelle. Une des questions que l'on peut se poser est de savoir si à leur tour, ces églises sont susceptibles de faire émerger de nouvelles "traditions", de nouvelles articulations entre christianisme et cultures, traditions locales.

    L'anthropologie a parfois du mal à appréhender ces changements religieux et les renversements de perspective qu'ils produisent. En Océanie comme ailleurs, le fait que les pays occidentaux (surtout européens) soient désormais perçus par beaucoup de Chrétiens du "Sud" comme des sociétés en voie de déchristianisation, voire comme des terres de mission, incite à ne plus appréhender uniquement le christianisme comme un facteur d'occidentalisation.

    957632340.jpgLes journées d'études qui auront lieu les 29 et 30 mai visent à la fois à dresser un état des lieux du christianisme océanien contemporain et à réfléchir aux approches anthropologiques disponibles pour rendre compte des rapports complexes entre christianisme et cultures locales. Elles rassembleront plusieurs des meilleurs spécialistes de ces questions, pour deux jours de discussion organisées en trois ateliers et une table ronde. Pour lire le programme détaillé, cliquez ici.

     

     

    Illustrations:  1ère page du programme (photo G. Malogne-Fer, vitraux de la cathédrale de Papeete) ; temple mormon à Moorea (G. Malogne-Fer) ; petite église à Manus Island, Papouasie Nouvelle-Guinée (original sur le site Britannica).