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Actualités scientifiques - Page 6

  • L'offensive évangélique : les réseaux militants de Jeunesse en Mission

    couv-offensive.jpgMon nouveau livre sort ces jours-ci en librairie: L'offensive évangélique. Voyage au coeur des réseaux militants de Jeunesse en Mission. Le voyage dont il est question nous emmène des États-Unis à la Chine continentale, en passant par les îles polynésiennes, la Nouvelle-Zélande et Paris.

    Jeunesse en Mission (Youth With a Mission ou YWAM en version anglaise) est une organisation missionnaire internationale de tendance évangélique charismatique, fondée au début des années 1960 en Californie par Loren Cunningham, qui était alors pasteur des assemblées de Dieu (une église pentecôtiste), responsable des activités de jeunesse dans le district de Los Angeles. Aujourd'hui présente sur tous les continents, elle s'est rapidement implantée dans le Pacifique, d'abord en Nouvelle-Zélande puis à ywam.jpegHawaii (ou elle a ouvert en 1978 à Kona - Big Island - le premier campus de son université, connue aujourd'hui sous le nom de l'Université des nations) et enfin dans la plupart des îles océaniennes. Son développement en France , à partir des années 1970, a été plus laborieux, même si Jeunesse en Mission a trouvé à l'église réformée de Belleville (elle aussi de tendance évangélique charismatique) une base à partir de laquelle il était possible de tisser des réseaux. Quant à la Chine, c'est désormais la "nouvelle frontière" des réseaux missionnaires évangéliques et une des priorités stratégiques de YWAM.

    Il y a à mon avis au moins quatre bonnes raisons de s'intéresser à Jeunesse en Mission.

    1 La première, c'est que YWAM a été depuis les années 1970 l'un des fers de lance d'une nouvelle offensive évangélique, qui est née d'une double réaction: d'une part, l'allergie des générations d'après-guerre vis-à-vis des contraintes IMG_1468.JPGtraditionnelles de la vie d'église et d'autre part, un refus assez radical des nouvelles valeurs issues de la libéralisation des moeurs. Autrement dit, une sorte de credo libertaire (non à l'autorité institutionnelle) et conservateur (non à la déchristianisation des sociétés occidentales). Où et comment se recrutent les militants évangéliques qui participent aujourd'hui à cette offensive? Quelles sont leurs méthodes d'action? Le livre explore cette première série de questions en précisant notamment les origines de YWAM, ses relations avec la contre-culture des années 1960, puis son système de formation et le mode de fonctionnement de ce type de réseau évangélique, illustration exemplaire de la mondialisation religieuse. Il décrit aussi la diversité des terrains sur lesquels se déploie l'activisme missionnaire de YWAM, depuis la "psychologie chrétienne" jusqu'aux surfeurs, en passant par l'aide humanitaire.

    2 La seconde raison de s'intéresser à YWAM est son influence au sein du protestantisme actuel. YWAM a en effet directement contribué à plusieurs évolutions importantes. Il y a eu d'abord les chants, avec la diffusion des recueils "J'aime l'Eternel", qui ont encouragé l'arrivée des guitares électriques et des batteries dans de nombreuses églises protestantes et ont souvent été la principale référence des églises soucieuses de IMG_1449.JPG"faire jeune" jusqu'à la concurrence récente des chants édités par la méga-église australienne Hill Song. Surtout, il y a le lancement dans les années 1980 à Londres du mouvement des Marches pour Jésus, qui au-delà de sa dimension festive marque une volonté de "reprendre autorité sur la ville", en occupant symboliquement l'espace public au nom de Dieu. Cette manifestation, organisée dans plus d'une centaine de pays chaque année, puise son inspiration dans une théologie couv-dawson.jpgdu combat spirituel, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog et lors d'un entretien sur la RSR (à écouter ici). Elaborées par des théologiens nord-américains soucieux de "reconquérir" les territoires urbains, la rhétorique du combat spirituel et les pratiques de Spiritual Mapping (cartographie spirituelle) qui y sont liées incitent à rechercher les "esprits tutélaires" des lieux pour engager une guerre de libération spirituelle des territoires. YWAM a activement contribué à leur diffusion, par ses enseignements et par les publications de responsables de premier plan comme Floyd McClung ou John Dawson (actuel président international de YWAM).

    3 Le troisième point digne d'intérêt, ce sont les prolongements politiques du credo charismatique de YWAM. La politique fait en effet partie de ses champs d'action missionnaire et des "YWAMers" ont même été élus au Parlement néo-zélandais, comme le raconte un des chapitres du livre, consacré à la Nouvelle-Zélande.kiwi party.jpg J'avais évoqué le Kiwi Party, le parti politique fondé par ces deux anciens responsables nationaux de YWAM (respectivement aux Philippines et en Nouvelle-Zélande), Larry Baldock et Bernie Ogilvy, dans une note de novembre 2008, à l'occasion des élections législatives néo-zélandaises. La conclusion du livre revient en outre sur le profil religieux de Sarah Palin (voir aussi sur Rue89 et Le Monde), qui reprend en la radicalisant la même posture libertaire/conservatrice (droite chrétienne libertarienne), et entretient avec les étiquettes confessionnelles et les églises les mêmes relations que beaucoup de YWAMers de sa génération.

    4 Enfin, le quatrième thème qui me paraît important, est la manière dont YWAM, au travers du mouvement Island Breeze (fondé en 1979 par le Samoan Sosene Le'au), met en scène les cultures autochtones comme mode d'expression de la foi chrétienne Pacific_23.jpget moyen d'évangélisation. En reprenant notamment les danses océaniennes, bannies des temples par les premiers missionnaires et jusqu'à aujourd'hui, par la plupart des églises protestantes des îles du Pacifique, Island Breeze a séduit beaucoup de jeunes, dans les îles et en Nouvelle-Zélande, parmi les Pacific Peoples issus des migrations polynésiennes ou chez les Maori (peuple autochtone de Nouvelle-Zélande). J'avais déjà abordé cette question dans une communication lors d'un colloque organisé en mai 2009 par l'Université de la Réunion (à lire ici). Un chapitre du livre revient donc sur l'histoire de ce mouvement, entre folklore évangélique et "réveil culturel".

    Pour consulter la table des matières de ce livre, cliquez ici. Pour un aperçu plus complet du livre, sur Google Books, cliquez ici.

  • Le pentecôtisme entre salut personnel et socialisation religieuse (nouvel article en ligne)

    as.jpgUn nouvel article, publié en 2007 dans la revue canadienne Anthropologie et Sociétés, est désormais accessible en ligne. Son titre - "salut personnel et socialisation religieuse dans les assemblées de Dieu de Polynésie française" - n'est pas très explicite, mais le résumé ci-dessous est plus clair: en deux mots, il s'agit d'expliquer comment l'appartenance à une église qui est à la fois une communauté relativement exigeante (les membres d'église ayant le devoir de veiller les uns sur les autres) et une institution encadrant assez étroitement les existences individuelles, peut pourtant être vécue par les convertis comme une expérience strictement personnelle, une relation directe avec Dieu. Ce qui revient à préciser les ressorts de ce que j'ai appelé un "travail institutionnel invisible", un thème également abordé dans ma communication "individus et institution en pentecôtisme" (dans la rubrique "à écouter").

    Vous trouverez cet article dans la colonne de gauche, dans la rubrique "à lire (en ligne)" et en version PDF. Vous pouvez aussi le lire en cliquant ici. Bonne lecture !



    Résumé

    Un des paradoxes du pentecôtisme semble reposer sur sa capacité à promouvoir à la fois individualisme et communautarisation. Cet article, fondé sur une étude extensive de la socialisation opérée par les Assemblées de Dieu polynésiennes, s’efforce de dénouer cette contradiction. Il montre comment un travail institutionnel « invisible » permet aux croyants d’établir une continuité symbolique entre l’autonomisation vis-à-vis des structures traditionnelles d’encadrement qui a précédé leur conversion et leur intégration à une communauté religieuse exigeante au sein de laquelle les contrôles communautaires et institutionnels sont subjectivement vécus comme des relations personnelles « enchantées » avec Dieu.


    Abstract

    Personal Salvation and Religious Socialization within the Assemblies of God of French Polynesia

    An apparent paradox of Pentecostalism lies in its ability to promote both individualism and community. This article, based on an extended study of socialization within the Polynesian Assemblies of God, attempts to unravel this contradiction. It shows how an « unseen » institutional work enables believers to establish a symbolic continuity between the distanciation from traditional structures of control that preceded their conversion, and their integration into a religious constraining community where institutional and community controls are subjectively experienced as personal « enchanted » relations with God. In this religious paradigm, « brothers and sisters in Christ » do not replace the traditional family, but rather form a new space of possible « familial » ties based upon personal affinities.

  • Quand les pentecôtistes dansent la hula : nouveau texte en ligne

    religionspop.jpgJe participais la semaine dernière, à l'université de la Réunion, à des journées d'études sur le thème "religions populaires et nouveaux syncrétismes". Les actes de ces journées seront publiés au cours des prochains mois mais, en attendant, les organisateurs ont eu la bonne idée de mettre en ligne les versions provisoires des communications, sur le site du département d'anthropologie et d'ethnologie, "Anthropologie en ligne". Ma communication, intitulée "Peut-on danser pour Dieu ? Le pentecôtisme polynésien entre rigorisme et 'réveil culturel' ", est donc accessible en cliquant ici ou dans la colonne de gauche - liste "à lire (en ligne)", sous le titre "La hula, pentecôtisme & danses polynésiennes".

    A partir d'une danse observée dans une des églises pentecôtistes de Tahiti en 2002, ce texte reprend la généalogie d'une nouvelle pratique apparue au cours des années 1990 dans certains milieux évangéliques charismatiques de type "troisième vague". hula.jpgLa hula, danse traditionnelle hawaiienne, a d'abord été progressivement introduite dans plusieurs églises locales de la United Church of Christ, l'église protestante historique des îles Hawaii, dans le sillage du puissant mouvement de renouveau culturel qu'ont connu ces îles à partir des années 1970. Expression de la culture et de la foi chrétienne, cette hula n'est pas, comme l'a bien expliqué Akihiro Inoue dans une thèse soutenue en 2003 à l'université d'Hawaii, la hula traditionnelle (qui évoquait les esprits et les divinités naturelles) ni la hula moderne (conçue pour les touristes et focalisée sur les mouvements de hanche des danseuses): c'est une "hula chrétienne", appelée aussi "hula des mains" car elle consiste essentiellement en des mouvements des bras et des mains.

    Cette hula a ensuite été reprise par certains courants pentecôtistes/charismatiques qui y ont trouvé un moyen spectaculaire de se distinguer à la fois du protestantisme traditionel polynésien et des églises pentecôtistes classiques, tous les deux opposés à la pratique de la danse pendant les cultes: les premiers au nom d'une distinction sacré/profane qui encourage la constitution de groupes de danse Island breeze.jpgdans les paroisses mais interdit de danser dans le temple ; les seconds par peur de voir resurgir les "démons" de la culture pré-chrétienne en autorisant une trop grand libération des sens. Le mouvement Island Breeze, en particulier, qui est une branche de l'organisation internationale Youth With a Mission fondée en 1979 par le Samoan Sosene Le'au, a joué un rôle essentiel dans la promotion des danses polynésiennes comme expression de la foi chrétienne et comme moyen d'action missionnaire.

    Le texte suit donc l'itinéraire de la hula chrétienne jusqu'à cette église pentecôtiste de Tahiti, en montrant comment des circulations régionales,  des évolutions internes au pentecôtisme et une reformulation savante des relations entre christianisme et cultures locales contribuent finalement à l'élaboration de nouvelles pratiques ambigües: entre d'un côté, une recherche de "virtuosité" religieuse et de l'autre une volonté populaire de renouer avec les danses et les musiques polynésiennes. Bonne lecture !