07 octobre 2011

Protestantisme évangélique et diversité culturelle (journée d'étude)

J'ai déjà évoqué ici l'émergence des "christianismes du Sud", où comment la tendance au déclin du christianisme institutionnel observable dans la plupart des sociétés occidentales depuis les années 1960-70 croise aujourd'hui la courbe ascendante des christianismes sud-américains, africains, asiatiques ou Island breeze.jpgocéaniens: notamment à l'occasion de mes enquêtes de terrain en 2007 en Nouvelle-Zélande, où les Pacific Peoples venus des îles polynésiennes représentent désormais une large part des forces militantes des églises chrétiennes (voir par exemple la note sur le West City Christian Centre une méga-église multiculturelle d'Auckland); ou encore à propos du réseau évangélique Jeunesse en Mission, du mouvement Island Breeze et de ces évangéliques charismatiques qui dansent la hula.

cross.jpgParce que l'Occident semble à leurs yeux en voie de déchristianisation, que le christianisme s'est ancré au fil du temps dans les cultures locales, ces chrétiens du Sud sont désormais nombreux - surtout en milieu évangélique, mais pas seulement - à regarder les anciennes puissances colonisatrices et missionnaires comme de nouvelles terres de mission. Ils revendiquent aussi, de plus en plus souvent, le christianisme comme une part de leur identité culturelle distinctive, ce qui marque une rupture avec le discours classique du protestantisme évangélique sur la "nouvelle identité en Christ", synonyme de mise à distance des traditions et des appartenances culturelles "obligées".

chrétiens africains.jpgLes anthropologues des christianismes africains ont été parmi les premiers à s'intéresser à ces nouvelles dynamiques religieuses. Ils ont aussi été amenés à suivre la piste des migrations internationales, en étudiant notamment les églises implantées par les migrants africains en Europe. Un numéro spécial des Archives des sciences sociales des religions paru en 2008, sur le thème "Christianismes du Sud à l'épreuve de l'Europe" et plus récemment, le livre collectif Chrétiens africains en Europe, édité par Sandra Fancello et André Mary, ont montré l'étendue et l'intérêt de ces nouveaux champs de recherches.

logo mirail.jpgC'est dans le prolongement de cette réflexion collective que s'inscrit la journée d'étude "Protestantisme évangélique et diversité culturelle" que j'organise avec Gwendoline Malogne-Fer, le 19 octobre prochain à la Maison de la recherche de l'université Toulouse le Mirail. Vous trouverez ci-dessous l'argumentaire et le programme détaillé de cette journée, qui donnera lieu à une publication. Le programme peut aussi être téléchargé ici.

- Argumentaire -

Les flux migratoires et le dynamisme des christianismes du Sud ont profondément transformé, au cours des dernières décennies, la physionomie du protestantisme évangélique. Sa diversité théologique, accentuée par l’essor des mouvements pentecôtistes/charismatiques, s’entrecroise désormais avec une diversité culturelle tout aussi importante, rendant souvent incertain le tracé des frontières entre altérités culturelle et religieuse. Il n’est pas rare que le protestantisme évangélique, s’éloignant ainsi de son traditionnel tropisme individualiste et universaliste, se trouve aujourd’hui engagé dans des processus de reformulation religieuse des identités culturelles, notamment en contexte diasporique. Ces relations complexes entre protestantisme évangélique et diversité culturelle se jouent à plusieurs échelles : dans l’espace urbain, le cadre national, les circulations transnationales et/ou les réseaux mondialisés. Elles concernent à la fois la gestion interne des églises ou fédérations d’églises et les rapports interreligieux dans les sociétés plurielles. Dans le champ religieux, les acteurs évangéliques semblent osciller entre l’institutionnalisation de la diversité culturelle (qui peut conduire à une ségrégation de fait) et celui de l’indifférenciation culturelle (au risque de confondre universalisme et culture dominante), en passant par des expressions nationales ou ethniques de la foi évangélique. Au niveau sociopolitique, le militantisme missionnaire et les réticences envers l’œcuménisme, renforcés par l’influence de la théologie du "combat spirituel", paraissent souvent entraver la participation des acteurs évangéliques aux initiatives de dialogue interculturel et interreligieux.

 - Programme - 

Introduction (9h30-9h45). Yannick Fer (GSRL) et Gwendoline Malogne-Fer (GSRL), coordonnateurs de la journée.

Session 1 : circulations, mobilités et réseaux informels (9h45-11h15). Discutant : André Mary (LAHIC)

  • Bernard Coyault (EHESS). « Du nomadisme ecclésial dans la diaspora congolaise en France : entre pragmatisme religieux et subversion des identités assignées ».
  • Bernard Boutter (CSRES-Strasbourg). « Les églises évangéliques charismatiques issues des migrations africaines en France : diversité des stratégies et réseaux informels ». 

Session 2 : entre dépassements et revendications culturels (11h30-13h00). Discutant : Patrick Cabanel (FRAMESPA)

  • Valérie Aubourg (Université de la Réunion). « Les églises évangéliques charismatiques à l’île de la Réunion : une expression créole de la foi pentecôtiste ».
  • Sébastien Fath (GSRL). « L’enjeu de la diversité culturelle dans le protestantisme parisien : l’exemple de l’église baptiste de l’Avenue du Maine »

Session 3 : migrations et gestion du pluralisme religieux (14h30-16h30). Discutants : chantal Bordes-Benayoun (LISST-CAS) & Eckart Birnstiel (FRAMESPA)

  • Julie Picard (EHESS/LISST). « Du repli identitaire à l’ouverture copte : migrants subsahariens chrétiens et diversification des protestantismes évangéliques en Egypte ».
  • Sarah Demart (Université de Liège). « Pluralisme évangélique et concurrences missionnaires : l’insertion des églises ‘congolaises’ dans le champ protestant belge ».
  • Géraldine Mossière (Université de Montréal). « Spatialisation et déterritorialisation des acteurs du pentecôtisme congolais à Montréal : une géographie des rapports ethniques et sociopolitiques ».

 Conclusion. Jean-Pierre Albert (LISST-CAS)

 

Illustrations: danseuses polynesiennes d'Island Breeze ; culte dominical de la Church of Melanesia de Tagabe, Vanuatu (COE).

14:14 Publié dans Actualités scientifiques | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14 août 2011

A propos de Maré. Religion et conflits dans les îles du Pacifique

maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesLe samedi 6 août 2011, quatre jeunes Kanaks sont morts sur l’île de Maré (Nouvelle-Calédonie) à la suite d’affrontements entre un collectif d’usagers d’Air Calédonie (Aircal) qui bloquait l’aéroport local et des habitants du district de Guahma venus les déloger. Dans un premier temps, les médias ont évoqué les tensions nées de ce blocage (maintenu depuis le 22 juillet) pour expliquer l’explosion de violence: un mouvement de protestation contre la hausse des tarifs mise en place dans le cadre du redressement de la compagnie aérienne, qui relie notamment les îles Loyauté (dont Maré fait partie) à Nouméa et représente donc un enjeu important pour les habitants de ces îles. Puis des comptes rendus plus approfondis ont été publiés, comme maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristescet article du 9 août (accès payant) où la correspondante du Monde à Nouméa, Claudine Wéry, resituait le drame dans une généalogie complexe qui entrecroise des rivalités de chefferies (le chef coutumier de l’île, Nidoish Naisseline, du district de Guahma, est aussi président du conseil d’administration d’Aircal), des luttes politiques entre différentes tendances indépendantistes kanakes, des conflits fonciers (un projet de redécoupage cadastral des terres coutumières) et enfin, des lignes de fracture religieuses, héritées de la compétition que se sont livrées missionnaires catholiques et protestants à Maré au 19ème siècle.

Les premiers missionnaires des îles Loyauté ont été des Polynésiens protestants originaires de Samoa et maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesdes îles Cook, envoyés par la London Missionary Society. Ils sont arrivés à Maré en 1841 et ont été accueillis par le chef Naisseline (ancêtre de l’actuel chef de l’île) qui s’est converti au protestantisme. Des missionnaires britanniques les ont rejoints en 1854. Trois ans plus tard, l’implantation de la mission catholique dans les îles Loyauté, soutenue par la France (qui avait annexé la Nouvelle-Calédonie en 1853) crée de vives tensions sur l’île : les distinctions religieuses recoupent des rivalités internes, entre chefferies kanakes, et suscitent des conflits fonciers. Quand deux missionnaires maristes cherchent à s’implanter en s’alliant avec un chef opposé au protestantisme, devenu majoritaire sur l’île, ils sont rapidement accusés d’avoir empiéter sur le territoire du chef protestant Naisseline, et doivent quitter l’île en 1870. A leur retour en 1875, les tensions ressurgissent, au point que le gouverneur décide de tracer des lignes de démarcation. Les troubles se poursuivent tout au long des années 1870 et 1880.

En août 2011, c’est pourtant aux autorités religieuses – l’église catholique et l’église protestante historique (EENCIL, église évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux îles Loyauté) – que le gouvernement local a confié une mission de médiation entre les communautés en conflit. On retrouve ici une ambivalence maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesobservable dans la plupart des sociétés océaniennes: d’un côté, les appartenances religieuses produisent ou renforcent des divisions, notamment au sein des communautés insulaires, des villages. De l’autre, le christianisme est devenu dans beaucoup d’îles du Pacifique une référence commune, inscrite dans les Constitutions des Etats océaniens comme un élément fondateur de l’identité nationale. Une référence qui peut donc permettre – en dépassant les distinctions confessionnelles – d’apaiser des conflits et de surmonter de graves divisions.

maré,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesDans un chapitre que j’ai publié cette année («Religion, Pluralism and Conflicts in the Pacific Islands») dans le Blackwell Companion to Religion and Violence dirigé par Andrew R. Murphy, j’évoquais ces trois aspects des relations entre religions et conflits en Océanie.

Pax Christiana. Le premier, ce sont les limites du récit enchanté repris à la fois par certaines églises, des missionnaires et parfois par des Océaniens eux-mêmes: une version trop univoque de l’histoire, en noir et blanc, qui voudrait que la christianisation ait instauré dans toutes ces îles une paix maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesinédite, rompant avec la barbarie des affrontements antérieurs. Les missions chrétiennes ont effectivement éradiqué les violences rituelles et imposé par des jeux d’alliances politiques une «Pax Christiana» en unifiant les communautés insulaires, le plus souvent sous l’autorité d’un roi converti. Mais elles ont aussi contribué dans beaucoup d’endroits, au moins dans un premier temps, à raviver des rivalités et des tensions entre communautés, désormais divisées aussi par les frontières confessionnelles.

Tensions locales. Avec le temps, la coexistence des deux églises historiquement dominantes – catholique et protestante – s’est apaisée et les mariages interconfessionnels sont devenus plus nombreux. Un sondage Louis Harris réalisé en 2000 à Tahiti montrait par exemple que 26% des protestants étaient mariés à un(e) catholique. Mais au cours des années 1980-90, la progression rapide des églises maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesévangéliques, le plus souvent pentecôtistes, ou l’implantation d’autres églises minoritaires – adventistes, mormons, témoins de Jéhovah – a suscité de vives tensions dans plusieurs îles et villages polynésiens. En 2000, par exemple, la Cour suprême de Samoa a dû rappeler le principe constitutionnel de liberté religieuse, face aux chefs traditionnels (matai) du village de Saipipi, qui avaient expulsé 32 personnes ayant organisé des études bibliques d’inspiration évangélique sur un terrain communautaire. En 2006, en dépit d’un arrêt de la Haute Cour de Tuvalu, un conseil d’anciens d’un des villages de cette île polynésienne persistait à menacer d’expulsion un groupe de fonctionnaires membres d’une église darbyste.

Médiation et unité nationale. Et pourtant – et c’est le troisième aspect de ces relations entre églises et conflits – au niveau national, les «valeurs chrétiennes» comprises comme un patrimoine culturel commun et non-confessionnel, jouent dans beaucoup de pays de la région un rôle essentiel d’unification et de résolution des conflits locaux. maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesLe cas le plus exemplaire est sans doute celui des îles Salomon, où la Solomon Islands Christian Association, qui regroupe un ensemble d’églises représentant 90% de la population de cet Etat mélanésien, est intervenue au tournant des années 2000 pour apaiser une grave crise politique et mettre fin aux affrontements entre les milices de Malaita et celles des habitants de Guadalcanal qui cherchaient à expulser ces communautés migrantes installées notamment près de la capitale Honiara. Les responsables d'églises chrétiennes réunis en équipe interdénominationnelle (dirigée par un pasteur maré,darbystes,nouvelle-calédonie,tahiti,îles salomon,samoa,tuvalu,christianisme,protestantisme,violence,conflits,médiation,melanesian brothers,anthropologie,religion,océanie,pacifique,polynésie,mélanésie,maristesadventiste) sont alors apparues comme les seuls acteurs capables de dépasser les clivages insulaires pour renouer le dialogue entre les belligérants et aboutir à un accord de paix en octobre 2000. Les Melanesian Brothers, un ordre religieux anglican, ont en outre gagné au cours de cette crise une aura considérable, en s’interposant constamment entre les milices et en libérant de nombreux otages. Une aura qui a pris en 2003 la dimension du martyr, quand sept frères ont été assassinés par un adversaire irréductible des accords de paix.

 

Illustrations: Un avion d'Aircal; carte et Eglise La Roche, île de Maré (Destination îles Loyauté); Church family (nzchurch.net); couverture de Religion and Violence; Erromango, Vanuatu ("Pacific Island Tribe Apologises for Eating British Missionaries"); église apostolique à Rarotonga, îles Cook (Y. Fer); drapeau national des îles Salomon; icône des sept frères martyrs à la Canterbury Cathedral.

14:50 Publié dans Actualités océaniennes, Églises d'Océanie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

17 juillet 2011

Australie: Un Vert pas comme les autres ? Jim Reiher, sénateur écologiste et théologien pentecôtiste (M. Maddox)

austrlian parliament.jpgAux dernières élections fédérales australiennes, qui ont eu lieu en août 2010, ni l’alliance de droite Liberals/Nationals ni le parti travailliste n’ont obtenu la majorité à la Chambre des représentants. Le parti travailliste mené par Julia Gillard a finalement formé un "gouvernement minoritaire" grâce au soutien du député vert et de trois députés indépendants.

Dans la seconde chambre du Parlement – le Sénat – l’Australian Green Party a gagné 9 sièges, avec 11,76% des suffrages, et joue aujourd’hui un rôle clé, comme l’explique Marion Maddox. L’occasion de se pencher sur les relations entre écologistes et christianisme et de s’intéresser au profil franchement inhabituel d’un de ces sénateurs écologistes australiens: Jim Reiher, qui est aussi... un théologien pentecôtiste.

maddox.jpgMarion Maddox est professeure associée à la Macquary University à Sydney où elle dirige le Centre for Research on Social Inclusion. Elle est spécialiste des relations entre religion et politique et a notamment publié en 2005 God Under Howard: The Rise of the Religious Right in Australian Politics. Ses recherches actuelles portent sur les méga-églises évangéliques.

 

M. Maddox (trad. Y. Fer): "Le 10 juillet dernier, le Premier ministre australien, Julia Gillard, a annoncé un plan historique de réduction des émissions de gaz à effet de serre : un plan qui figurait au programme des gouvernements qui se sont succédés depuis le départ du [Premier ministre conservateur] John Howard [en 2007] mais qui n’a finalement été approuvé que cette année, par une commission multipartite.

La principale raison qui permet à J. Gillard d’espérer son adoption au Parlement est que le nouveau Sénat vient d’entrer en fonctions, le 1er juillet de cette année. L’ancien Sénat était contrôlé par les partis conservateurs, mais dans le nouveau ce sont les Verts qui détiennent la clé du vote.

 Lors des dernières élections fédérales, les Verts ont été particulièrement montrés du doigt par plusieurs églises, qui les ont décrits comme anti-chrétiens. Par exemple, le Cardinal George Pell - qui green devil.jpg(contrairement au Pape) ne croit pas que le changement climatique soit lié à l’activité humaine - a, dans une déclaration controversée, estimé que les Verts sont "un poison déguisé en doux agneaux" (sweet camouflaged poison) et "profondément anti-chrétiens". Les lobbies protestants conservateurs ont fait le même genre de déclarations. Pendant la campagne électorale, des écoles catholiques ont remis à leurs élèves des documents mettant en garde leurs parents contre le vote vert, et un partisan des Verts s’est vu interdire de distribuer des tracts devant un bureau de vote situé sur le site d’une église catholique.

jesus green.jpgEt pourtant, les Verts ont une très forte composante chrétienne. La vice-présidente du parti écologiste, la sénatrice de Tasmanie Christine Milne, a été membre du conseil de Catholic Earthcare Australia, un département de la commission catholique épiscopale pour la justice et le développement. Un des candidats verts, Lin Hatfield Doods, qui a manqué de peu d’être élu sénateur dans  l'Australian Capitale Territory [Nouvelles-Galles du Sud], est un chrétien pratiquant, ancien directeur de UnitingCare Australie, une organisation sociale de l’Eglise Unie [protestante] (la troisième dénomination d’Australie).

En fait, il y a eu en Australie une proportion inhabituelle de chrétiens pratiquants parmi les candidats verts. Le 1er Vert élu au Parlement fédéral, la sénatrice d’Australie occidentale Jo Vallentine (1990-92) est une Quaker ; elle a été suivie de Christabel Chamarette (1992-96) qui est entrée en politique par le biais de son travail au sein de la commission anglicane sur les questions sociales.

Ça n’est peut-être pas si surprenant, puisque les Quakers, l’église unie et les Anglicans sont tous des dénominations plutôt progressistes. Mais certains Verts viennent de milieux chrétiens traditionnellement plus conservateurs. L’un des cas les plus étonnants est celui du théologien pentecôtiste Jim Reiher."

 - Un théologien pentecôtiste candidat des Verts, ça paraît assez déconcertant. Est-ce que Jim Reiher est un non-conformiste ou est-ce qu’il appartient à un courant plus large du protestantisme évangélique australien ?

"Il sort clairement de l’ordinaire. Vous pouvez vous en faire une idée en lisant l’introduction d’un entretien avec Jim Reiher publié il y a quelques années dans le magazine des Churches of Christ, Australian Christian :

 "Jim Reiher est enseignant au Tabor College de Melbourne, auteur du livre remarqué The Eye of Needle... Au fait, ai-je précisé qu’il est en lice dans l’élection de novembre comme candidat des Verts au poste de sénateur représentant l’Etat de Victoria ? Maintenant, soyons honnêtes. Quand vous avez lu « Vert », est-ce que vous n’imaginiez pas un groupe de militants gays aux cheveux longs – et barbus... - enlaçant des arbres ? L’Australian Christian s’est assis un moment avec Jim Reiher l’autre jour et a découvert un fidèle de Jésus passionné et cohérent, qui cherche à faire bouger les choses..."

 tree hug.jpgLe magazine a sans aucun doute bien deviné les réponses de beaucoup de ses lecteurs : mais un petit nombre d’évangéliques australiens se sont aussi tranquillement réjouis que quelqu’un vienne contredire les stéréotypes qui les décrivent comme des conservateurs aux cheveux courts et des électeurs de droite !

Comme beaucoup d’autres chrétiens (et de musulmans, de juifs, ou d’autres croyants) qui ont rejoint ou soutiennent les Verts, ils voient le fait de prendre soin de la création de Dieu comme faisant partie de leur responsabilité religieuse. Ils considèrent aussi d’autres aspects de la politique des Verts, comme leur position compatissante envers les réfugiés, comme étant davantage en accord avec leur foi que la ligne dure prônée par les deux principaux partis."

 - Jim Reiher a publié The Eye of the Needle, une critique de la théologie de la prospérité. De quoi s’agit-il ?

eye of needle.jpg"Beaucoup de pentecôtistes et d’évangéliques australiens ont été influencés par un mouvement américain appelé «l’Evangile de la prospérité» ou «Parole de Foi», qui enseigne que Dieu veut que les chrétiens soient riches, et que si vous priez de la bonne manière, vous recevrez la prospérité financière. The Eye of the Needle est pour Reiher l’occasion de contester l'influence de cette théologie en rappelant le message biblique en faveur de la justice sociale. Depuis 2007, il fait partie d’un mouvement baptisé Urban Neighbours of Hope, qui travaille avec les pauvres des villes de Melbourne, Sydney, Mae Sot [en Thaïlande] et Bangkok. Son dernier livre est un commentaire de l’épitre de Jacques (James), une interprétation de ce texte biblique comme manuel à l’intention des militants sociaux. On peut dire qu’il perpétue une très ancienne tradition de l’évangélisme, qui insiste sur le salut de toutes les dimensions de la personne, et pas seulement de l’âme."

 

marion maddox,jim reiher,australie,politique,religion,pentecôtisme,écologie,verts,sociologie,océanie,anthropologie,évangéliquesmarion maddox,jim reiher,australie,politique,religion,pentecôtisme,écologie,verts,sociologie,océanie,anthropologie,évangéliquesA lire également, sur ce thème des relations entre écologie politique et protestantismes évangéliques, deux notes de mon collègue Sébastien Fath, à propos de Peter Garrett, ex-chanteur de Midnight Oil, évangélique et ancien ministre de l'écologie dans le gouvernement travailliste de Kevin Rudd et de Marina Silva, pentecôtiste et candidate écologiste aux élections présidentielles brésiliennes en 2010.

Illustrations: Le parlement australien ; M. Maddox; diable vert (Dickinson College); "Step Up and Go Green for Jesus" (nestlearning.com); J. Reiher; Tree's hug (The Smallest User Blog); couverture du livre de J. Reiher.

19:01 Publié dans Australie & Nouvelle-Zélande | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Page précédente 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Page suivante